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articles du ML1211

du 22 au 28 juin 2000
Le jeudi 22 juin 2000.

https://web.archive.org/web/20040312050122/http://www.federation-anarchiste.org/ml/numeros/1211/index.html

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Non à la criminalisation du mouvement social

Les différentes composantes de la classe dirigeante n’aiment pas être ennuyées par l’émergence sur la place publique de nos petits problèmes quotidiens. Elles nous proposent de nous occuper à construire une demande polie en nous offrant le hochet du parlementarisme politicien qui aboutit bien souvent à rien. Mais çà occupe le bon peuple !

Mais lorsque les revendications sortent du débat d’idées et que la lutte s’organise pour dénoncer les vrais responsables et faire respecter les droits fondamentaux des individus, les financiers et l’État savent s’organiser pour museler, casser… les acteurs accompagnant le mouvement social : acteurs des comités anti-expulsions à Marseille et à Paris, militants abolitionnistes du CIRC à Nantes, secrétaire du syndicat SUD PTT à Rennes, adhérents de la CGT de Clermont-Ferrand ou d’Alès, militants et secrétaire national de la Conf’à Millau… et les structures organisationnelles : Le Monde libertaire condamné par le ministère de l’Intérieur, Radio-libertaire condamnée par l’administration pénitentiaire, la Confédération paysanne attaquée par MAC’CRADO et des sociétés développant des semences transgéniques…

Force est de constater qu’il existe bien deux poids et deux mesures : l’État peut mener légalement une politique raciste, pourfendre les actes de racisme ordinaire grâce à un numéro vert et poursuivre Marie-Athée (voir page 3) pour avoir soutenu par hasard l’occupation de l’agence Carlson de Paris qui se rend complice de l’expulsion de sans-papiers, l’État autorise les grandes sociétés transnationales de développer à titre expérimental ou commercial des semences transgéniques sans avoir évalué les risques sanitaires sur l’environnement naturel et humain et s’attaque à une organisation syndicale qui rappelle de façon radicale à l’État la mission qu’il prétend assurer au regard de la Société.

L’État : arbitre impartial des intérêts du capital

Que tous ceux qui réclament à corps et à cris l’intervention de l’État pour le contrôle citoyen de l’OMC, des OGM, de la santé publique, de la sécurité nucléaire… prennent une fois encore une leçon : l’appareil d’État, qu’il soit dirigé par une monarchie absolue ou parlementaire, une république démocratique ou bananière reste toujours l’interface (le fusible) entre les intérêts des puissances d’argent d’une part et la demande sociale d’autre part. Son rôle est de maintenir un « ordre social et économique » permettant à des intérêts privés de maintenir et d’accroître leurs richesses. La revendication pour toujours plus d’État afin de garantir le bien-être des citoyens est une impasse que l’histoire récente de l’URSS a bien démontré. Nous ne soutiendrons pas les efforts d’un néo-marxisme renaissant tiré par une nouvelle gauche organisée autour du sous-marin ATTAC regroupant des personnalités comme Pierre Bourdieu, Daniel Mermet (lequel réussit, sur France Inter, à raconter la Commune de Paris, la révolution espagnole sans prononcer une seule fois le mot « anarchie ») et d’autres avant-gardes « éclairés » des exclus de tout poil (sans-papiers, sans logis, sans travail…) manipulés avec inconstance au gré des circonstances médiatiques et électorales.

Non à l’agro-business

Les semences transgéniques, les poulets à la dioxine, les vaches (et les bœufs) folles, la pollution des sols et des nappes phréatiques ont en commun la mise sous le joug de l’agriculture aux intérêts de l’industrie et des banques. Toutes les grandes sociétés accumulent des bénéfices énormes grâce à l’intensification de l’activité agricole et à la concentration des moyens de production, de transformation et de commercialisation. Ce schéma s’est développé depuis la fin de la deuxième guerre mondiale avec la création de la première politique agricole commune par E. Pisani qui visait à produire en Europe la consommation de l’Europe. La cogestion de la politique agricole avec le tandem syndical omnipotent de la FNSEA (dont le secrétaire général, François Guillaume, fut ensuite ministre de l’agriculture sous le gouvernement Chirac en 1986-88) et du CNJA d’une part et de la concurrence avec les États-Unis d’Amérique d’autre part a abouti aux désastres sanitaires, sociaux et environnementaux des années 90. Cette situation extrême a poussé le gouvernement Jospin à modifier les règles du jeu en instaurant les contrats territoriaux d’exploitation (CTE) afin de satisfaire l’aile environnementaliste de la gauche plurielle et de calmer la bouillonnante Confédération paysanne, tant les disparités des aides publiques étaient énormes. Finalement, l’enjeu majeur des CTE a été de plafonner (enfin) les aides par exploitation et — dans une certaine mesure — de fixer des objectifs sociaux et environnementaux. Si l’intention de ces objectifs est intéressante, il convient de constater qu’il n’est fait nullement référence à des obligations de résultat et que l’accompagnement des CTE n’est pas financé.

