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Cinéma

« C’est la tangente que je préfère »

Charlotte Silvera
Le jeudi 1er octobre 1998.

Une jeune fille, première de sa classe en mathématiques fait la brillante démonstration de son insoutenable légèreté théorique et pratique. Savoir résoudre tous les problèmes ne résout pas les problèmes. Elle apprend la solitude du petit génie tout comme le poids de l’ignorance des autres. Surtout quand les autres sont ses parents, dont elle remplit la cagnotte souvent vide car les deux sont entre le RMI et le chômage en fin de droits. Ses parents sont interprétés par Agnès Soral et Christophe Malavoy visiblement heureux de jouer deux affreux égoïstes un peu demeurés. Car les parents se prennent les pieds dans des combines foireuses et ignorent superbement notre matheuse heureuse, tout au contraire, ils la cherchent, puisque son monde leur échappe complètement. Vous aurez compris qu’il lui faudra un beau ténébreux tranchant nettement sur les copains-copines nuls en math et ses parents nuls en réflexion. Elle le trouve, évidemment, ou lui la trouve, évidemment, et la rencontre a lieu.

Après, c’est une autre mathématique, on va payer, faire payer et s’embrouiller dans les comptes. Heureuse dans sa tête quand elle découvre son corps, elle découvre très vite que les corps prennent des tangentes que les mathématiques ne savent nommer, ni endiguer.

Les défis sont de son âge, les règlements de comptes imaginaires, mais sanglants. Charlotte Silvera ne se perd jamais dans ces rebondissements osés ni ne lâche ses personnages. Le scénario frôle sans arrêt des catastrophes, et en cela il est très proche de cette magnifique jeune fille libre et solidaire. Que lui importe que les parallèles s’embrassent et se rejoignent dans l’infini. C’est maintenant qu’il lui faut tout et tout de suite. Son alliée et complice, c’est son adorable petite sœur.

À la fin du film nous sommes tristes avec elle car il lui faudra désormais voyager seule et expérimenter sa liberté de pensée et sa libre pensée sans partager ses innocents secrets et l’école buissonnière avec la petite sœur. Les parents veulent de l’argent, on leur donnera l’argent. Qu’est-ce que l’argent quand on a l’amour… Les réalisatrices ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles se souviennent que la candeur et le culot de l’adolescente font bon ménage avec l’absolu. Louise, l’insoumise (premier film de la réalisatrice) a désormais une sœur matheuse.

Heike Hurst
émission « Fondu au Noir » (Radio libertaire)


La matheuse : Julie Delarme ; le professeur de math : Marie-Christine Barrault ; le beau ténébreux : Georges Corraface ; les parents : Agnès Soral, Christophe Malavoy.


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