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Maurice Laisant

Mon vieux copain…

Le jeudi 26 décembre 1991.

Né en 1909, Maurice Laisant était le petit-fils du mathématicien Charles-Ange Laisant et le fils d’Albert Laisant, poète libertaire. Militant, écrivain (auteur de nouvelles et de poèmes, d’un essai majeur, La Pilule ou la bombe, il milite à la Fédération anarchiste, dont il sera pour un temps le secrétaire général, et collabore au Monde libertaire.

En 1954, il est l’un des animateurs des Forces libres pour la paix. Auteur d’une affiche s’élevant contre la guerre d’Algérie, Maurice Laisant est inculpé. Lors de sont procès, en 1955, Albert Camus prendra la parole en tant que témoin. malgré cette intervention, Laisant sera condamné à payer une forte amende.

Son recueil de poésie, rédigé sous l’Occupation, Flammes, est publié en 1967 dans la revue créée par Maurice Joyeux, La Rue.

Durant la période 1977-1978, il sera l’un des principaux fondateurs de l’Union des anarchistes et du mensuel Le Libertaire.

En 1987, son recueil Poésies chansonnières est édité au Temps des Cerises. À ce propos, Henri Heinemann, auteur de la préface, écrit : « Il y a du Pierrot délicat chez cet anar, dont le cœur fond quand tombe, cafardeuse, la pluie ; quand au retour d’un voyage, il retrouve son vieux Paris ».



C’est en 1942 que Maurice et moi avons fait connaissance, à Toulouse, où la guerre était venue fixer la famille Laisant et où j’étais de passage pour créer un groupe anar clandestin. Puis nous nous sommes retrouvés en août 1944, lui toujours à Toulouse, moi venant y chercher un point de chute. Lors de la libération de la ville rose, en août 1944, nous rédigeâmes ensemble un tract anarcho-syndicaliste qu’avec d’autres copains nous avons distribué pendant que les collabos tiraient des toits sur tout ce qui bougeait dans les rues.

Ensuite la famille Laisant revint à Paris, et moi à Marseille. Depuis lors, nous n’avons pas cessé de correspondre et de nous rencontrer Maurice et moi, à l’occasion d’un congrès, d’une conférence ou en d’autres circonstances.

Sans aucun doute, ce sont tantôt nos divergences, tantôt nos convergences qui ont fait qu’au travers des tribulations de militants nous avons toujours trouvé des raisons de nous rejoindre.

Ce n’est pas le responsable de tel ou tel poste que je veux évoquer ici, mais l’homme de conviction qui voulait, quoi qu’il arrive, croire en son semblable. Le pacifiste qui malgré toutes les guerres qu’il traversa, les ruines incalculables qui s’amoncelèrent, les millions et millions de victimes qui furent dénombrées au cours de sa vie, continua à « croire » à la possibilité pour l’humanité de construire la paix et de la faire régner sur cet univers en folie.

Le pacifiste cumula avec l’anarchiste parce que là aussi Maurice Laisant « croyait » à son combat. Il se battait là encore contre « les ennemis du genre humain ». Il chassait les doutes qui de temps en temps s’insinuaient en lui quant à la victoire finale. Il savait que de toute façon ce n’était pas pour demain.

Conférencier, animateur et collaborateur de nombreux périodiques, auteur de quelques ouvrages dont La Pilule ou la bombe, Maurice Laisant a traversé sa longue vie en combattant avec conviction et persévérance, mais toujours sans violence, au travers de bien des embûches. Il ne s’est jamais renié. Gardons-le en mémoire. C’est rare.

mais hors de ce qui précède, je n’oublie pas le bon copain, sentimental, poète, plein d’humour, bon enfant, colportant les bons mots et doué pour cela d’une mémoire prodigieuse et n’oublions pas : toujours prêt à ouvrir les portes de chez lui aux amis en détresse.

René Saulière dit André Arru, in Le Libertaire, n° 121 (novembre 1991)





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