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Au pays des ordures, l’argent est roi

Le jeudi 17 septembre 1998.

Les vacances sont terminées et les dossiers remontent en surface avec leurs odeurs variées et résistantes. Outre les questions sociales qui ne manqueront pas de grossir (accords au rabais sur les 35 heures, licenciements…), la régularisation ou l’expulsion des sans-papiers, le mois de septembre sera marqué localement par l’émergence du dossier des ordures ménagères.

Malgré la fermeture de plusieurs usines d’incinération en France et le constat d’une pollution généralisée par les dioxines en particulier, malgré l’évidence que la solution d’avenir est à une diminution des déchets produits et à un recyclage maximum des matières premières pour éviter le gaspillage, les syndicats de communes d’Alès, Nîmes et Lunel persistent dans des projets, plus ou moins avancés, d’incinération quasi totale de nos poubelles.

L’usine de Lunel-Viel est quasi achevée (et déjà ses cuves se fissurent !). Après l’annulation d’autorisation d’exploitation par le tribunal administratif de Montpellier, OCREAL (filiale de la Lyonnaise des eaux) s’est empressé de déposer une nouvelle demande (enquête publique sur 7 communes du 3 septembre au 5 octobre), assortie d’engagements de mettre un filtre à dioxines (dont l’efficacité et la maintenance restent aléatoires), de contrôler ses rejets sans que soit réellement réglés l’avenir des mâchefers et rejets liquides (destination prévue : l’étang de l’or, zone protégée !). Parallèlement une parodie de tri-recyclage est mise en place à grand bruit pour être en conformité avec la loi : comment peut-on trier avec une seule poubelle et sans collecte sélective ? Que signifie l’obligation de porter ses déchets triés dans les déchetteries alors que les communes sont sensées prendre en charge la collecte ?

Des actions en faveur du recyclage

Sur la région d’Alès, pour la troisième fois, un projet d’incinérateur voit le jour accompagné d’informations tronquées et mensongères (le choix proposé aux élus était : incinération ou enfouissement) et en l’absence de débat et de concertation avec la population.

Le projet d’incinérateur à Nîmes (150 000 tonnes, Zl de Grézan) est conforme à la philosophie du processus : surdimensionné (ça rapporte plus !), propulsé par des éminences grises aux motivations douteuses, enrobé d’un double langage prônant le recyclage mais présupposant l’incapacité des habitants (surtout les pauvres et les immigrés, bien sûr) à trier leurs déchets, ce qui rend l’incinération indispensable.

Différentes associations, à Nîmes, Alès et Lunel, de sensibilités variées, devant l’urgence et la similitude des problèmes posés par les ordures ménagères et surtout face à l’égale médiocrité des réponses apportées par les décideurs de droite comme de gauche, appellent a une généralisation de l’opposition à l’incinération par des actions communes Des manifestations sont prévues (26 septembre à Nîmes, 3 octobre à Alès et 4 octobre sur Lunel) ainsi que des débats publics (le 18 septembre à Lunel) et autres actions de sensibilisation en faveur de la réduction et du recyclage des déchets ménagers.

Les anarchistes doivent aussi réfléchir et proposer des pistes dans ce domaine, pour aujourd’hui et pour demain : c’est en associant des idées-forces (qui manquent cruellement) à des actes quotidiens que les propositions anarchistes feront leur chemin dans la population.

Quelques jalons…

  • Le problème est global et ne peut se résoudre uniquement par le civisme des habitants, la bonne gestion des communes et/ou le savoir faire des industriels : en fond est posée la question de la production forcenée de produits rapidement périssables (usure rapide, maintenance impossible) et sur-conditionnés pour des raisons commerciales, bref de la prépondérance du profit sur les besoins qui engendre gaspillage et nuisances.
  • La charge financière de la gestion des déchets revient aux consommateurs. Mais qui génère les déchets ? Il est nécessaire de faire porter l’effort financier de traitement et de recyclage réel des déchets sur les industriels, principaux décideurs des produits distribués.
  • Si la population doit apprendre à consommer autrement et à trier ses déchets, les communes doivent organiser un recyclage réel des déchets réutilisables : trop souvent les déchets triés sont stockés quelques temps et mis finalement en décharge, à moins qu’un feu providentiel ne les fassent disparaître, trop rarement une collecte sélective en porte-à-porte est organisée, alors que c’est la seule façon de collecter le maximum de déchets triés à la source.
  • Pour faire plier les industriels comme pour une gestion communale des déchets respectueuse de la population, nous ne pouvons compter ni sur les élus ou leurs partis politiques ni sur les instances administratives ou ministérielles censées être compétentes en matière de gestion des déchets : le seul levier pour faire pression est entre les mains des consommateurs et des habitants que nous sommes tous. Comme pour l’eau ou d’autres services municipaux confiés trop souvent aux appétits du secteur privé, il s’agit de recollectiviser la gestion des déchets. Non pas pour renforcer le pouvoir de quelques hobereaux locaux, mais bien organiser ces services au mieux des intérêts de la population, par une gestion collective par les habitants eux-mêmes. Dans ce domaine, tout ou presque reste à faire.

Groupe du Gard


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