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Mort de Christiane Rochefort

Le jeudi 7 mai 1998.

Qui sait même si ça ne me prendra pas sur le tard d’écrire mes mémoires ? bien que, je n’en ai pas, et je trouve ça lassant de parler de soi…



Curieux aveu de Christiane Rochefort dans Ma vie revue et corrigée par l’auteur, livre censé raconter sa vie… et qui ne la raconte pas ! Elle vient de nous quitter, Christiane Rochefort, ce 24 avril, et l’on s’étonne d’apprendre son âge : quatre-vingt ans déjà !…

Née le 17 juillet 1917, c’est avec son roman Le repos du guerrier qu’elle entre en littérature, en 1958. Le livre est refusé pour le prix Fémina, « Le couronnerdixit la présidente du jury de l’époque — c’était répandre le vice au sein des familles ». Oh oui ! Et ce n’était pas tout ! Car cette voix singulière ne s’arrêtera pas là. Ses livres (une quinzaine au total) seront autant de petites bombes contre la bourgeoisie, le mariage, l’ennui d’une vie vaine. Avec ses dialogues ciselés plus qu’avec de long discours, elle a su parler des femmes ; celles qui s’insoumettent, et celles qui disent « Je ne serai jamais comme les autres » avant que l’amour, souvent, ou les enfants, ne les poussent à rentrer petit à petit dans le rang. Et la petite musique des mots se fait plus grinçante, plus cynique.

Féministe bien avant Mai 68, et antinataliste, Christiane Rochefort ne mâchait pas ses mots. « Elle ne faisait que des garçons, et elle en était fière. Elle fournirait au moins un peloton d’exécution à la patrie pour son compte.[…] J’espérais qu’il y aurait une guerre en temps voulu pour utiliser tout ce matériel, qui autrement ne servait pas à grand chose, car ils étaient tous cons comme des balais. » écrit-elle dans Les Petits enfants du siècle, en 1961. Mais elle a pour les mômes une certaine tendresse, lorsqu’ils se révoltent, désertent leurs écoles pour aller voir la mer, par exemple, comme dans Encore heureux qu’on va vers l’été. En 1972, elle écrit un très beau et surprenant livre fantastique Archaos ou le jardin étincelant ; on peut se demander quel champignon elle avait trouvé, dans son jardin, pour tant de délires ! Mais cette femme qu’on imaginait chaleureuse et généreuse, cachait bien des fractures secrètes, peut-être touchées du doigt — qui sait —, en 1988 dans La Porte du fond (sur le drame de l’inceste). Elle disait volontiers : « La biographie d’un écrivain est dans ses livres »…

Cathy Ytak





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