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Cinéma

Deux filles vont au charbon

Sandrine Bonnaire dans « Secret Défense » de Rivette ; Pam Grier dans « Jackie Brown » de Tarantino
Le jeudi 2 avril 1998.

Secret Défense est un jeu de mots facile. Le film de Rivette ne l’est pas. En effet, il joue à déjouer l’enjeu des autres. Rivette adore voir marcher Sandrine Bonnaire. C’est pourquoi elle a eu droit à un film où elle a fait marcher toute la France !

Avec elle il est donc logique d’imaginer que quelque chose se mettra en marche. Sous l’intrigue policière et familiale — le père a-t-il été tué ou était-ce un accident ? — se cache un récit qui en cache un autre et ainsi de suite. Rivette fait marcher son interprète, mais il nous fait marcher avec. Intriguée par ce qui lui arrive, notre imagination la suit et parcourt avec elle les fausses pistes que le maître Rivette a installées partout. Secret Défense peut se lire et se regarder comme un polar où il est vain d’imaginer la résolution de l’énigme. Car aussitôt que le spectateur réagit, le film, s’ouvrant comme une boite de Pandore, délivre une autre histoire, et encore une autre. Notre imagination à quatre sous est donc mise en échec. K.O. au premier round. Sandrine Bonnaire va au charbon pour que le petit frère n’y aille pas. Il ne faut pas en tirer des conclusions hâtives ! Dans les films de Rivette, ce n’est jamais ce qu’on croit. Derrière le coupable, il y a un autre, ou une autre. Derrière le crime, un autre et encore un autre. Implacable, la tragédie optimiste se déroule sous nos yeux, et fait faire à Sandrine Bonnaire des choses de plus en plus extravagantes. En passant, nous visitons la France et tous ses moyens de locomotion. Un voyage imaginaire, les lieux ne sont qu’un théâtre d’apparences, comme les personnages. Une fille existe deux fois, joue la sœur et la sœur de la sœur. Rivette se fiche de la vraisemblance et nous donne une grande leçon d’humilité et d’intelligence.

Jackie Brown est un film noir tourné par un blanc. Contrairement à ses premiers films, Tarantino se passe dans celui-ci de provocations faciles et avance d’un pas sûr et victorieux en s’appuyant sur Pam Grier, la star du cinéma noir des années 70. Pam Grier traverse souveraine les couloirs interminables des terminaux sinistres, hôtesse de l’air, elle va arrondir ses fins de mois en transportant dans son sac à main des dollars, des sachets remplis de poudre blanche, etc. L’actrice des grands films du cinéma noir est épatante. Mais Tarantino lui a donné aussi un rôle magnifique.

Mais puisque les jurys ne savent pas bien regarder les films, le prix d’interprétation est allé à son partenaire noir, Samuel L. Jackson, qui faisait déjà la pluie et le beau temps dans Pulp Fiction rendant un vulgaire assassinat excitant en récitant la bible. Point de chichis de cette espèce dans Jackie Brown. Cette sacrée Jackie va emporter le jackpot et se venger des humiliations sexistes et racistes qu’on lui a infligées tout au long de sa vie. Les mecs, les caïds, les flics, les grandes gueules et les autres, elle n’en fait qu’une bouchée. Elle combine le coup de sa vie. En bernant les flics, le super gangster super malin qu’elle prend en défaut et qu’elle livre pris à son propre jeu comme un enfant qui se serait pris les pieds dans sa corde à sauter. Une femme noire ordinaire vient à bout de tout un système basé sur la corruption et la délation. Par son raisonnement et son intelligence, elle crée un rapport de force qui tourne à son avantage.

Heike Hurst
émissions Fondu au Noir (Radio libertaire)


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