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Tristesse et rage en Italie

Le jeudi 16 avril 1998.

Depuis deux ans, les habitants (sauf les politiciens locaux et les patrons) de Val Susa (vallée alpestre protégée, de tradition rurale communiste) s’opposent à la construction de la ligne ferroviaire du TAV (train à grande vitesse). Ce projet s’inscrit dans le développement économique européen et aussi en prévision d’éventuels Jeux olympiques à Turin en 2006. Cette ligne entraînera comme d’habitude expropriations et destruction des zones riveraines. Après les nombreuses manifestations et pétitions habituelles, l’opposition au TAV s’est poursuivie sous d’autres formes d’actions, principalement des sabotages, ralentissant ainsi la construction de la ligne.

La police, et plus spécialement les renseignements généraux, ont commencé leurs enquêtes, plaçant des micros dans les maisons et inspectant le courrier des personnes proches des milieux anarchistes.

Dans la nuit du 5 au 6 mars, les policiers ont lancé une opération sur Turin, perquisitionnant trois maisons occupées : l’Alcova, l’Asilo et la Casa. L’Asilo a particulièrement subi la violence répressive, tout le mobilier a été détruit et surtout, toute la bibliothèque où chacun pouvait venir se servir gratuitement, et pour conclure leur travail, les policiers allèrent jusqu’à pisser sur les lits des occupants. Mais dès vendredi 6 mars, l’Asilo était réoccupé.

Plus grave, à la Casa, trois personnes ont été arrêtées, des mandats de perquisitions ayant été lancés contre elles, les accusant d’association de malfaiteurs dans un but terroriste et de détention et fabrication d’armes et engins explosifs. En effet, en allant fouiller seuls à la cave, les policiers auraient découvert divers matériels comme des détonateurs et des explosifs. En réalité, il n’y avait qu’un fumigène. Mais depuis ce jour, ces trois occupants de la Casa, Edoardo Massari, Silvano Pelissero et Maria Soledad Rosas son en détention préventive, accusés sans aucune preuve de faire partie de cette fantomatique organisation indépendantiste appelée « Les loups gris ». On sent que, par les prérogatives acquises pendant « Les années de plomb », les juges veulent réduire au silence les contestations autres que celles autorisées par le consensus. Ainsi, seules des maisons occupées, lieux politiques ayant refusé de signer un contrat avec l’État ont été perquisitionnées. Les maisons ayant signé un contrat avec l’État sont devenues des centres sociaux, sortes de maisons de quartier payant un loyer modéré à l’État après arrangements.

On comprend que, Turin ayant déposé sa candidature pour les Jeux olympiques de 2006, la municipalité, aidée des commerçants locaux, veut opérer une purification systématique de tous les possibles contestataires, les squatters étant les premières cibles. Suite à leur incarcération, et le Tribunale della liberta ayant refusé leur libération en attendant un jugement qui pourrait n’intervenir que dans un an ou deux, Edoardo a été retrouvé pendu le 28 mars au matin dans la prison de la Vallette à Cuneo.

Ses amis, Sole et Silvano ont commencé une grève de la faim. Le comité de Défense des anarchistes s’est dissous en janvier 1998, pourtant, le samedi 4 avril, une manifestation composée de nombreux anarchistes et squatters italiens, français et suisses ainsi que la FAI (Fédération anarchiste italienne), a réuni plus de 6 000 personnes. Douze centres sociaux occupés à Turin sont à l’origine de cette manifestation qui avaient pour but la libération de Sole et Silvano ainsi que des éclaircissements sur la mort suspecte d’Edoardo en prison. Cette manifestation protestait aussi contre l’attitude des charognards de tous bords (journalistes, police, justice). Aussi pendant celle-ci, les vitres du palais de justice pas encore inauguré ont volé en éclats et des pierres ont été lancées sur les gendarmes et les gardiens de prison.

Les commerçants de Turin veulent maintenant assurer leurs propres défense : des poursuites ont été lancées contre des manifestants repérés par films et photos. Le trouble arrive dans les rangs politiques car Stefano Alberione, membre de Rifondazione et employé par le syndicat communal a participé à la manifestation.

J.B.


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