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éditorial du n° 1125

Le jeudi 28 mai 1998.

Dans le discours dominant, l’Europe du Nord est présenté comme un « havre de paix sociale ». Journalistes informés, politiciens éclairés et autres spécialistes nous expliquent invariablement qu’une longue tradition de négociations collectives permettrait d’éviter les imprévisibles mouvements sociaux qui, a contrario, seraient l’illustration de l’indécrottable « archaïsme » du modèle français.

Ces dernières semaines, au Danemark, une grève massive de onze jours a pourtant fait trembler le patronat et le gouvernement dirigé par le social-démocrate Rasmussen. Concernant le secteur privé, cette grève générale, la plus importante depuis 1985, a été suivi par 500 000 travailleurs. Dans ce pays de cinq millions d’habitants, près d’un quart des salariés étaient en grève. Toujours prompts à nous informer des divers OPA et fusions capitalistes à l’échelle européenne, les grands médias, ce n’est pas une surprise, ont opéré un black-out presque total sur ce véritable événement.

Tout semblait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes, le patronat et les responsables de LO, confédération regroupant 85 % des salariés, étaient parvenus à s’entendre pour signer un accord sur les conventions collectives couvrant les années 1998 et 1999. Bien sûr, les dirigeants syndicaux devaient encore obtenir l’aval de leur « base » mais ceci ne devait être qu’une formalité.

Au Danemark, il faut remonter une quarantaine d’années en arrière pour retrouver un tel cas de figure : 57 % des employés du secteur privé ont rejeté l’accord. Cinglant désaveu pour une bureaucratie syndicale qui prétend défendre les salariés mais parle le même langage que la bourgeoisie. Dirigeants syndicaux et patronaux s’étaient entendus pour accepter une journée de congé supplémentaire, les salariés exigeaient eux une sixième semaine de congés payés.

Combatifs, les salariés du privé étaient prêts à en découdre, non pas le dos au mur mais en prenant eux-mêmes l’offensive. Contre son gré, la bureaucratie LO s’est donc vue contrainte d’appeler, le 27 avril, à une grève générale illimitée. Au passage, ébréchons une idée reçue. Si le système danois est présenté comme l’archétype d’un État-providence développé, on oublie trop souvent que ce pays détient un record mondial : il s’est engagé le premier, dès 1974, dans le démantèlement de son système de protection sociale.

Face à la détermination des grévistes, le gouvernement de gauche, après avoir joué le pourrissement du mouvement, a décidé d’utiliser les grands moyens. Le 7 mai, il a imposé une loi spéciale fixant les nouvelles conventions collectives et rendant illégale la poursuite de la grève. Avec la complicité des dirigeants de LO qui ont refusé d’étendre la grève au secteur public, le gouvernement n’a pas réellement reculé : il a du concéder un jour de congé supplémentaire mais a offert, en contrepartie, un allégement fiscal au patronat.

Une nouvelle fois, ce mouvement social confirme que les politiciens de gauche et les directions syndicales sont les fidèles alliés de la bourgeoisie.


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