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Violence des jeunes

la carotte se transforme en bâton
Le jeudi 18 juin 1998.

Du Conseil de sécurité intérieure qui s’est réuni le lundi 8 juin, avec à l’ordre du jour la « violence des jeunes », ressort un mot clé : fermeté. Le gouvernement Jospin veut faire savoir à ceux qui en douteraient encore qu’il peut être aussi brutal et répressif que la droite. Il s’agira donc pour Chevènement de décliner, face aux jeunes, toute la palette de la « réponse policière ». Voilà de quoi occuper pendant quelques années les tombereaux d’emplois-jeunes recrutés par le ministère de l’Intérieur. La délinquance des mineurs est encore aujourd’hui régie par des textes datant de 1945 et qui affirment la primauté du préventif et de l’éducatif sur le tout répressif.

Au sortir de la guerre, signe des temps et signe d’humanité, les dirigeants français du Gouvernement provisoire avaient voulu rompre avec la vieille barbarie des « maisons de correction ». Cinquante ans plus tard c’est le grand retour de la répression qui s’annonce.

Derrière les théories à la mode…

Il parait que la délinquance des mineurs a changé de nature. Elle n’a pas, simplement augmenté, selon les tenants de la répression, mais elle a carrément muté. Cette transformation supposée se résume en deux points. D’abord, elle s’est « territorialisée », ce qui veut simplement dire, en langage de sociologue, que des bandes se sont crées dans des quartiers où elles prétendent imposer leur loi. D’autre part certains jeunes délinquants seraient devenus irrécupérables et il faudrait donc, pour faire baisser la délinquance, « éradiquer ces noyaux durs ». Bref, c’est le modèle américain des gangs que l’on croit voir dans nos banlieues. Les fameuses bandes se complaisent d’ailleurs à imiter ce modèle, véhiculé par la télé.

Qui dit modèle américain de la délinquance sous-entend en général répression à l’américaine, c’est-à-dire brutale, perverse et inefficace. Il faudrait s’en rendre compte rapidement si l’objectif est de diminuer réellement le niveau de délinquance dans les grandes villes. Mais peut-être, comme aux États-Unis, l’objectif réel est-il que le bourgeois puisse dormir tranquille dans des quartiers protégés.

…les vieilles méthodes repointent leur nez

Face à la figure de l’adolescent menaçant, tous les moyens sont devenu bons. On martèle, comme si c’était une nouveauté que « tout mineur est responsable de ses actes ». Le « bon peuple » affolé n’était peut-être pas au courant mais les 3600 mineurs qui croupissent en taule le sont certainement. Concrètement le gouvernement a en projet de placer dans des endroits surveillés les mineurs considérés comme les plus dangereux. Traduction : on s’oriente vers la réouverture des « maisons de correction ».

À coté de cela, de plus en plus de policiers sont déployés dans les grandes villes et le plan « gendarmerie 2002 » prévoit de leur adjoindre des effectifs de l’armée dans les banlieues, sous la forme de troupes de gendarmerie. Il faut dire que le plan Vigipirate aura largement habitué les habitants des métropoles à la présence quotidienne de l’armée dans les rues.

La répression, les anarchistes le savent, est un cercle vicieux et la taule, quel que soit le nom qu’on lui donne, n’a jamais été une solution. Elle n’est jamais que la version modernisée des culs de basse-fosse, avec pour rôle de faire disparaître ceux qui gênent l’ordre établi. Ce ne sont pas les quelques « classe-relais », prévues par Ségolène Royal comme la cerise sur le gâteau des nouvelles mesures, avec pour objectif de limiter la déscolarisation, qui y changeront quelque chose.

F. G.





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