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Belgique

On ne peut pas emprisonner toute la misère du monde

Le jeudi 15 octobre 1998.

Dimanche 4 octobre, à Vottem (près de Liège), une dizaine de milliers de personnes ont manifesté pour réaffirmer leur exigence de la suppression des « centres fermés pour étrangers illégaux » ainsi que l’arrêt de toutes les expulsions de sans-papiers.

Rappelons qu’en Belgique, six centres de ce type existent, dont un seul dans la partie francophone du pays, celui de Vottem, qui bien qu’ayant ouvert ses portes le 1er septembre est toujours vide, et que l’objectif du gouvernement est d’expulser, pour 1998, 15 000 personnes.

Affrontements avec la gendarmerie

À la fin de la manifestation, aux abords du centre fermé, une moitié des participants s’est retrouvée devant le podium pour écouter de la musique (???) et des discours, pendant que l’autre moitié tentait, en vain, de pénétrer dans les locaux de cette véritable prison pour sans-papiers qu’est un centre fermé.

Affrontements y furent rudes et la gendarmerie y avait mis tous les moyens : quatre autopompes, des dizaines d’hommes casqués qui utiliseront notamment des gaz lacrymogènes.

Cette journée est, sans doute, un tournant dans l’alliance objective qui réunissait depuis quelques mois, sur le terrain, les collectifs de résistance (partisans de la désobéissance civile et de l’action directe) et le « monde associatif » belge extraordinairement imbriqué dans la gestion, par l’État, des problématiques sociales.

Il faut que tout bouge pour que rien ne bouge

Précisons qu’au même moment, le gouvernement, en conseil des ministres, et suite a l’émotion qu’a suscité, dans le pays, la mort de Sémira Adamu, tentait de redonner une légitimité populaire à sa politique contre les réfugiés. Et de cette montagne, il n’accoucha que d’une souris : l’« humanisation » des procédures d’expulsion.

En bref, le gouvernement ne changera pas sa politique contre les sans-papiers mais fera un certain nombre de retouches « humanistement » acceptables. Parmi celles-ci : la possibilité pour les ONG. et le monde associatif ou para-associatif dément accrédités, d’avoir un « droit de regard » plus important aux différents stades et dans les différents lieux de la procédure de refoulement des demandeurs d’asile — l’emprisonnement dans les centres fermes sera ramené de 8 à 5 mois — les futurs déportés auront droit à un « accompagnement psychologique » — une « prime a la réinsertion » dans le pays d’origine devrait pouvoir « acheter » le consentement des expulsés — le pouvoir régularisera au cas par cas, notamment en fonction de la « bonne intégration » du candidat — la technique du coussin sera interdite (pense-t-on déjà aux bottins ?).

Soyons clairs, les centres fermés continueront à emprisonner toute la misère du monde et les expulsions de sans-papiers (qui empêchent de consommer en rond) reprendront de plus belle — une fois retombée la vague d’émotion provoquée par l’assassinat de Sémira Adamu.

Le combat continue

La détermination des collectifs contre les expulsions et des collectifs de résistance aux centres fermés de continuer le combat est totale. Suite aux prochains épisodes : lors de la fin du moratoire de deux mois décrété par le gouvernement sur les expulsions forcées lors de l’arrivée des premiers réfugiés au centre fermé de Vottem ou de leur retour au centre 127 bis (dans la banlieue de Bruxelles) auto-évacué sous la pression des collectifs, la semaine dernière, par le ministère de l’Intérieur.

Babar
groupe Alternative libertaire (Bruxelles)





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