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Guerre à la guerre

Le jeudi 14 novembre 1991.

Écrit par Louis Lecoin en pleine guerre du Viêt-Nam, l’article qui suit n’en demeure pas moins d’actualité. Nous aurions pu le ressortir de nos archives à l’occasion, par exemple, de la guerre du Golfe, tellement il est criant d’une vérité jamais démentie : la guerre, c’est l’horreur !



On frise quand même le grand cataclysme, m’écrivent certains amis. Et il m’est difficile de les contredire. Toutefois, si je pense également qu’on le côtoie, je ne crois pas que tous les fruits vénéneux qui le rendront affreux soient tout à fait mûrs, ni que les clans des fauves à gueule humaine soient nettement délimités qui orchestreront le bal démoniaque.

Mais je reconnais que, depuis la deuxième épouvantable tuerie, nous n’avons jamais été aussi près de la troisième.

Partout des escarmouches semblent la préparer et nous la laissent présager.
Est-ce malgré tout vraiment dramatique à ce point ?

Les gouvernants et tous ceux qui oppressent le monde ne jonglent-ils pas seulement avec des arguments passablement dangereux : faire peur aux peuples afin de les tenir en laisse plus aisément ?

Car ces infâmes coquins sont capables de tout : du moins pire même, si le pire les inquiète ou s’ils ne se sentent pas près à y faire face « victorieusement ».

Ils alerteraient donc et ils troubleraient les multitudes, sachant qu’ainsi ils sont encore gagnants.

Que de fois hélas ! le prolétariat et ses militants ne durent-ils pas tout abandonner des choses en train et, par exemple, des revendications très avancées pour barrer la route à une guerre menaçante.

A croire que souvent la guerre montra un peu de son hideux visage pour faire entrer dans leur bergerie les peuples-moutons en voie de révolte.

Les mauvais bergers ont, en effet, plus d’un sale tour en réserve dans leur bissac.

Les événements en cours, qui nous font craindre la sanglante catastrophe, rendent urgent le développement de l’action entreprise, voilà plus de trente mois, par notre Comité pour l’extinction des guerres. Il ne faut pas, non il ne faut pas, qu’une fois de plus la paix soit perdante. Ce serait alors une accumulation de malheurs presque irréparables qui martèleraient sauvagement une humanité incapable, par la suite, de s’en relever un jour — en admettant que vraiment elle y parvienne.
C’est surtout avant que la guerre s’abatte sur nous que nous devons sauver la paix, de nous y efforcer en tout cas.

Personne, parmi ceux qui nous lisent, ne nous prendra pour des bonimenteurs, ni non plus ne se moquera de nos campagnes audacieuses et très optimistes.

Mais nous voudrions plus ; nous voudrions que nos espoirs soient par eux tous pareillement ressentis et entièrement partagés.

C’est de cette façon et en partant de cette communauté de sentiments que nous aurons le plus de chances d’aboutir.

Aboutir !

C’est sans doute croire un peu trop au Père Noël, mais qui sait puisque nous allons tous, unis et ensemble, y mettre la main…

Tous ensemble, n’est-ce pas ? Et sans aucune réticence ? Et sans qu’aucun de nous ne ménage ses efforts en la circonstance ?

Cela est sûr !

Durant ces deux ou trois dernières années, j’ai subi pas mal d’avatars et j’ai éprouvé de sérieux soucis de santé. Suffisamment pour m’amener parfois à me demander ce que j’allais faire, si je ne devais pas me retirer de la lutte. En définitive, je n’ai pas cru que l’heure en était venue — cette campagne foncièrement anti-guerrière engagée depuis l’automne 1967 m’en eût d’ailleurs dissuadé au moment de capituler.

Je suis donc encore là ! Et même si je suis loin d’être indispensable, dans ce combat ultime et sans pitié livré au plus formidable ennemi des hommes, à la guerre.

Aucun panache flamboyant ne nous parera, seuls notre passé et notre pacifisme incontestable vous indiqueront les chemins que nous empruntons et jusqu’où nous pensons aller.

Jusqu’au bout assurément. Jusqu’au moment, si possible, où la paix sera pour toujours hors de danger.

Louis Lecoin in Liberté — juillet 1970


N. B. : extrait Des Écrits de Louis Lecoin présentation Bernard Clavel et Robert Proix, éditions de l’Union pacifiste de France, 1974. Prix : 55 FF. En vente à la librairie du Monde Libertaire (chèques à l’ordre de Publico).





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