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Football et nationalisme

Le jeudi 28 mai 1998.

Le principe de la nation est l’un des plus puissants anesthésiants que l’homme ait jamais inventé.
Rudolf Rocker, Itinéraire n° 4

On termine les derniers préparatifs. On s’inquiète de mouvements possibles dans le transport. On nettoie les rues avec, entre autres, des interpellations d’enfants qui font la manche. C’est vrai, cela fait un peu « nation pauvre ». Dans ce contexte social nous ne pouvons pas éviter de mener une critique globale de l’institution sportive [1].

Dans l’élaboration de cette critique, il paraît important de constater que le sport de compétition est porteur d’une idéologie. Il valorise les fondements de l’idéologie libérale avec son apologie de la compétition, son culte de la performance… Et dans le lot des valeurs qu’il révèle, le football est un puissant vecteur du nationalisme. Le sport de compétition ne crée pas le nationalisme, il le favorise, le développe, lui donne une âme

« Cet intemationalisme là ne tuera pas les patries, mais les fortifiera » (Charles Maurras)

« Je suis un officier de réserve, fier de servir mon pays depuis vingt ans » (Roger Milla, Cameroun lors de la dernière coupe du monde)

« Les grandes victoires de l’URSS et des pays frères sont la preuve éclatante que le socialisme est le système le mieux adapté » (Pravda)

« Un succès sportif peut servir une nation autant qu’une victoire militaire » (Ford, président des États-Unis)

« Cette victoire est un ciment unificateur pour les Italiens et un événement qui au-dela, contribuera à rendre les gens plus proche les uns des autres et également plus orgueilleux » (Président du conseil).

La question est donc de savoir si ces citations illustrent une dérive ou une réalité profonde du sport. On peut dans un premier temps voir une dérive, c’est-à-dire une utilisation des États pour renforcer un sentiment d’appartenance. Les nations étant des entités abstraites pour le peuple, elles ont besoin de symboles forts. Le sport est donc un outil de propagande pour l’État et le capitalisme. Quand on analyse l’histoire moderne du sport [2], on aperçoit effectivement une analogie étroite, un lien d’intérêts entre le capitalisme et le sport spectacle. En France les clubs de football sont créé par des capitalistes qui construisent des stades près des usines (Houillères à Lens, Peugeot à Sochaux…).

L’objectif est clair : la massification du sport qui déchaîne les passions vis-à-vis d’une équipe est un élément d’unification, un élément permettant de renforcer un sentiment identitaire interclasses.

Si l’on souhaite pousser un peu le débat, la question est de savoir si les liens entre le sport et le pouvoir sont simplement des liens d’intérêts ou des liens idéologiques. Les sports collectifs et certains individuels (comme le tennis) ont un succès médiatique sans commune mesure avec les autres sports (l’athlétisme en dehors des JO tous les quatre ans, n’a quasiment aucun écho médiatique). Or ce qui caractérise ces sports médiatiques, c’est le mode relationnel qui est basé sur le duel et la compétition. Par exemple la pratique du foot, qui dans certaines régions en Afrique consiste à ce que le joueur qui marque un but change d’équipe, n’est pas prête de se généraliser car unanimement les fédérations, les partisans du foot déclarent que ce n’est plus du sport !

On remet ici en cause le concept fondamental du dualisme et de la compétition. Cette logique identitaire et compétitive doit donc nous interpeller quant aux alternatives au sports. Si envisager des alternatives éducatives nécessite de réfléchir sur les relations internes à l’éducation au-delà du dépassement du capitalisme, il en est de même pour le sport. Une démarche contraire reviendrait à nier que le sport de fédération, le sport de compétition soit un appareil idéologique d’État au service du nationalisme et de l’idéologie libérale.

Régis B.
groupe de Nantes


[1Après le dopage, spectacle, finances cf. Monde libertaire depuis deux mois.

[2Lire entre autres les ouvrages de Jean Marie Bhom.


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