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éditorial du n° 1133

Le jeudi 24 septembre 1998.

Impossible d’ouvrir la radio ou de lire la presse sans échapper aux commentaires relatant le début du procès de ce qu’il est convenu de nommer « l’affaire de la fusillade nation-Vincennes ». Folle équipée meurtrière qui fit cinq morts dans la nuit du mardi 4 octobre 1994. Dans l’émotion des événements le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua, s’est empressé de fustiger ces « jeunes marginaux, […] animés de pensée anarchiste et voulant détruire la société ». Anarchiste, le mot était lâché et il était facile de comprendre que derrière cette affaire on tentait de criminaliser un mouvement social et politique. Pourtant, il était évident que la question n’était pas là.

Cette histoire, c’est celle d’un drame. Un drame social, collectif et individuel. Un drame qui reflète derrière une révolte réelle l’angoisse de toute une frange de la jeunesse devant une société en mal d’avenir et qui transpire la misère et l’ennui. Une révolte nourrie par la galère des boulots précaires, des logements pourris comme le squat de Nanterre et par une haine du flic acquise quelques mois plus tôt dans les manifestations anti-CIP et la violente répression qui les accompagnait. Aujourd’hui la justice et les médias s’interrogent, posent des questions, cherchent à comprendre, se demandent pourquoi, alors que l’évidence d’une société en crise et de leur fuite en avant, désespérée et sans issue, pour tenter de sortir de la galère crèvent l’écran. Que peut-on attendre d’une telle mise en scène juridico-médiatique si ce n’est qu’une jeune fille qui a déjà laissé sa jeunesse et une partie de sa vie sur le pavé parisien ne soit transformée en mort-vivant dans les isoloirs sans fin de la perpétuité. Tout cela pour légitimer un système qui est pourtant le responsable de tels drames humains. On peut d’ailleurs se souvenir qu’à une autre époque la justice fut plus clémente lorsqu’elle décida d’amnistier les assassins de l’OAS dans un souci d’apaisement. Des individus dont les crimes relevaient pourtant d’une autre nature, organisés, planifiés et assumés collectivement.

Si la révolte peut être réelle et légitime on voit bien que toute seule elle ne peut mener à grand chose et même pire, lorsqu’elle se transforme en isolement, elle peut devenir une impasse… une impasse qui peut être mortelle ; sans issue individuelle ni collective. Être anarchiste c’est bien au contraire tout faire pour ne pas en rester là, pour s’efforcer de passer de la révolte à la révolution. Comprendre que c’est seulement par la prise de conscience collective, par le développement d’un mouvement social construit au fil des luttes, porté et assumé collectivement ainsi qu’animé d’un projet de société que nous pourrons changer les choses et retrouver espoir dans le futur.





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