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Marc Prévôtel

58 ans de Fédération anarchiste
Le jeudi 4 mars 2010.

Marc Prévôtel est décédé le samedi 20 février 2010 d’un arrêt cardiaque à l’hôpital de Haut-Lévêque (ironie du sort) à Pessac (Gironde). Sa vie fut celle d’un militant fidèle aux idées anarchistes, même si certaines de ses prises de position firent grincer quelques dents à la Fédération anarchiste à laquelle il avait adhéré en octobre 1952 et à laquelle il est resté fidèle jusqu’à son dernier jour. Marc était le fils d’André Prévôtel et de Joséphine Coueille, eux-mêmes libertaires, qui furent en 1935 impliqués dans l’affaire des stérilisés de Bordeaux. Stérilisation qui à l’époque était considérée comme un crime de lèse-reproduction. Bien que de famille modeste — ses parents étaient postiers —, il obtient un bac scientifique en 1950, puis après une « prépa », il intègre l’Institut du génie chimique de Toulouse d’où il sortira ingénieur en 1957.

Il assiste, à la Pentecôte 1952, bien que non adhérent encore (!), au congrès de la Fédération anarchiste. Congrès que Marc considérait comme le prélude aux désastreuses conséquences de l’OPB [1] de Georges Fontenis. OPB qu’il dénonçait comme centralisatrice et bolchévisante. Son entrée à la Fédération date de la même année, suite à sa demande d’adhésion au groupe Sébastien-Faure de Bordeaux. Il milite ensuite à partir de 1954 à la Fédération anarchiste reconstituée en 1953 par Aristide Lapeyre, Maurice Joyeux et bien d’autres, au groupe de Toulouse dont il assurera le secrétariat pendant deux ans.

Bien qu’hésitant durant la guerre d’Algérie — « Je ne suis pas très fier de moi », écrivait-il —, il ne s’insoumis pas et se retrouva à Lunéville comme sous-lieutenant dans une compagnie d’entretien des véhicules. À son retour, il est embauché au Centre d’études nucléaires (CEA) de Fontenay-aux-Roses où il est titularisé de justesse compte tenu son engagement anarchiste [2]. Il prend contact avec le syndicat FO du centre. En 1961, il participe au congrès de 1961 de Montluçon de la Fédération, c’est là qu’il fit connaissance d’Alexandre Hébert [3]. Il est, lors de ce congrès, coopté par le comité de lecture du Monde libertaire pour lequel il a déjà écrit quelques articles.

En 1962, au congrès de Mâcon, il est nommé secrétaire aux relations internationales de la Fédération, poste qu’il occupera durant trois ans. À Paris, il a adhéré au groupe des Amitiés internationales fondé par Clément Fournier. la même année, il est élu à la commission des conflits du Syndicat national de l’énergie nucléaire (SNEN) de FO.

Suite à l’interdiction de la presse espagnole en exil par de Gaulle en 1963 qui souhaitait faire plaisir à Franco, Marc devient « homme de paille » (sic) suite à la demande de Thomas Ibanez et accepte d’être le directeur de la publication d’Action libertaire le nouveau journal de la FIJL (Fédération ibérique des Jeunesses libertaires). En mai 1964, il est muté autoritairement au CEA à Saclay pour des raisons de secret-défense. Il est alors élu à la commission administrative de l’UD-FO de la Seine, puis au comité exécutif national du SNEN. Il représente la Fédération anarchiste durant l’été à la réunion internationale anarchiste en RFA (Allemagne) à Minden. Au congrès du SNEN en 1966, il est élu au bureau national et sera chargé de son journal à partir de 1968. C’est dans cette période qu’il se rapproche de l’Union des anarcho-syndicalistes (UAS) au sein de FO qui publiait un bulletin, L’Anarcho-syndicaliste, et qu’il rencontra Jo Salamero depuis peu exclu de la CGT.

