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éditorial du n° 1132

Le jeudi 17 septembre 1998.

N’ayant jamais hésité à envoyer la troupe contre les ouvriers, Clemenceau se voulait pourtant un dirigeant éclairé. Au début du siècle, il aimait répéter : « on peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus ». Réprimer ne suffit pas toujours pour préserver le pouvoir des puissants.

Dès l’empire romain, d’autres dirigeants, se voulant tout aussi éclairés, avaient déjà mis au point une gestion élaborée du « bon peuple » que résume parfaitement la formule « du pain et des jeux ». Mardi 15 septembre à Jéricho, le premier casino palestinien sera inauguré. Notable particularité, il sera ouvert aux Israéliens chez qui les jeux d’argent sont interdits, État semi-théocratique oblige, mais fermé aux Palestiniens. En acceptant un tel apartheid, l’Autorité autonome palestinienne espère certainement tirer de juteuses prébendes de cette activité, lui permettant ainsi de financer son appareil répressif hypertrophié. Déjà largement privé de pain, le peuple palestinien devra se contenter de goûter à la matraque. Bien sûr, cet usage massif de la répression, cherchant à tuer tout espoir d’une vie meilleure, n’a jamais été abandonné par ceux qui nous dirigent. Dans l’empire romain, « le pain et les jeux » étaient réservés aux citoyens, les esclaves devaient eux se contenter de plier sous le joug.

L’esclavage est « aboli » mais les « esclaves » sont toujours légion. Selon un rapport de l’ONU, publié le 9 septembre, « plus de 1 milliard de personnes ne sont même pas en mesure de satisfaire leurs besoins de consommation élémentaire ». À l’autre bout de la pyramide, les trois personnes les plus riches du monde ont une fortune supérieure au total du produit intérieur brut des 48 pays les plus pauvres.

Face à cette misère dont les médias se complaisent souvent à faire un spectacle, un sentiment de culpabilité nous submerge parfois. Pauvres salariés ou chômeurs français, ne serions-nous pas, malgré tout, des « privilégiés » ? Chassons cette illusion, les vrais responsables sont ailleurs. Selon le même rapport de l’ONU, il suffirait de moins de 4 % de la richesse cumulée des 225 plus grosses fortunes mondiales pour donner à toute la population du globe l’accès aux besoins de base et aux services sociaux élémentaires (santé, éducation, alimentation). Esclaves modernes, nous sommes plusieurs milliards. Ceux qui nous exploitent et nous dirigent pensent pouvoir nous soumettre, nous contraindre à la résignation. Pourtant, un autre futur est possible. Même dans l’Antiquité, les révoltes d’esclaves ont ébranlé l’empire romain.


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