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Cinéma

Festival international de films de Fribourg (Suisse)

Le jeudi 9 avril 1998.

La nouvelle appellation ne signifie nullement un changement d’orientation. Le Festival international de films de Fribourg demeure toujours la seule manifestation au monde à présenter toutes les catégories d’œuvres d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et centrale. Martial Knaebel, son directeur, d’origine alsacienne, en visionne environ 500 par an. Pour la 12e édition (du 1er au 8 mars dernier), lui et ses amis du comité de sélection en avaient retenu 68.

Kisangani Diary (45 minutes) de l’Autrichien Hubert Sauper relate en dix séquences l’histoire d’un peuple « sciemment oublié ». Le réalisateur, accompagné de Zsuzsanna Varkonyi, traverse à bord du train affrété par le programme alimentaire mondial une forêt vierge « aussi grande que l’Europe », au sud de Kisangani dans le Congo récemment « libéré ». Le convoi met 24 heures pour 80 kilomètres. Une équipe onusienne a découvert 100 000 Hutus du Rwanda qui avaient erré durant trois ans dans un immense territoire, survivant miraculeusement à la faim et à la terreur des soldats. Dans la nuit du 25 avril dernier, les troupes de Laurent-Désiré Kabila attaquèrent à la mitraillette les camps de Kasese et de Biaro ; 80 000 personnes succombèrent ou disparurent à nouveau dans les profondeurs de la jungle, pendant que le nouveau tyran installait ses quartiers à Kinshasa. Le 21 mars, en clôture du festival Cinéma du réel à Paris, il a obtenu le prix du court-métrage, déclenchant une mini polémique sur « la complaisance » dont il aurait fait preuve.

Dans Pequeños milagros de l’Argentin Eliseo Subiela, Rosalia Bermudez (Julieta Ortega), caissière dans un supermarché de Buenos Aires, affectionne particulièrement les contes de fées. Elle se croit une de ces créatures imaginaires ailées qui « ne veulent pas voir la mort des forêts, la cruauté et la méchanceté des hommes ». Douée de pouvoirs extrasensoriels, elle accomplit de « petits miracles », notamment au bénéfice de sa meilleure amie Susana Fuentes (Monica Galan), aveugle comme Don Francisco (Paco Rabal), à qui elle lit des textes. Santiago (Antonio Birabent), physicien au Département de recherche de l’intelligence extra-terrestre à l’Institut d’astronomie, capte chez lui sur Internet les vues enregistrées par une caméra fixée sur l’armature de la station d’autobus où Rosalia se poste quotidiennement. Le savant solitaire imprime les clichés, notant avec soin les changements de mine et de mise. Alors que l’intrigue se déroule en 2065, aujourd’hui déjà, grâce à la multiplication des livecameras [1], chaque individu branché sur le World Wide Web peut accéder à des images de télésurveillance en provenance de tous les coins de la planète. Là il ne s’agit ni d’onirisme, ni de fiction, mais d’une menace grandissante sur notre liberté.

Tu Zinda Hai ! (Vivre !), vidéo de 50 minutes réalisée par Shabnam Virmani et le collectif Drishti d’Ahmadabad, rend hommage à des femmes actives dans 35 districts du Madhya Pradesh, province indienne centrale dont la capitale Bhopal a connu une sinistre célébrité avec l’accident survenu le 3 décembre 1984 dans l’usine d’Union Carbide (2 800 morts, 50 000 blessés). Ces intrépides contestataires se mobilisent contre le gouvernement central, le landlord du village, les industriels aigrefins ou encore un mari abusif. Exprimant leurs perceptions de cette société oppressive, elles acquièrent une identité nouvelle, grâce à la prise de parole, des succès contre des spoliateurs et la lutte contre les structures autoritaires. Kanta, la trésorière du mouvement Ekta Parishad, estime que « les femmes sous-estiment leur travail », mais apprécient les hommes sensibles à leur cause. Dans un chant, elles proclament « Nous chevauchons l’ouragan et la lumière ».

Akrebin Yolculugu (La Tour de l’horloge) du Turc Ömer Kavur apparaît comme une sorte de polar onirique qui, par l’option scénaristique et le style narratif adoptés, rend presque inepte la distinction entre réalité et fantastique. Un homme, assis dans un train, regarde le paysage qui défile. à peine a-t-il fait marcher une pendule à son domicile qu’un énigmatique messager lui remet un billet sur lequel figure la localité possédant une horloge à réparer ainsi qu’une clé donnant accès à la tour. Kerem (Mehmet Aslantug) parvient en gare de Gölkoy. Il ne tarde pas à s’éprendre d’Esra (Sahika Dekand), l’épouse du puissant propriétaire terrien Agah Bey (Tunçel Kurtiz) Les rêts du danger s’accumulent autour de l’artisan désireux d’apprendre la vérité… Bien que l’énigmatique bourgeoise l’ait abattu au bord du lac, Kerem reprend ses pérégrinations ferroviaires. Ces 119 minutes denses et envoûtantes conviennent aussi à une réflexion sur le temps et la relativité des choses.

Le jury a décerné un prix spécial à Motel Seoninjang (Motel Cactus) de Park Ki-Yong (Corée du sud) pour « la radicalité de sa démarche et son audace artistique ». Les quatre épisodes du long-métrage, qui se déroulent dans la chambre 407 d’un hôtel de passe à Séoul, dégagent plus de superficialité que d’originalité. Miroirs, douche, jeux de mains, joutes érotiques, auto-filmage d’une scène de sexe… Les gadgets électroniques ont-ils une autre utilité que de tromper l’ennui ?.. Min Hee-Soo (Lee Min-Yeon), une des protagonistes, se déclare « désolée de ne pas être heureuse ». Elle vient de divorcer. Avant de s’envoler pour le Canada, la belle jeune femme baise une ultime fois avec Kim (Park Shin-Yang), son ex-amant dont elle fut enceinte. « Ce que je ne montre pas et ne dis pas est tout aussi important que ce que je filme et formule expressément », affirme le réalisateur. La plupart des personnages ne semblent pas intéressants au point que le spectateur ait envie d’extrapoler sur leur biographie…

René Hamm


[1Cf. l’article de Paul Virilio paru dans Le Monde diplomatique de mars 1998.


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