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Cinéma

Nouvelles de Cannes (2)

sortez votre idiot intérieur
Le jeudi 28 mai 1998.

« Sortez votre idiot intérieur » , devise du film de Lars Von Triers n’est qu’un programme de révolte qui ne débouche sur rien. « Ne devient pas fou qui veut » dit Lacan. La folie, ce n’est pas un charisme, « c’est une souffrance » dit Laing. Dans Les Idiots, les idiots sont les autres, ceux qui portent leur différence inscrite au visage, dans ce cas précis les mongoliens. Et ceux qui jouent seulement à faire l’idiot, ne les supportent pas. C’est là où le film aurait dû prendre son envol et s’interroger sur lui-même. Mais à aucun moment il ne prend ses personnages au sérieux.

Une seule scène est réussie. Une femme prise dans un deuil épouvantable retourne chez elle, dans l’horreur d’une famille ordinaire. Elle, la seule « normale » du groupe, réussit à faire parler son « idiot intérieur », à se libérer de quelque chose.

Sur le même thème, dénoncer et fuir la famille « normale » et les horreurs qu’elle cache forcément, le jeune collègue de Von Trier, signataire et instigateur de Dogma, Thomas Vinterberg, réussit partiellement son Festen (Fête de famille).

Un vrai souci de cadrer, de faire des plans. Mais peut-on régler des drames d’une famille en quelques phrases ? Le défoulement, ça fait du bien. Mais l’effet se dissipe vite.

En revanche, des films français aux titres poétiques, La Vie révée des anges (Éric Zonka) et Dis moi que je rêve (Claude Mourieras) s’attaquent beaucoup plus profondément au problème complexes des individus dans notre monde cabossé d’aujourd’hui. Dans le film de Mourieras, toute une famille cherche à s’en sortir, en ne laissant personne sur le bord de la route. Il y a le passé, des chemins empruntés, des désirs qui éclairent la lanterne quotidienne. Tous les problèmes de la vie sont interrogés. Intransigeance, exigence. Et poésie. Les vaches donnent plus de lait quand on dans le tango ou la bossa nova. On ne bêtifie pas. On devient intelligent pas ce désir communicatif de ne jamais céder sur les envies profondes, sur la nécessité du rêve. Roberto Benigni, le piccolo diavolo, disait de Fellini et son cinéma qu’il était indispensable, comme le gaz et l’électricité. On a envie de lui rendre le compliment pour son film La Vita e bella (La Vie est belle). La première partie du film de Roberto Benigni se déguste comme un verre de Champagne. Dans la deuxième partie, il prend tous les risques, car il évoque l’indicible : les camps. Il réussit à déjouer la difficulté en mettant le récit à distance, car tout est raconté à un enfant, c’est un affreux jeu de massacre où le prix à gagner serait un char, un vrai. L’enfant gagne et survit. Des jeux de réflexion, des devinettes parcourrent le film. En voici une qui donne à réflechir : « Si je le nomme, il n’existe plus ». Le silence ! On a demandé à Benigni s’il faisait concurrence à Nanni Moretti et son Aprile. La réponse fut un grand éclat de rire. Aprile aussi en fini avec un certain silence et le fait de façon enjouée et offensive : faisons notre propre journal, nos propres enquêtes, soyons actifs et inventifs, jouissons de la vie, jouons nous de nos angoisses en jouant, par exemple avec les enfants !

Heike Hurst — « émission Fondu au Noir » (Radio libertaire)


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