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États-Unis

Tentative de récupération des martyrs de Chicago

Le jeudi 17 septembre 1998.

Le 3 mai, une douzaine d’anarchistes de Some Chicago Anarchists, de Autonomous zone et des IWW (Industrials workers of the world) ont manifesté leur mécontentement face à la tentative de l’Association d’histoire du travail de l’Illinois (Illinois labor history society — ILHS) et de l’US Park Service de déshonorer la mémoire des martyrs d’Haymarket en inscrivant le monument situé au Forest home (Waldheim) Cemetery sur la liste gouvernementale des sites historiques. Nous pensions qu’il était absurde et obscène de rechercher une approbation étatique quelconque pour un monument érigé par la classe ouvrière à ces cinq hommes assassinés par l’État [1] pour leurs idéaux anarchistes.

Cela fait une douzaine d’années que l’ILHS cherche à répandre l’idée mensongère que les martyrs d’Haymarket étaient simplement d’innocents syndicalistes partisans des huit heures, injustement devenus des victimes de l’État et accusés, à tort, d’anarchisme. Réussissant finalement à faire labeliser par l’État fédéral le monument comme un site historique, l’ILHS a organisé une cérémonie d’inauguration le 3 mai à Waldheim.

Des anarchistes de Chicago se sont mobilisés pour gâcher la fête. Nous avons apporté une banderole des drapeaux noirs et trois tracts : un premier constitué de croquis des martyrs et de citations démontrant leur anarchisme et deux autres tracts écrits comme émanant des martyrs eux-mêmes et dénonçant cette tentative d’ensevelir leurs idées avec leurs os. Pendant que quatre membres de Some Chicago Anarchists, habillés en squelette et portant des noms de martyrs, passent à travers la foule d’environ 400 personnes en distribuant des tracts, nous manifestons bruyamment notre colère : il y avait de quoi !

Triste cérémonie

Les cérémonies débutent par un prêtre qui prononce une invocation. Avant qu’il ouvre la bouche, des cris s’élèvent : « pas de prières, ils étaient athées ». Quand le représentant du « Park Service » est monté à la tribune pour son discours il est accueilli aux cris de « bureaucrate » et « À bas l’État ! ». Des cris désapprobateurs accueillent la chanson « America the beautiful » par une chorale de 60 personnes accompagnée par un orchestre de cuivres.

Les anarchistes ne sont pas invités à prendre la parole, alors que tous les pontes du syndicalisme de Chicago semblent être là, dénonçant la « cupidité des entreprises », l’allongement de la journée de travail, etc. et jurant que le mouvement syndical réagira dans la tradition des martyrs d’Haymarket. C’en est trop et à leurs mensonges nous crions « abolition du salariat », et « ces hommes se sont battus pour la révolution sociale ».

Que le professeur Paul Avrich n’ait même pas mentionné les convictions des martyrs de Chicago fut particulièrement écœurant. En fait, il n’y a eu aucune référence à leurs véritables idées. Ils furent décrits uniquement comme des syndicalistes.

Puis, les membres de l’ILHS et des syndicalistes essaient de nous faire taire. Nous tentons d’obtenir de l’ILHS, pour l’un d’entre nous, la possibilité de s’adresser à la foule quelques minutes depuis l’estrade pour dire la vérité sur les martyrs. Mais ils exigent en échange que nous nous abstenions de faire du chahut. C’est, pour certains d’entre nous inacceptable, mais avant que de nouvelles négociations aient lieu un de nos camarades est poussé à terre par un gorille et une brève échauffourée s’ensuit. Un autre anarchiste est attaqué alors qu’il tente de couvrir la plaque du Park Service avec un drapeau noir. Suite à cela, ILHS nous refuse la permission de prendre la parole, affirmant sans conviction que s’ils nous accordent deux minutes, ils seront forcés de les accorder à chaque groupe présent.

Les flics aussi entrent en scène en menaçant de nous expulser si d’autres perturbations se produisent. Cela, cependant, ne nous inquiète pas et nous continuons à clamer notre indignation.

Malheureusement nous n’avons pu empêcher l’installation de la plaque. Quand dorénavant, les gens visiteront le monument, penseront-ils que celui-ci a été érigé par le gouvernement et non par les dons de simples travailleurs ? Verront-ils l’ironie de cette marque de reconnaissance étatique sur un monument dédié à des ennemis de l’État ? Ou croiront-ils les mensonges de certains historiens, des pontes du syndicalisme selon qui ces hommes ne furent que de simple syndicalistes ?

Le monument d’Haymarket a été construit par la classe ouvrière pour honorer les hommes courageux qui furent assassinés par l’État parce qu’ils étaient anarchistes et partisans de la révolution sociale. Il appartient au peuple et non à l’État, et nous ne devrions pas permettre à l’État de réquisitionner cette partie de l’histoire de la classe ouvrière et de l’histoire de l’anarchisme.

Des anarchistes de Chicago ont fait entendre notre voix le 3 mai. Vive l’anarchie !

Mike Hargis, Libertarian labor review, été 1998
PO BOX 2824, Champaign Il, 61825 USA


[1Spies, Parsons, Lingg, Fischer et Engel furent condamnés à mort et furent pendus le 11 novembre 1887, sauf Louis Lingg qui préféra devancer la mort infligée en se suicidant (NDLR).





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