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Le 9e collectif a la vie dure !

Le jeudi 29 mars 2007.

Plus d’un mois d’occupation de la Bourse du travail par le 9e collectif de sans-papiers : après le temps de l’action voici venu pour moi le temps de la réflexion, et de livrer mon sentiment sur cette occupation.

Le choix de ce lieu par le 9e collectif (le collectif définit son action non comme une occupation, mais comme une recherche de lieu de refuge [1]) a soulevé bien des questions de la part de nombreux camarades. Faisons un point sur la situation des sans-papiers et sur ce que représente la Bourse du travail pour voir si cela est antagonique ou non.

D’un côté les sans-papiers. Ils sont exploités de par leur statut illégal, sont séparés des travailleurs « français » et précarisés, tant dans le monde du travail que dans leur vie sociale, ne peuvent se regrouper pour lutter (surtout à l’heure des rafles) à cause de leur statut.

D’un autre côté la Bourse du travail. Historiquement, la Bourse du travail se veut être un outil d’émancipation intégrale des travailleurs et un instrument d’organisation de la société future dans un processus révolutionnaire.

Celle-ci s’organise sur un modèle révolutionnaire basé sur un fondement socioprofessionnel et non idéologique, sur une tactique : l’action directe, et une stratégie : la grève générale.

J’en viens au rapprochement de ces deux entités : la Bourse du travail permet un regroupement pour que les sans-papiers puissent lutter et leur permet d’avoir un lieu de vie plus sûr qu’à l’extérieur, car cette mobilisation crée de fait un rapport de force à l’égard des exploiteurs. De plus, ce lieu historique du mouvement syndicaliste permet un rapprochement avec les travailleurs « français » et ainsi de rompre avec la division et l’isolement imposés par le patronat.

Au cours de cette occupation, j’ai pu remarquer que la bureaucratie de la CGT soutient les sans-papiers lorsqu’elle le veut bien ; j’en profite ici pour répondre à une remarque entendue lors d’une AG tenue par un dirigeant de ce syndicat. Celui-ci rappelait que la CGT avait soutenu et appuyé activement l’occupation de l’église Saint-Bernard. Je me demande en quoi cette occupation était plus digne d’être soutenue…Vaut-il mieux se réfugier dans la maison d’un dieu imaginaire qui n’a jamais oeuvré pour la classe ouvrière (au contraire !) ou se réfugier dans la maison des travailleurs où se réunissent, peut-on le supposer, les éléments combatifs et conscients de la classe ouvrière ?

Finalement, on peut se demander si que ce qui gêne la CGT ce n’est pas plutôt d’avoir face à elle un mouvement qu’elle ne peut contrôler et dont elle sait qu’il ne se satisfera pas de quelques miettes obtenues lors de négociations (comme en 2003 pendant la réforme des retraites, par exemple). Les sans-papiers, de par leur situation d’extrême précarité et d’exclusion, n’ont rien à perdre et rien à attendre de personne si ce n’est d’eux-mêmes et de leur détermination à lutter. Il ne s’agit plus de jouer à des pseudo-grèves éclairs de 24 heures, il s’agit de misère quotidienne (financière et sociale), et ça, la bureaucratie de la CGT soit n’y trouve pas son intérêt (en termes de pub ou d’adhérents), soit en a peur du fait de son caractère autonome.

Enfin, pour clore leur pantalonnade (car il faut bien en rire, tellement c’était prévisible), les bureaucraties syndicales reprochent au 9e de ne pas avoir négocié une salle et d’avoir imposé leur présence par une occupation.

Déjà la légitimité d’une telle demande me paraît bien faible quand on voit que des sarkozystes peuvent obtenir cette salle, d’autre part ce reproche semble bien moralisateur et renie les principes de lutte d’une organisation ouvrière se réclamant de la charte d’Amiens.

Doit-on demander à des exploités en lutte de prendre le temps de réclamer un droit quand ils peuvent le prendre ?

OUI, cette occupation est légitime !

La Bourse du travail a été créée, rappelons-le, par les travailleurs afin qu’ils puissent obtenir des locaux pour se réunir, élaborer leurs revendications et organiser leurs actions.

Par son histoire, la Bourse du travail se veut être un centre de résistance, de revendications et d’actions ouvrières.

OUI, les sans-papiers y ont leur place !

De plus, comme dès son origine, des cours de français y sont tenus par des soutiens, des débats y ont lieu pour le partage de la culture ouvrière et des réflexions de chacun. Oui, après de nombreuses années, la Bourse du travail revit enfin ! De l’agitation constante, du débat, de l’action, de la réflexion, pour l’émancipation des travailleurs notamment dans ce cas des sans-papiers…

Et je finirai en rappelant que les travailleurs sans papiers permettent au patronat de réaliser des bénéfices en s’exonérant, de fait, des cotisations qu’il doit, d’avoir une main-d’œuvre docile et corvéable à merci et enfin de faire pression sur l’ensemble des travailleurs en opposant les travailleurs les uns aux autres.

Travailleurs avec ou sans papiers,
Même patron, même combat !

D’jo
groupe Claaaaaash de la Fédération anarchiste


[1Le 9e collectif n’entrave pas le fonctionnement de la Bourse du travail. Au contraire, il invite les organisations et collectifs à venir le rencontrer et à maintenir leurs activités. Plus d’infos : http://9emecollectif.net





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