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Paris

Collectif anti-expulsions

pas de trève pendant la coupe du monde
Le jeudi 25 juin 1998.

Le vendredi 12 juin, le Collectif anti-expulsion de Paris décidait d’occuper la zone d’attente pour étrangers sans-papiers — en fait, un sous-centre de rétention — de la gare de Nord. Centre situé au 18 rue de Dunkerque (10e) ; la DICILEC occupe les deux derniers étages de locaux appartenant à la direction régionale de la SNCF. Près de 200 manifestants participèrent à cette opération.

Dans un premier temps, le quatrième étage — des bureaux — était investi après une poussée contre les quelques flics qui occupaient les locaux, puis le cinquième où nous nous sommes retrouvé bloqués devant une porte blindée qui protège la zone où sont gardés les sans-papiers.

Dans les cinq minutes qui suivirent l’occupation, les CRS investirent à leur tour l’immeuble. Nous sommes alors jetés violemment par les hooligans bleus dans les escaliers et quelques coups de matraques sont distribués au passage. Malgré tout nous arrivons à évacuer les lieux pour nous retrouver dehors. Une soixantaine de personnes se retrouvent isolées parmi les flics, par petits groupes dispersés ; elles seront toutes interpellées. Trois photographes et un cameraman auront leur matériel détruit. Les syndicats SNCF qui occupent le même étage n’ont pas bougé.

Devant le bâtiment, les rescapés et ceux qui n’avaient pu pénétrer se regroupent. Quelques copains sont désignés dans la foule par les flics ; la police recherche les « meneurs ». C’est alors que le massacre commence : les coups de matraques pleuvent, cinq CRS se jettent sur un copain handicapé, le font tomber et le matraquent au sol ; un autre copain se fait immobiliser à terre et reçoit force coups de rangers. Nous arrivons quand même à sortir quelques personnes de leurs griffes, non sans recevoir notre part de coups. Le repli se fait dans un ordre plus ou moins parfait. Une charge de la BAC (brigade anticriminalité) conclura cette première partie par l’arrestation de deux nouvelles personnes.

Rendez-vous est alors pris devant le commissariat de la rue Louis-Blanc (10e) en soutien aux interpellés. Les rues sont bloquées par la police. Après deux heures de détention et de traitements dégradants de la part de la 3e DPJ, la plupart des copains sont libérés. Il y a finalement cinq gardes à vue dont une au centre médico-judiciaire de l’Hôtel-Dieu. Une charge de CRS aura encore lieu et une nouvelle personne sera interpellée.

Bilan de l’opération : cinq gardes à vue et cinq personnes à l’hôpital. La journée aura été marquée par un paroxysme de violence de la part des représentants de l’État, jamais atteint depuis le début du mouvement de décembre.

Les procès

Le dimanche suivant — après 24 heures de garde à vue et 24 heures de dépôt au tribunal — une première comparution d’urgence a lieu : un copain est innocenté ; un second écope d’un renvoi en septembre. Les trois autres sont renvoyés au lendemain matin devant la 22e chambre correctionnelle : deux sont libérés, le troisième passera la nuit à la prison de la Santé. Le lundi 15, lors de la seconde comparution, les chefs d’accusation sont les suivants :

  • F : dégradation de biens publics (bris d’une porte vitrée), violence contre trois agents (incapacité de moins de 8 jours), violence sur gradé (capitaine, incapacité de 10 jours).
  • R : vol (brassard de police, badge de circulation SNCF).
  • Y : violence sur gardien de la paix avec une béquille comme arme. Le copain est handicapé à 95 % !

Le renvoi est demandé car les flics sont contestés — nombreux témoignages dénonçant les violences policières — et « incapacité » des forces de l’ordre « blessées » à se présenter comme partie civile.

Le procureur réclame le maintien en détention pour F et le contrôle judiciaire pour les autres, pour trouble à l’ordre public, en ajoutant que les inculpés et les témoins ne doivent pas se concerter.

Les avocats dénonceront à leur tour les violences policières et démontreront que l’accusation n’a qu’un seul but : salir le mouvement de soutien aux expulsés.

Finalement, le juge refuse les contrôles judiciaires, et renvoie F devant le juge d’instruction pour de plus amples informations. F sera libéré le soir même, et le procès renvoyé à une date ultérieure. Nous restons mobilisés pour la défense de nos camarades, et nous poursuivrons nos actions contre les expulsions.

Pascal
groupe Louise-Michel (Paris)


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