Après le congrès de Bordeaux de la Fédération en 1967, où les thèses situationnistes provoquent de violentes polémiques, Marc s’éloigne de la militance tout en restant adhérent de l’organisation. Il participe alors activement aux réunions de l’UAS qui se dissout après 1968 pour participer à l’ASRAS (Alliance syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste) où se retrouvent les militants libertaires de la CGT, CFDT, FO et FEN. Les militants FO quitteront l’ASRAS assez rapidement, considérant que les militants CFDT de l’Alliance faisaient fausse route et que l’autogestion dont ils se réclamaient sentait « l’eau bénite » (sic) et la doctrine sociale de l’Église. Ce fut l’un des principaux grincements de dents qui opposèrent Marc Prévôtel et des militants plus jeunes et très impliqués à la CFDT. Si cette dernière était l’héritière de la CFTC, le projet des jeunes militants autogestionnaires était tout autre et c’était le modèle des collectivités libertaires de la Révolution espagnole qui les animaient. Marc et quelques autres ne l’admirent jamais, voire feignirent de ne pas le comprendre.

Au printemps 1969, il participe comme mandaté au congrès confédéral de FO et au lancement en fin d’année d’un mot d’ordre de grève illimitée à La Hague et à Saclay qui aboutit à un accord national avec la direction du CEA. En 1971, la fédération de la chimie FO est en crise, Maurice Labi prépare son passage à la CFDT. Cette scission renforcera encore le différent entre les militants libertaires de FO et ceux des autres confédérations, en particulier ceux de la CFDT. En 1972, il est élu — il le restera jusqu’en 1994 lors de son départ en retraite — au comité national de la fédération de la chimie FO maintenue. Il en deviendra permanent à partir de janvier 1974. De retour à Paris, il adhère au groupe Louise-Michel de la Fédération anarchiste. Au congrès confédéral de FO, il reconstitue avec Alexandre Hébert et Jo Salamero l’UAS et relance avec eux son bulletin, L’Anarcho-syndicalisme, Marc y participera jusqu’à sa mort. Il sera, en 1981, à la création d’un Comité pour l’appel aux laïques, dont il fut un temps le secrétaire, et renforce son action à la Libre Pensée. Ce qui le conduira — nouveau grincement avec l’UAS — à passer des accords avec les trotskistes lambertistes du PCI [4]. Malgré son anti-cédétisme radical, il prit part aux travaux et aux réunions, dans les années 1984-1985, de la commission des militants syndicalistes (CMS) de la Fédération anarchiste à laquelle de nombreux militants de la CFDT participaient. Quelques années plus tard, face à la « niaiserie écologiste » (sic) de certains militants de la Fédération, il redemande son adhésion au groupe Sébastien-Faure de Bordeaux. Marc, rappelons-le, fut toujours un pro-nucléaire affiché, d’où d’autres grincements de molaires… Depuis 1994, il s’était retiré avec sa compagne Anna à Langon d’où il continuait à pester contre l’Europe du capital et des cléricaux qui, comme Carthage, disait-il, doit être détruite. Les Éditions libertaires avaient en 200 réédité Cléricalisme et mouvement ouvrier [5] qui lui valut le Prix ni Dieu ni Maître cette année-là. Un beau parcours militant, des positions quelques fois fort discutées et quelques controverses qui marquèrent une génération d’anarchistes.

La crémation de Marc Prévôtel a eu lieu le lundi 1er mars 2010 à 15 h 15 à Mérignac.

Hugues Lenoir


[1OPB : Organisation pensée bataille qui déboucha sur l’éclatement de la FA en 1953. Cette « organisation » clandestine au sein de la FA visait selon ses inspirateurs à rendre l’organisation plus « efficace ». Elle n’aboutit qu’à la perte d’audience du mouvement anarchiste durant plusieurs dizaines d’années.

[2Le rapport de police interne au CEA arriva après la commission de titularisation.

[4Aujourd’hui POI, marketing politique et changement de marque oblige, sur le fond pas de changement, le pire du trotskisme.

[5Première publication dans Volonté anarchiste du groupe Fresnes-Anthony.





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