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Cinéma

55e Mostra de Venise

Le jeudi 17 septembre 1998.

Ouverture dans le sang : Saving private Ryan. Le film de Spielberg est précédé de rumeurs diverses. Rumeur sur la violence de la démonstration de la boucherie du Jour D. (D=débarquement). Confirmée.

Ou comme dirait Gainsbourg « affirmatif ». Un soldat essaie d’attraper son bras arraché.

La mer est rouge de sang. Les champs de bataille, filmés aujourd’hui, avec leurs croix blanches toutes simples n’ont pas perdu leur impact. Tom Hanks n’est plus le débile Forrest Gump, mais tout simplement un bon acteur, chargé ici en capitaine de ramener avec son détachement le soldat Ryan, car ses trois frères sont morts sur le champ de bataille.

Le film sert un projet ambitieux : ouvrir en Normandie un musée, le 6 juin 2000, qui s’appellera le Musée du débarquement, en toute simplicité. Veiller sur la mémoire des hauts faits de guerre à force de dollar gagnés avec ce film, en faire profiter les nouvelles générations ? But louable. Les résultats ne peuvent être garantis !

Venise tend la main à l’Amérique qui tend la main à l’Europe.

Venise a la réputation et presque le privilège d’être parmi les grands festivals (Berlin, Cannes et Locarno) celui des films d’auteurs. Des auteurs, il y en a en abondance. Mais tous ces auteurs peuvent aussi faire des films médiocres ou moyens. Parfois de très bons films ne sont pas distribués : d’où l’envie de créer un marché destiné à des cinématographies mal connues et mal distribuées. Felice Laudadio a réussi ce pari ambitieux. À Venise se tient pour la première fois un marché du film et de scénarios. Un bon point donc pour le directeur du festival où les intérêts de la ville, de la commune et de l’État se mélangent au niveau du festival et créent une espèce d’embouteillage dans les décisions le concernant.

C’est une banalité de dire que tous les metteurs en scène refont toujours le même film.

Chez Spike Lee on verra toujours des noirs magnifiques décliner leurs problèmes d’identité et d’ascension sociale : He Got Game. Peut-on s’en sortir grâce au basket-ball ? Out of the Hole avait déjà magnifiquement traité ce sujet. Mais Spike Lee filme de mieux en mieux et vieillit comme tout le monde. Donc, il maltraite un peu moins ses sujets favoris et essaie de comprendre les problèmes liés aux pères noirs éternellement absents ou enfermés en prison ou morts lors d’un deal ou d’une rixe, et fait un film puissant sur ces conflits très communs de famille et les liens éclatés qui les représentent.

Rohmer filme aussi avec son Conte d’automne les femmes d’un certain âge qui se retrouvent seules après avoir élevé les enfants. Les nouveaux modes de communication n’ont pas résolu les problèmes de solitude. Un film charmant où l’on retrouve avec joie les héroïnes du Beau mariage — une fiction de femmes ! — et du Rayon vert primé jadis à Venise. Yves Angelo avec Voleur de vie était moins inspiré. Il donne un film insipide, malgré le cadre fabuleux d’une Bretagne sauvage et mystérieuse. Sandrine Bonnaire est sublime, simple, grandiose. De belles images ne font pas un film.

Surprise et changement de ton pour un film de BD inspirée : Lola rennt (Lola court) de Tom Tykwer est jusqu’à maintenant la seule surprise véritable du festival. Un film chargé d’énergie et d’images, où l’animation fait partie de la composition du film et de son rythme. Une fille aux cheveux rouges court, court, et court encore pour trouver 100 000 marks en 20 minutes, sinon…

Renaissance probable et apparemment durable d’un jeune très jeune cinéma allemand en pleine créativité virtuelle et réelle, remarquée à Locarno et confirmé à Venise par ce film, inspiré visuellement. Lola rennt raconte une histoire d’amour, faisant confiance à ses images et à ses jeunes acteurs.

Heike Hurst
émission « Fondu au Noir » (Radio libertaire)


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