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éditorial du n° 1118

Le jeudi 9 avril 1998.

Cette information fait la une des médias : enfin, et peut-être durablement, le chômage aurait entamé sa décrue. Avec un nouveau recul de 0,2 % en février, le nombre de demandeurs d’emploi aurait baissé de 2,1 % depuis un an. Pourtant, il suffit de gratter un peu pour se rendre compte que cette « information » relève purement et simplement de la manipulation statistique. Si l’on se réfère au mode de comptabilisation en vigueur jusqu’en 1995 (incluant les salariés sous-employés ayant exercé une activité réduite de plus de 78 heures au cours du mois), le chômage a enregistré au contraire une progression de 0,3 % en février et de 0,8 % sur un an.

La différence entre ces deux baromètres traduit simplement l’extension de la précarité par la multiplication des emplois à temps très partiels et le développement de l’intérim. Le véritable boom que connaît actuellement ce secteur nous en apporte la confirmation. En 1997, le travail temporaire a représenté les deux tiers des créations d’emploi. Évolution majeure, l’intérim n’est plus seulement conjoncturel, il s’installe de manière permanente. Ainsi, les patrons s’offrent la possibilité, selon leurs désirs, de jeter à tout moment leurs salariés comme de vulgaires kleenex usagés.

On serait en droit d’attendre de la part de syndicalistes qu’ils combattent une régression sociale aussi évidente. Clairement, ce n’est pas le choix de la CFDT. Le 26 mars, l’UNEDIC, présidée par Notat, a annoncé officiellement que la possibilité de cumuler l’allocation chômage et une activité salariée à temps partiel est dorénavant élargie (le seuil permettant ce cumul est passé à 70 % du dernier salaire, contre 41 % précédemment). Présentée comme une mesure sociale permettant aux chômeurs d’améliorer leur revenu tout en facilitant leur retour vers l’emploi, cette décision s’inscrit bien au contraire dans une logique libérale favorisant le développement de la précarité et des petits boulots.

Utiliser l’argent du chômage pour financer des stages ou pour subventionner l’emploi, plutôt que de le distribuer passivement aux chômeurs, voilà ce qui serait moderne et efficace. Il faudrait ainsi transférer les personnes bénéficiaires de « mesures passives de garanties de ressources » vers des « mesures actives d’employabilité ».

Nouvelle idole de la classe politique française, de Fabius à Madelin, Tony Blair montre le chemin. À partir du 6 avril, les chômeurs de moins de 25 ans se verront proposer, au choix, une formation à temps plein de douze mois ou trois offres d’emploi. S’ils refusent, ils perdront purement et simplement leurs allocations de chômage. Outre-Manche, rappelons qu’il n’existe plus de salaire minimum…

En Grande-Bretagne et en France, la même logique globale est en œuvre. À terme, État et patronat veulent nous imposer un sous-emploi en échange d’un sous-salaire.





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