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éditorial du n° 1137

Le jeudi 22 octobre 1998.

Dans le métro parisien, l’insécurité règne. Le 24 août, un restaurateur de trente-cinq ans a pu en faire l’amère expérience. Précisons qu’il se prénomme Tarek. À la station Château-Rouge, avec un coude cassé à trois reprises et l’autre plâtré, il ne sort pas sa carte orange et passe illicitement le portique derrière son frère. Trois agents du GSPR, les vigiles du métro, l’interceptent. Avec ses deux bras estropiés, il tarde à présenter son titre de transport. Un vigile le bouscule : « Tu te fous de moi ? ». Tarek ose protester. Les vigiles le conduisent alors dans un local, où il est frappé et se retrouve à terre.

Son frère alerte la police. Devant les flics, solidaires de leurs camarades vigiles, qui tentent de minimiser l’ « incident », Tarek insiste pour porter plainte. Conduit au commissariat de la rue Marcadet, l’enfer commence. On tente de le menotter. Ahuri, Tarek s’efforce de protéger son bras cassé. Sept flics se précipitent alors sur lui. Il est roué de coups. Une matraque entre les jambes, la tête broyée sous les semelles, à moitié étranglé, Tarek crache du sang et perd connaissance. Réveillé avec un seau d’eau, il passe ensuite la nuit en cellule, sans couverture.

Le lendemain, vers 18 heures, il quitte le commissariat avec un tympan percé, un pouce gravement foulé et deux entorses dorsales. Depuis, il a dû être hospitalisé à trois reprises et souffre toujours de vertiges. Tarek a pris un avocat et a porté plainte. La RATP a osé faire de même, invoquant « une agression contre l’un de ses agents ». À tout prix, la totale impunité dont bénéficient les forces de l’ordre établi doit être préservée. Jeudi 8 octobre, Jospin est intervenu dans le cadre de la grève des personnels de la RATP et de la SNCF. Il a annoncé que les agressions contre les agents des transports publics seraient dorénavant punissables de cinq ans d’emprisonnement et de 500 000 FF d’amende. Ainsi, l’injustice d’État pourrait demain appliquer cette peine à Tarek, pour le crime d’avoir défendu sa dignité.

Dans le même registre, Jospin a aussi affirmé que les agents de transport devaient pouvoir procéder à des vérifications d’identité. Renforcer ainsi les pouvoirs des contrôleurs et autres vigiles ne peut qu’encourager l’arbitraire et organiser la multiplication des « bavures ». Pourquoi ne pas accorder un port d’armes aux contrôleurs ? Ainsi, Tarek aurait peut-être pris une balle dans la tête, en légitime défense bien sûr.

Soyons clair. Que des agents des transports souhaitent pouvoir travailler sans risquer une agression est une exigence parfaitement légitime. Mais y répondre par l’escalade sécuritaire est une solution de facilité qui nous conduit tout droit dans l’impasse d’une société policière. Ces violences sont le symptôme d’une société malade. Pour les combattre efficacement, c’est le fonctionnement global de notre société qu’il faut remettre en cause.


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