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PACS et Guignols socialistes !

Le jeudi 15 octobre 1998.

Ah, c’est beau la démocratie. On fait des propositions de lois progressistes, on fait des moulinets pour montrer qu’on est moderne et que les autres sont ringards et le jour ou il faut se mouiller, on a un rôti sur le feu et on ne se déplace pas. Payer ces bouffons trente patates par mois, ça fait un peu mal au ventre. Claude Allègre peut bien fustiger l’absentéisme des profs, il a l’air fin maintenant avec son armée de députés tire-au-flanc. Et qu’est-ce qu’on va bien pouvoir dire aux mômes dans les cours d’instruction civique ? Tous autant qu’ils sont, ils peuvent bien fustiger l’irresponsabilité des abstentionnistes, ils viennent de nous prouver que notre argumentaire antiparlementariste et contre la délégation de pouvoir n’est pas dénué de tout fondement. Au contraire !

Voilà donc de quoi est faite la démocratie parlementaire. D’un côté une gauche unie dans la dégonflade, de l’autre une droite qui assume son homophobie et son cléricalisme triomphant. Le tout parsemé d’invectives fascisantes : Lelouche (RPR) : « C’est le Vietnam, la gauche est dans la rizière et moi je tiendrai la mitraillette » [1] ; Myard (RPR) qui lance à l’adresse du rapporteur : « islamiste » [2]. Les idées qui puent le racisme et la violence sont bel et bien au cœur de la représentation nationale. Voilà donc comment par une forte mobilisation des députés de droite et une absence lourde de significations de ceux de gauche, le projet de PACS a été anéanti par une motion d’irrecevabilité présentée par les premiers lors de l’ouverture des débats le vendredi 9 octobre.

Nous n’auront que ce que nous prendrons !

Nous n’attendions rien du parlement, de l’État et de ses institutions, mais finalement, ces crétins nous donnent raison, une fois de plus. Aucune assemblée décisionnelle ne peut fonctionner de façon juste et honnête sans la possibilité de révoquer les mandats. Le pouvoir professionnalisé n’enfante que des carriéristes plus soucieux de leur plan de carrière que de respect des mandats. Que le progrès des libertés, même s’il est entériné par la loi, se fait toujours dans la rue par le mouvement social et associatif et non par le mouvement politique (avortement, contraception, abolition du bagne, journée de huit heures, divorce, abolition des privilèges, etc.). Que ceux et celles, notamment dans la communauté homosexuelle qui fanfaronnaient que « la gauche, c’est nous » ne font pas les fiers ces jours-ci [3]. Que ceux et celles, de la même communauté qui ont cru utile de rejoindre le Parti socialiste sous la bannière « Homosexualité — Socialisme » en préférant le lobbyisme à l’action sociale de terrain, feraient bien de revoir leur jugement. Idem pour ceux d’entre nous, anarchistes qui se sont égarés chez les Verts dans une tendance libertaire absurde. Il n’y a aucun miracle à attendre du réformisme.

Nous n’auront que ce que nous prendrons, et ça n’est pas une part du gâteau qu’il nous faut mais toute la boulangerie. À bon entendeur, salut.

Vincent Tixier


[1Cité par Libération du 10 octobre 1998.

[2Transcription des débats sur http://www.assemblee-nationale.fr.

[3Act-Up en tout particulier.


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