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Saint-Ouen

Tous les chemins de la répression mènent aux roms

Le jeudi 3 septembre 1998.

Le 30 juillet au petit matin, deux cent policiers investissent un bâtiment de la SNCF au 18, boulevard Victor Hugo à Saint-Ouen (Seine Saint-Denis) où ont trouvé refuge 12 familles de Roumains. Un des habitants, pris de panique, saute par une des fenêtres et se fracture les deux jambes. Une heure après les bulldozers entrent en action, détruisent le bâtiment, et ensevelissent les affaires des familles sous les décombres.

D’une expulsion…

En Roumanie, ces familles constituaient un petit village fermé suite à la politique de sédentarisation forcée des tziganes par Ceausescu. Elles sont maintenant en France depuis deux à trois ans, parfois même depuis 1994 après avoir fuit la politique anti-tzigane. Ces familles sont toutes en situation régulière, mais soumises à des titres de séjour de quelques mois renouvelés au coup par coup ; elles sont toutes demandeuses du statut de réfugié politique. Certains enfants sont nés en France, les autres ne vont pas à l’école. En effet, le maire de Saint-Ouen refuse de les scolariser car ils n’habitent pas officiellement la ville, alors qu’ils occupent l’immeuble de la SNCF depuis un an et demi. Dans ce bâtiment, les familles avaient chacune leur espace propre, se recréaient ainsi les conditions de vies telles qu’elles étaient dans leur village.

Dans la ville le FN caracole à 18 % ; des pétitions xénophobes hostiles aux roumains circulent. Le maire communiste de Saint-Ouen, Paulette Fost, ne maque pas d’y répondre : « nous avons bien reçu votre pétition concernant l’installation illégale de familles d’origine roumaine… nous ferons notre possible en vue d’une expulsion ». La mairie fait alors pression sur la SNCF et la préfecture pour l’obtenir. Nous savons dans quelle condition celle-ci s’effectuera.

Aucune solution ne sera prévue pour le relogement ; la préfecture de Seine Saint-Denis ainsi que la mairie de Saint-Ouen refuseront de plus de recevoir une délégation des familles.

…à l’autre

Les familles seront accueillies par le POUM (Pour ouvrir une maison), squat associatif où plusieurs association sont représentées : DAL, Échanges, Oxalis, AC !, les Verts, la CNT, la FA. Les locaux ne sont guère adaptés à un usage d’habitation ; seules des fêtes, des réunion, des projections y ont lieu. Il est donc décidé d’occuper le Centre communal d’accueil et d’accompagnement social de la rue d’Anselme, locaux vides destinés à loger des SDF durant l’hiver. L’occupation devait durer jusqu’à l’obtention d’un rendez-vous avec la mairie. Celui-ci a lieu le mercredi 12 août.

Après une première nuit passée dans les locaux, le lendemain matin un commissaire vient visiter les lieux pour préparer une évacuation « dans les meilleures conditions possibles ». Dans l’après-midi, un galonné à trois barrettes tente à nouveau de pénétrer dans le bâtiment ; cette fois-ci nous le bloquerons et le repousserons dehors. Il nous déclare de but en blanc qu’il considère son rôle comme celui d’un éboueur ! Le nôtre serait-il donc d’ordure à éliminer selon ce brave représentant de l’ordre ?

La journée se passe en fait dans l’attente, et vers 21 heures, alors que les journalistes sont partis, 25 voitures banalisées déboulent dans la rue et s’arrêtent dans de grands crissement de pneus devant le centre. Une bonne centaine de flics accompagnés de la BAC s’en extirpent, matraque à la main, et envahissent le bâtiment. Nous entourons les roumains en vue de les protéger de possibles débordements policiers. En fait l’opération est plus spectaculaire que violente ; on nous laisse même récupérer toutes les affaires.

Entre temps, la mairie fait une proposition de relogement : les familles doivent être éclatées, femmes et hommes séparés. La proposition est rejetée. Retour à la case départ : le POUM.

D’un combat…

Le dimanche 16, une fête organisée par les familles roumaines à lieu. Elle a pour but d’évacuer le traumatisme ressenti par celles-ci. C’est un succès. Musique, danses, petits plats dans les grands, soutien d’Alexis Bouglione : plus de 100 personnes sont présentes. Le soir même, nous apprenons par France 3 que Jocelyne Riou, vice-présidente PC du Conseil régional d’Île-de-France, a demandé au préfet de la région d’organiser une table ronde afin d’apporter « des réponses globales aux famille de tziganes roumains installées en région parisienne ».

Le mardi 18, manifestation de sans-papiers. À l’issue de celle-ci, le collectif de soutien aux familles roumaines est reçu par une élue Verte à l’intérieur du Conseil régional d’Île-de-France. Elle compte appuyer l’action du collectif afin de trouver une solution décente pour le relogement des familles.

Trois mois plut tôt, ce même Conseil régional était envahi par les chômeurs venus réclamer les transports gratuits ; la même élue nous avait alors affirmé qu’elle n’avait aucun pouvoir, la gauche ne possédant qu’une majorité relative ! En aurait-elle aujourd’hui, ou poursuivrait-elle un but électoraliste en vue des européennes ?

… à l’autre

Pour l’instant le problème des familles roumaines est à rapprocher de ce celui du POUM qui devait être expulsé le 31 août de ses locaux. La même procédure ayant été suivie par la mairie communiste : pression sur le propriétaire afin d’obtenir l’expulsion, refus de recevoir les occupants.

Une fête de soutien au POUM a eu lieu les 29 et 30 août afin d’éviter ainsi l’expulsion d’un lieu de vie militant et convivial.

Pascal
groupe Louise-Michel (Paris)


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