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Le Drapeau noir, l’équerre et le compas

Léo Campion disparaît

Le jeudi 19 mars 1992.

Léo Campion nous a quitté le vendredi 6 mars. Il était né en 1905 au pied de la butte Montmartre. À la mort de sa mère, Léo part avec son père en Belgique. Il y prendra la nationalité belge, afin d’effectuer un service militaire moins long. Antimilitariste, ce n’est que plus tard qu’il rencontra Ascaso, qui lui fera connaitre l’anarchisme. Devenant secrétaire de la Libre Pensée de Bruxelles, il se lie d’amitié pour quarante ans avec l’écrivain libertaire Hem Day au cours d’un repas gras de Vendredi saint. Habitant chez son ami au même titre que de nombreux anarchistes, exilés, et sans logis an tous genres, Léo côtoiera en l’occurrence un certain Durruti.

En 1933, militant pour l’objection de conscience, il fera une grève de la faim avec Hem Day. Par ailleurs, Léo commence sa carrière en tant que dessinateur dans plusieurs journaux. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les journaux étant interdits, il se reconvertit dans un numéro scénique de dessinateur, qu’il accompagnera de textes. Alors commence sa profession de chansonnier.

Étant revenu vivre en France depuis quelques années, en 1940, notre objecteur de conscience est interné préventivement dans un camp pyrénéen, d’où il ressortira deux mois plus tard à la défaite de l’armée française. À la Libération, Léo opte pour la nationalité française afin d’échapper aux ordres d’expulsion qui le menacent, étant donné le contenu pamphlétaire de ses textes de chansonnier. Il travaillera en particulier avec Pierre Dac. Il se liera aussi d’amitié avec Boris Vian et Georges Brassens, en compagnie duquel il fera plusieurs galas de soutien à la Fédération anarchiste. Tout au longe de sa vie, Léo mettra un point d’honneur à venir en aide aux libertaires se présentant à lui.

Léo Campion était aussi franc-maçon, il a été initié au début des années 30 au Grand Orient de Belgique, et a été affilié à Paris à la loge, bien nommée, « L’Homme libre » du Grand Orient de France.

Sa double expérience d’anarchiste et de franc-maçon l’a amené à écrire un de ses principaux ouvrages : Le Drapeau noir, l’équerre et le compas, recueil regroupant les anarchistes francs-maçons, et expliquant les similitudes existant entre les idéaux libertaires et maçonniques.

En ce soir du 6 mars, Léo est parti rejoindre ses trois « maîtres à penser » : Sade, Alphonse Allais et Omar Khayyam. Ce mélange d’inspirations a donné à cet homme ce goût pour l’humour, le bien-être et la liberté totale, cela ajouté à la,gentillesse et qualité d’accueil qu’il pouvait délivrer envers tous ceux qui l’approchaient.

À ses proches, à ses amis nous témoignons de notre tristesse, et apportons nos condoléances libertaires.

Philippe G.





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