L’agriculture : une production au service de la société

Finalement, tout le monde semble oublier que la finalité de l’outil de production (agricole ou autre) c’est de fournir aux communautés humaines des produits et des services de qualité en quantité suffisante. Les solutions à envisager ne doivent pas sortir de ce cadre aussi « primaire » sous peine de dévoyer les objectifs et les conditions de production (les conditions de travail). Aujourd’hui, grâce au développement des techniques de l’agriculture biologique, il est possible de produire des denrées alimentaires de qualité pour tous.

Fédération anarchiste


Vers une agriculture de résistance ?

Un demi-siècle aura suffi, sur une grande partie de la planète, pour faire passer l’agriculture d’un semi-féodalisme à l’exploitation capitaliste, pour transformer le paysan en stakhanoviste de la culture ou de l’élevage et la campagne en désert, pour faire de la nourriture le fruit de processus industriels. Le bilan est accablant : élimination de millions de petits producteurs, impact écologique désastreux, standardisation des aliments et uniformisation du goût, dévitalisation du tissu rural, soumission du monde agricole aux firmes transnationales, déstabilisation des agricultures du tiers monde par les exportations de l’Union européenne ou par l’aide alimentaire américaine…

L’émergence d’un contre-pouvoir

Si la puissance de l’argent, la corruption du milieu politique, la cogestion du syndicalisme majoritaire reposant sur le mythe de l’unité paysanne, ont multiplié les difficultés, les faillites dramatiques du monde agricole, si elles ont longtemps anesthésié la conscience des consommateurs, elles n’ont pas pour autant brisé la volonté de ne pas sombrer sous la domination des requins de l’agroalimentaire, l’espoir de construire une société plus juste. Même si cette volonté n’est pas aussi farouche et cet espoir aussi démesuré qu’on le souhaiterait, un peu partout des résistances s’organisent, utilisant l’action directe subversive, ne craignant pas l’illégalité. De débats sur les effets de la mondialisation jusqu’au contre-sommet de Seattle en passant par le fauchage de parcelles de cultures transgéniques, la lutte contre les élevages industriels ou le démontage d’un MacDo. Avec des exigences formulées : respect du principe de précaution, protection des pratiques agricoles vivrières et paysannes (c’est-à-dire souveraineté alimentaire comme droit fondamental de chaque peuple), respect de la notion de service public dans des secteurs essentiels tels que l’eau, interdiction des brevets sur le vivant, occupation de l’espace rural, aménagement plus harmonieux du territoire, refus d’une marchandisation de la planète, d’une logique industrielle d’intégration de la production, de l’appropriation du foncier et du patrimoine bâti par une minorité.

Une « agriculture paysanne » se met place, proposant des solutions à contre-courant du modèle dominant, délibérément productiviste, expérimentant eux-mêmes de nouvelles pratiques dont les critères conviennent peu au système en place : recherche de l’autonomie de l’exploitation, approche globale (c’est-à-dire prise en compte des dimensions sociales, économiques et environnementales), ateliers de taille modeste, maîtrise du circuit commercial, faible investissement en capital, technologies peu coûteuses, respect des équilibres écologiques, de la biodiversité, création d’emplois, dynamisme local, qualité des relations humaines, alliance paysans-écologistes, consommateurs. Cette agriculture paysanne se fixe pour objectif de « permettre à un maximum de paysans répartis sur tout le territoire de vivre décemment de leur métier en produisant sur une exploitation à taille humaine une alimentation saine et de qualité, sans remettre en cause les ressources naturelles de demain. »

Contre la croissance effrénée, on invente des réponses à échelle humaine : coopératives de producteurs, magasins associatifs gérés collectivement, vente directe, accueil d’enfants, de jeunes des cités pauvres, de handicapés mentaux adultes, de personnes âgées dépendantes, partage d’expériences, entraide (SOS agriculteurs en difficulté). On n’hésite pas à laisser de la terre au voisin, parce que le développement des uns ne se conçoit pas au détriment de celui des autres. Certains vont même jusqu’à snober la chambre d’agriculture et refuser les subventions, par dignité.

