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Belgique

Vottem : le futur centre de rétention fermé pour cause d’occupation

Le jeudi 14 mai 1998.

Ne pas avoir les « bons » papiers en poche n’est pas un crime. Refuser, enfermer arbitrairement et expulser par la force des êtres humains, hommes, femmes et enfants parce qu’ils n’en ont pas : oui.

Voilà pourquoi, ce vendredi 8 mai à 4 heures du matin, plusieurs dizaines de citoyens « conscients et responsables » comme ils se définissent eux-mêmes, soutenus de l’extérieur par des centaines d’autres, ont pénétré illégalement et se sont enfermés dans les futurs bâtiments de l’Office des étrangers qui entreront prochainement « en service » ici, à Vottem. Juste retour des choses pour ce qu’il est, très officiellement convenu d’appeler « centre fermé pour illégaux ».

Dès sept heures, un point presse s’est tenu devant le centre. Les occupants revendiquaient :

  • La suppression de tous les centres pour étrangers et la réaffectation de leurs bâtiments en espaces sociaux et multiculturels ;
  • Des papiers pour tous : régularisation immédiate et sans condition de tous les « sans-papiers » ;
  • La réouverture des frontières, l’arrêt des expulsions et le retour des expulsés ;
  • L’ensemble des droit humains, sociaux, économiques, politiques et culturels pour tous.

Par cette occupation symbolique et non-violente, les nouveaux résidents veulent marquer leur solidarité avec tous leurs frères humains auxquels le système politique et économique dénie le droit de vivre dignement. Ils veulent aussi réaffirmer leur refus inconditionnel et non négociable d’une répression discriminatoire, dégradante et inhumaine qui expulse des milliers (le ministre de l’Intérieur a annoncé le chiffre de 15 000 expulsions par an !) d’êtres humains dont le seul crime est de ne pas avoir de papiers « en règle » et d’être, pour les États qui les accueillent, aussi indésirables qu’inutiles. Camp qui ne veut pas avouer son nom, cette résidence tout confort, conviviale et qui veille à « l’épanouissement personnel » — dixit le futur directeur — de ses occupants malgré eux, représente tant par les méthodes employées (enfermement, cachots, camisole de force, menottes, rapatriements brutaux…) que par les principes qu’il sous-tend, une atteinte inacceptable et intolérable à la dignité humaine et aux droits fondamentaux et imprescriptibles de chaque être humain, indépendamment de sa couleur, de son origine, de sa nationalité ou de tout autre forme de différence.

Les occupants ont réussi à rester barricadés à l’intérieur d’un des couloirs centraux du centre pendant 12 heures. Ils ont respecté leur engagement de non-violence et de non-destruction des bâtiments. Ils ont demandé une discussion directe avec le ministre de l’Intérieur. Ils n’ont reçu aucune réponse à cette demande. à 16 heures, les forces de police ont pénétré dans le couloir et forcé la barricade. Les occupants se sont alors enfermés et enchaînés dans une salle, d’où ils ont aussi été délogés puis embarqués au poste de gendarmerie le plus proche.

Une tension et une bousculade entre les manifestants extérieurs et les forces de police a suivi l’embarquement des occupants. Les manifestants ont tous été contrôlés : papiers d’identité, photos individuelles, certains ont eu les mains entravées et d’autres ont aussi été emmenés par les forces de police.

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