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éditorial du n° 1119

Le jeudi 16 avril 1998.

Notre belle et fière nation célèbre cette année le 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, décrétée le 27 avril 1848, les manifestations officielles commenceront le 25 avril à l’Assemblée nationale pour s’achever le 20 décembre à la Réunion…

Mais apparemment, il n’y aura pas un très fort battage médiatique autour de cet événement. La classe dirigeante de ce pays, bien que souvent prompte à nous rappeler que nous vivons, tels des bienheureux, dans le pays de la démocratie, bref dans le meilleur des mondes possible, semble cette fois-ci décidée à rester discrète sur l’affaire. L’abolition de l’esclavage risque de moins faire parler de lui que l’avènement du premier capétien ou le fameux baptême de Clovis… On peut se demander quelles sont les raisons de ce « profil bas ».

Certains politologues avancés supposent que les premiers ministres Juppé puis Jospin furent, tour à tour, trop préoccupés par les manœuvres politiques du moment (dissolution de l’Assemblée, élections régionales et cantonales) pour vraiment avoir l’esprit à une date anniversaire. L’explication semble un peu courte.

Une autre hypoyhèse, plus plausible, serait de dire que la célébration de l’abolition de l’esclavage, dans la situation économique et sociale que nous connaissons, peut revêtir l’aspect d’une provocation ou, au moins, paraître quelque peu indécente.

Nous le savons, l’esclavagisme eu pour principe d’aliéner les individus en tant qu’objet, de les ravaler au rang de simples outils au service de maîtres. Justifié par le mythe de l’inégalité fondamentale des hommes et des races, l’esclavagisme allait aussi être la condition essentielle de la naissance du capitalisme. Dans ce dernier système, la soumission directe des corps est remplacée par l’exploitation, avec l’appropriation des machines, des biens de production et, de manière concomitante, la généralisation d’un nouveau type de rapport de subordination : le salariat (reposant sur la base d’un prétendu « contrat », toujours inégal !).

L’esclave est devenu le travailleur, citoyen de la République. Entre les deux statuts, il y a bien sûr une différence de nature, mais qui ne change rien au fait qu’aucune liberté réelle n’existe pour les millions de prolétaires obligés, par définition, de se vendre aux capitalistes tout puissants.

Alors, face à tous ceux qui pensent que la notion de lutte de classe est obsolète, que le terme de prolétaire fait partie d’une (dangeureuse) langue de bois, contre tous ceux qui croient encore nécessaire de gérer ce système de profit totalement injustifiable, les anarchistes peuvent profiter de l’occasion pour rappeler avec force que seule une effective égalité entre les individus peut garantir une éradication définitive de l’esclavage, sous toutes ses formes.





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