[Archives du Monde libertaire] • ArchivesArticles du Monde libertaire en ligneIndexationSommairesAuteur·trice·sAdministrationSite du Monde libertaire
Accueil > Archives > 1998 (n° 1105 à 1145) > 1135 (8-14 oct. 1998), marqué 7-13 oct. > [Jusqu’ici tout va bien… le plus dur c’est la chute]

Jusqu’ici tout va bien… le plus dur c’est la chute

Le jeudi 8 octobre 1998.

On nous gave depuis plusieurs mois avec l’idée que tout irait bien en France aujourd’hui. La croissance est revenue, le chômage baisse et la France est championne du monde ! Deux milliards d’individus vivent avec 5 FF par jour, le chômage, la misère, les capitalistes de tous pays continuent de dépouiller les populations, les guerres et l’oppression religieuse sévissent partout dans le monde, les 35 heures imposent des contraintes nouvelles dans nos vies ! mais tout va bien, si, c’est la radio qui le dit ! Il suffit de ne pas regarder dehors, de ne pas s’intéresser au monde et tout va effectivement très bien. Il suffit d’ouvrir les yeux pour comprendre que ce n’est pas un point de croissance qui va changer nos vies !

Tout le monde le sait mais il est important de maintenir l’illusion. Aubry clame depuis juin que le chômage baisse pour nous annoncer en septembre qu’il augmente. Mais ça fait des lustres, et elle le sait, que le chômage baisse en juin pour augmenter en septembre, on appelle ça les variations saisonnières qui font qu’il y a un surplus d’emploi pendant la période estivale ! Et tous les ans, un ministre du travail nous fait le coup.

De qui se moque-t-on ? Il faut être un minimum lucide sur la situation économique et sociale et sur l’état de la population. N’y aurait-il donc plus trois millions de chômeurs (rien que d’après les chiffres du ministère) ? N’y aurait-il plus deux millions de personnes en sous-emploi (en comptant comme il se doit le million de personnes qui cherchent un emploi, même quand elles travaillent à temps partiel 20 heures par semaine, les stagiaires de l’ANPE, les gens qui en ont marre de chercher !) ?

N’y aurait-il plus la moitié de la population qui vit avec moins de 6 000 FF par mois ? (c’est le revenu médian en France, la moitié des personnes ont plus et l’autre moitié moins) N’y aurait-il plus 500 000 SDF, les cantines de pauvres [ne] seraient-elles [pas] vides ? N’y aurait-il plus près de trois millions de personnes vivant avec les minima sociaux ? (RMI, allocation spécifiques, allocations diverses, minimum vieillesse) Le Smic ne serait-il [guère] plus de 5 500 FF net, c’est-à-dire 31 FF par heure de travail ? Les travailleurs ne feraient-ils plus 39 heures par semaine dans le meilleur des cas ? Nos prisons seraient-elles devenues plus soucieuses de dignité et de réinsertion ? Les jeunes seraient-ils plus heureux au collège et au lycée ? Les décisions collectives ne seraient-elles plus prises par quelques politiciens élus sans être contrôlés ? N’y aurait-il plus cette insolence de la richesse ? L’ordre moral bourgeois ne chercherait-il plus à régner ?

Il faut être sérieux. Rien ne change ou si peu. On peut toujours par l’intermédiaire de médias asservis, d’idéologues vertueux, d’experts complaisants ou de footballeurs sacralisés produire un sens de la réalité très différent de cette réalité. Mais un climat de confiance pour les investisseurs capitalistes et les classes moyennes n’a jamais voulu dire que la population va bien. On peut même dire que c’est plutôt le contraire ! Ce climat de confiance se bâtit avec l’assurance d’une prospérité qui pèse sur la majorité de la population et l’assurance d’une atonie sociale et politique.

Consensus pour la précarité ?

La force du patronat, des marchés, la tyrannie de l’argent et de la hiérarchie continuent d’assommer les espoirs de changement. Certes les profits augmentent à l’image de la santé insolente de la Bourse, dont les quelques soubresauts actuels ne peuvent nous faire pleurer ; les impôts n’augmentent pas et la consommation globale augmente. Mais qu’est-ce qu’on en a à faire puisque les profits sont réservés à une caste, les impôts sont payés par la moitié de la population la plus aisée et la consommation peut augmenter sans que le bien-être général ne pointe son nez à l’horizon.

De l’autre côté, la précarité progresse (comme le remarquent les derniers travaux de l’INSEE), l’intérim se répand, le monde du travail s’enfonce petit à petit dans le délitement des droits élémentaires et une étude de l’INSEE découvre qu’il existe en France des poors workers, des salariés pauvres qui gagnent moins de la moitié du Smic par mois !

Quand les choses changent, c’est pour accroître la mainmise du patronat sur nos vies et la force de la tyrannie économique. C’est le cas des 35 heures aujourd’hui où les accords vont tous dans le sens d’une flexibilité que ledit patronat cherchait depuis plus de dix ans.

Soyons sûrs que la situation d’exploitation et d’indignité n’a malheureusement pas changé ! Ce n’est pas en changeant le récit du réel que le réel change. Autrement dit, il ne faut pas prendre les travailleurs pour des pompes à vélo !

Les raisons de se battre sont là, en dehors de l’anesthésie médiatique et estivale organisée par le gouvernement et appuyée par la gauche qu’elle soit politique ou syndicale. Celle-ci semble participer de ce travail d’illusion et d’endormissement. La rentrée syndicale est particulièrement tranquille et bien en-deça des enjeux du moment. Nous sommes confrontés tout simplement à une nouvelle offensive du patronat, aidé comme il le faut par l’État, pour précariser nos vies, libéraliser les services publics et exclure toujours plus de personnes de leur droit sur la production des richesses. Mais l’illusion ne peut tenir lieu de politique. Tout les pouvoirs qui s’y sont essayés se sont généralement aperçus à quel point le réveil arrive toujours ! tôt ou tard ! Il faut travailler à le précipiter.

Most





Autres 
  • Anarlivres : site bibliographique des ouvrages anarchistes ou sur l'anarchisme en français
  • Cgécaf : Catalogue général des éditions et collections anarchistes francophones