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Emplois-jeunes

L’Escroquerie plurielle

Le jeudi 15 octobre 1998.

Dernièrement, Jospin s’est déclaré « pour le mouvement mais dans l’Ordre ». Il a oublié de nous signaler que son mouvement sécuritaire va en arrière. Sieur Éd. Balladur avait proposé comme remède au chômage des jeunes un contrat d’insertion professionnelle (réservé aux bacheliers et payé environ 4 000 FF). On connaît la suite avec la révolte massive des jeunes soutenue alors par tous les ténors de la gauche politicienne et syndicale et imposant le retrait du projet. Fée Martine Aubry, arrivée au pouvoir, s’est penchée elle aussi sur le berceau jeunesse. Elle a fait bien mieux qu’Édouard. Depuis le 16 octobre 1997, c’est une précarisation accrue et à plus long terme de la jeunesse que la gauche plurielle institue. Derrière un nouveau langage à la sauce humano-socialiste (agents de médiation, de convivialité, correspondants de nuit) se cachent en fait de petits boulots pour les jeunes de 18 à 25 ans. Embauchés sous contrat de droit privé il s’agit en fait de CDD sur cinq ans payés au smic avec une vague et fumeuse formation. Seuls les « agents de sécurité » travaillant dans la police ont eu droit à un contrat de droit public : les chiens de garde de l’État ont toujours la meilleure pâtée. Ce projet est un beau cadeau de Martine Aubry pour la flexibilité. L’État compte parvenir à 150 000 emplois-jeunes fin 1998. Ils sont à ce jour environ 40 000 dans l’éducation, bientôt 8 000 dans la police et 80 000 dans les collectivités locales, associations et organismes publics. Il est évident que ceux qui acceptent ces emplois sont les mêmes qui refusaient le CIP. Cela prouve bien combien misère sociale et résignation ont progressé malgré un gouvernement de gauche. Pour leur avenir, l’État annonce clairement la couleur. Écoutons ce qu’écrit le coordonnateur académique de la mission emplois-jeunes à Lyon : « un emploi jeune est utile parce qu’il a avec les élèves une proximité d’âge ; parce qu’il pose sur l’école un regard neuf qui l’aide à se rénover. Un emploi jeune est donc forcément de passage ». La machine à laver pour résorber le chômage est inventée. Que deviendra la première lessive dans cinq ans ? La question semble tarauder les concernés.

Faire d’une pierre deux coups

Derrière ces « nouveaux métiers » ce sont en fait les anciens qui eux s’inscrivent dans un corps, ont un statut public, une titularisation et donc des salaires plus élevés. Ca bouge dans les collèges en Seine-Saint Denis, Allègre crée des centaines d’emplois-jeunes. Ca bouge à la SNCF, à la RATP, Gayssot met des emplois-jeunes. Tibéri veut se la jouer social écolo à Paris, il embauche des emplois-jeunes. Toutes les revendications syndicales demandant des postes de titulaires dans le service public sont balayées par l’État. Double escroquerie donc de la part du gouvernement. Côté gros syndicats, CFDT, FO ont accepté en silence ces emplois-jeunes. CGT et FSU aussi mais parlent de transformer ce nouveau statut de travail (entre gens de gauche on peut toujours s’arranger, n’est-ce pas ?). Il y a quinze jours, les aides éducateurs parisiens ont fait grève (2 octobre). Mairie et académie de Paris voulaient les mettre gratuitement à la place des vacataires sur les postes de cantine, études et centres de loisirs. Pour l’instant ceci est remis à plus tard, mais l’on voit bien où le vent tournera. En province, les réunions de rentrée des aides éducateurs ont du succès. Les intéressés semblent donc vouloir bouger et c’est là que se pose la question : quelle revendication mettre en avant ? Aménager le statut ou réclamer rapidement une titularisation ? Jusqu’à présent, le conflit est net entre la coordination des travailleurs précaires créée en mai 1998 et les grandes centrales syndicales. La première souhaite une titularisation automatique, les autres la création de concours réservés avec des clauses restrictives (accord de mai 1996, sous Juppé, signé par tous les syndicats sauf la CGT et qui est loin d’avoir atteint ses objectifs). L’avenir de tous ces emplois-jeunes, cela est certain, sera un futur conflit avec l’État. D’ailleurs, la forte volonté de la FSU et de la CGT, via leur pub dans la presse, pour encadrer ces emplois-jeunes montre leur crainte de future lutte auto organisée style collectif ou coordination. En tant que militants anarchistes travaillant dans la fonction publique, syndiqués ou non, il nous paraît évident que c’est vers ce type de regroupement qu’il faut aller portant la revendication de titularisation immédiate. Pas facile certes mais les faux combats des directions syndicales vis-à-vis des précaires engrangent vite colère et volonté d’auto-organisation. Les luttes des maîtres-auxiliaires ou des chômeurs l’ont prouvé.

Jaime
Groupe Kronstadt (Lyon)





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