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Comptes de la sécu

« Jusqu’ici, tout va très bien »…

Le jeudi 23 avril 1998.

Le gouvernement Jospin vient récemment d’annoncer la bonne nouvelle : la Sécurité sociale serait en voie de guérison… Le déficit du régime général, qui était de 36,7 milliards de francs en 1997, ne devrait plus être que de 12 milliards en 1998. Tout cela grâce à qui ? À M. Juppé et à son fameux plan de restructuration ; plan appliqué avec la plus grande application par la gauche ! Le pouvoir, depuis longtemps (et histoire d’endormir la méfiance du bon peuple) nous a habitué à ce genre « d’effet d’annonce » suivi, quelques mois plus tard, de révélations catastrophiques : rappelons-nous M. Juppé, en novembre 1995, en train de présenter aux médias un « déficit cumulé » (pour que le chiffre soit plus impressionnant) de 130 milliards… Mieux encore, ce seraient (pour reprendre Le Monde du 14 avril) l’ensemble des comptes sociaux, c’est-à-dire la sécu — avec ses trois branches : santé, famille, vieillesse —, l’assurance chômage (ASSEDIC), les retraites complémentaires etc. qui dégageraient un excédent ! Quand on connaît la réalité sociale, ces présentations de statistiques, très abstraites, ont quelque chose de totalement indécent !

Un coût social sévère !

Ce redressement comptable a bien évidemment un coût social sévère. Mais il est vrai que, lorsque la classe dirigeante parle de « bonne santé de l’économie », cela signifie que l’exploitation des dominés est rondement menée ! Et que les pauvres ne sont pas… en très bonne santé !

Plus de six millions de personnes vivent aujourd’hui des minima sociaux (RMI, Allocation de solidarité…), le pouvoir d’achat de la quasi totalité des salariés ne cesse de se détériorer, et des centaines de milliers d’entre nous hésitent à se faire soigner pour cause de problèmes financiers… Voila ce qui est vrai !

Au niveau des hôpitaux, les opérations de « rationalisation » conduisent à des licenciements et à des suppressions de lits (soi-disant en surnombre). Lors du vote, à l’automne 1997, de la loi de financement de la Sécurité sociale, le gouvernement avait fait mine de desserrer un peu l’étau : une augmentation de 2,23 % avait été accordée aux hôpitaux, alors que le précédent gouvernement s’en était tenu, pour 1997 à + 1,25 %, mais là encore il ne s’agissait que d’un bluff médiatique puisque cette augmentation était loin de suffire pour rattraper les années précédentes d’austérité et à faire face à la demande ! De plus, si on prend l’exemple de Lyon, le redéploiement des Hospices Civils (avec la création de trois grands pôles : Nord, Sud et Est) va contribuer à une plus grande déshumanisation de l’hôpital. Celui-ci était déjà une « usine » et il devient maintenant un véritable centre de profit !

Un autre grand chantier est celui des allocations familiales et leur fiscalisation. Pour l’instant, le débat à porter essentiellement sur l’AGED et sur les exonérations fiscales concernant les familles bourgeoises. Mais il y a fort à parier que la fiscalisation (c’est-à-dire l’imposition) menace l’ensemble des foyers : le filon est trop alléchant pour être délaissé par l’État.

En route pour l’aventure de l’assurance privée

En ce qui concerne le financement de la sécurité sociale, les choses vont également bon train et évoluent dangereusement. Le patronat ne cesse de collectionner les exonérations de charges auxquelles se rajoutent les fraudes fiscales (salariés payés au noir) évaluées à près de 150 milliards de francs. D’ailleurs, nous pouvions entendre récemment que des employeurs — ils seraient déjà 3 000 à ce jour — commencent à se regrouper, sous l’égide du CDCA (un syndicat ultra-réctionnaire de petits commerçants et artisans) afin de déclarer leur siège en Angleterre et échapper ainsi aux cotisations URSSAF.

Ensuite, la mise sous contrôle du financement par le Parlement et la généralisation de la CSG font planer une menace encore plus grande. C’est le système Sécu qui est remis en cause dans sa globalité.

Juppé qualifiait lui-même la loi de financement comme la clef de voûte de sa réforme. Le gouvernement socialiste n’est pas embarrassé de préparer la prochaine loi (pour la rentrée) ; cette loi qui permet au pouvoir étatique de fermer ou d’ouvrir à sa guise le robinet des recettes. L’État pourra ainsi piloter :

  1. la mise en place d’une couverture sociale de plus en plus minimum de type « assistance publique » et
  2. favoriser, par la casse du régime général, l’émergence des assurances privées. D’ailleurs il faudrait, à ce sujet, observer d’un œil attentif les récentes évolutions du secteur de l’assurance avec la progression notable du groupe AXA.

Quant à l’opération CSG (cet impôt de 7,5 % qui a remplacé sur votre fiche de paye la cotisation maladie tombée à 0,75 %) elle rompt, par définition, avec le principe de la cotisation salariale. De ce fait, c’est une mesure qui va radicalement à l’encontre des revendications en faveur d’un contrôle, par les salariés eux-mêmes, des dépenses de protection sociale (qui sont bel et bien une partie de leurs salaires). Certes, la malsaine cogestion État-syndicat nous avait déjà bien éloignés de cet hypothétique contrôle direct de la sécurité sociale par les salariés, mais il est clair que cette loi cherche à détourner définitivement les salariés de cette idée autogestionnaire !

Médecins : les contrôleurs contrôlés 24 h sur 24…

Une nouvelle carte à puce doit désormais permettre le remboursement des assurés, sans avoir à remplir les feuilles de soins. Elle devrait être généralisée à partir de septembre 1998.

Elle pourra contenir des informations nouvelles : sur la couverture complémentaire entre autre. On peut se demander d’ailleurs quel est l’intérêt de ce type d’information si ce n’est, par exemple, pour vendre des fichiers à des assurances privées ? Mais le véritable intérêt de cette carte sera d’établir un lien étroit entre les médecins et les Caisses primaires et de mettre en œuvre un contrôle étroit des prescriptions (en médicaments et en jours d’arrêts maladie). Un certains nombre de médecins ont déjà fait signer des conventions de « fidélité » à leurs patients, et cela semble bien constituer un pas de plus vers l’abolition du droit, pourtant fondamental, de choisir l’individu qui va vous soigner.

Tous ces différents éléments permettre de relativiser comme il se doit le « redressement » des comptes de la Sécu et nous faire prédire un avenir qui ne s’annonce pas vraiment rose.

Régis
groupe Dejacque (Lyon)


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