Sous l’action d’un syndicalisme contestataire, incarné en France par la Confédération paysanne présente depuis 25 ans, le rapport de force évolue quelque peu. Dénonçant le gigantisme, le cumul, la surproduction, les abus, le contournement de la loi et des règlements, les montages juridiques bidons permettant d’échapper au contrôle des structures, exigeant la publication dans la presse des terres à céder pour éviter les tractations dans l’ombre, favorisant l’installation des jeunes, ce syndicalisme peut faire vaciller quelques « saigneurs » locaux » et donner confiance à ceux que l’agriculture capitaliste humilie, asservit et tente de broyer.

Dans le monde, la riposte s’organise

Au niveau international, Via Campesina fait naître, chez les populations les plus vulnérables, l’espoir par les actions impulsées ou soutenues. Mouvement paysan syndical international créé en 1992 et présent en Europe, en Asie, aux États-Unis, en Amérique centrale et latine, il coordonne des organisations paysannes représentatives des petits producteurs, ainsi que des travailleurs agricoles.

Dans les pays du sud, notamment, loin de se résigner, refusant de courber plus longtemps l’échine, des populations ont compris qu’elles ne pouvaient compter que sur elles-mêmes. Avec courage et détermination, elles exercent de fortes pressions sur les pouvoirs locaux, peuvent même faire plier un gouvernement, imposer un début de réforme agraire. Établissant parfois une alliance ouvriers-paysans, souvent avec la participation obstinée de mouvements de femmes, ces populations multiplient les initiatives : marches, grèves, occupations de parcelles, forage d’un puits, caisse de solidarité, mini-centrale hydroélectrique, ferme de pisciculture, jardins en terrasses, creusement ou réparation de canaux. Cette naissance d’une conscience sociale collective au travers de structures de liens familiaux et villageois est d’autant plus méritoire qu’elle s’effectue dans un contexte extrêmement difficile : ruine des économies locales par les programmes d’ajustement structurel du Fonds monétaire international, spirale infernale du remboursement de la dette qui peut atteindre 40 % du PIB, paupérisation des paysans poussés vers les bidonvilles.

Le mérite des auteurs de ces micro-réalisations n’est pas mince. Combattant en faveur des droits économiques, sociaux et culturels des déshérités, militant dans un espace local plus facilement maîtrisable, parant souvent au plus pressé, ils peuvent contribuer à changer notablement la vie, à enraciner la démocratie. Cependant, en dépit de l’enthousiasme, de l’abnégation des instigateurs de toutes ces actions, croire que ce fourmillement suffira pour créer une alternative véritable au modèle dominant, au système capitaliste lui-même, c’est sous-estimer dangereusement les facultés de récupération de ce système, sa volonté de répression face à ce qui est atypique, hors normes. Lorsque, selon les Nations Unies, près de trois milliards de personnes (la moitié de l’humanité !) survivent avec moins de deux dollars par jour, la tâche qui en résulte dépasse de loin les capacités des seules ONG. Lorsque des projets sont conduits en partenariat avec les institutions nationales ou européennes, voire avec le Crédit agricole, ont peut d’ores et déjà fixer les limites qui ne seront pas franchies. Les complaisances ministérielles et préfectorales, les moyens techniques, financiers, juridiques ne sauraient manquer : suppression de subventions de dotations, intimidations, voire représailles physiques… Tolérant cette effervescence tant qu’elle ne menace pas directement ses propres fondements, le capitalisme continue d’imposer ses règles du jeu, poursuit sans états d’âme son œuvre de concentration-élimination.

Pour une convergence des luttes

Deux exemples d’intentions tout à fait louables, mais dont les anarchistes ne peuvent se satisfaire. Le collectif « De l’éthique sur l’étiquette » se fixe pour objectif de promouvoir le respect des droits de l’homme au travail. Dans ce but, il dénonce, depuis 1995, des conditions de travail parfois scandaleuses dans lesquelles sont fabriqués les produits qu’ils achètent. L’association Max Havelaar s’efforce, depuis 1992, d’assurer la promotion d’un système de production et de commercialisation du café plus juste pour les petits producteurs d’Amérique latine, des Caraïbes et d’Afrique. En vendant ces produits, Intermarché, Super U et Leclerc peuvent-ils prétendre assurer un « commerce équitable » ? Créer un label social pour l’interdiction de l’exploitation des enfants, l’interdiction du travail forcé, le respect de la liberté syndicale, la non-discrimination… ne peut constituer qu’un vœu pieux, qu’une bonne intention, alors que sur toute la surface du globe, la législation du travail, les conventions et accords collectifs, les salaires, la durée du travail, les minima salariaux, les statuts sont en butte aux assauts de la flexibilité et de la déréglementation. À quoi sert de réparer une injustice si, dans le même temps, le système en fait naître dix autres ? Secourir quelques pauvres ne supprime pas la misère. Autant espérer que le lion se fasse gazelle ! Le capitalisme à visage humain, peut-être ?

Parce que l’agriculture ne constitue qu’un secteur de la société et l’un des mieux verrouillés, les expériences, souvent atomisées, qui l’animent ne peuvent transformer radicalement l’organisation sociale. Ce qu’on peut espérer, c’est que ces initiatives convergent, qu’elles constituent une dynamique, une force sociale, un levier sur lesquels d’autres pourront s’appuyer. Pour qu’une transformation profonde puisse avoir lieu, il faudra articuler les initiatives, coordonner les mouvements revendicatifs, renforcer les relations entre les différentes luttes. Combattant le vieux corporatisme qui a isolé le milieu agricole du reste de la société, des « nouveaux paysans », encore trop peu nombreux, manifestent leur volonté d’ouverture. Les autres composantes de la société pourraient-elles ne pas répondre favorablement, sabordant ainsi l’union, seul espoir d’un réel changement social ? Et si, au contraire, le renouveau des luttes sociales poussait jusqu’à un réel partage de la terre et des richesse ? La seule issue réaliste, parce que « l’utopie n’est pas irréalisable mais irréalisée ».

Jean-Pierre Tertrais. — groupe La Commune (Rennes)


Malgré l’hospitalisation des grévistes et le siège de la Bourse du travail à Lille

La grève de la faim continue !

Lionel Jospin et Jean-Pierre Chevènement auront-ils le triste privilège de figurer dans le même panthéon d’assassins que Margaret Thatcher ? Plus le temps passe à Lille, et plus augmente le risque d’une issue dramatique à la grève de la faim entamée le 8 avril dernier par 26 sans-papiers du CSP-59. Et le ministre de l’lntérieur est maintenant le seul à être en mesure d’éviter un tel drame. Le samedi 17 juin, 71 jours après le début de leur mouvement, ils et elles étaient encore 19 à le poursuivre avec une résolution maintenant à toute épreuve. La stratégie de tension, de criminalisation, mise en œuvre par le gouvernement et la préfecture du Nord n’aura eu qu’un seul effet : radicaliser les grévistes et rendre la situation quasi incontrôlable.

La préfecture préfère toujours la répression

C’est donc au 71e jour de grève de la faim que la matraque gouvernementale est tombée sur les grévistes retranché-e-s à la Bourse du Travail. Cette opération de police n’aurait dû prendre que quelques minutes, elle a finalement duré plus de 7 heures. Pressentant l’intervention policière, les sans-papiers et leurs soutiens avaient en effet transféré dans la nuit les 26 grévistes dans une pièce située au-dessus de celle qu’ils occupaient, pièce non visée par l’arrêté municipal de fermeture de locaux (cf notre avant-dernier numéro). En investissant la Bourse du travail à 6heures du matin, les forces de police ne trouvèrent donc que des sans-papiers non grévistes et des soutiens, une centaine, dans les deux pièces visées par la mairie. Elles ne mettront que quelques minutes pour enfoncer les portes et expulser les gens du local, pour se rendre compte également, à la grande fureur du préfet que, de grévistes, il n’y en avait plus. Bredouilles, les flics quittaient la Bourse du travail deux heures après.

Les grévistes se signaleront d’eux-mêmes pour porter secours à l’un des leurs : vers 9 h, ils et elles décident d’appeler le SAMU pour faire évacuer Mustapha, victime d’un malaise. Sitôt celui-ci emmené, la police est de retour. C’est alors que se dérouleront le matraquage policier dont vous avez sans doute vu les images (même si la presse avait été expulsée de la cour des bâtiments pour qu’il n’y ait pas de témoins gênants). Deux manifestants sont blessés et emmenés vers l’hôpital. Un camarade est interpellé et violemment matraqué. Il passe en procès début juillet, inculpé de violence à agent.

À l’intérieur de la Bourse du Travail ne restent plus que la police, quelques métallos CGT qui soutiennent les sans-papiers, quelques soutiens et les grévistes enfermé-e-s depuis de longues heures.

Vers 11 h, les grévistes appellent une deuxième fois le SAMU pour cette fois faire évacuer Saïda, qui souffre de violents maux de ventres. C’est le moment que choisit la police pour investir les lieux et enfoncer la porte de la salle où ils et elles sont retranché-e-s. Mais Saïda ne sera emmenée vers un hôpital qu’une heure plus tard !Car entre temps, les médecins amenés sur place ont préféré tenter de convaincre les autres grévistes de se laisser hospitaliser. Mais devant leur obstination, il ne reste plus que la force : ils/elles ne céderont qu’en voyant la manière dont les CRS empoignent les premiers d’entre eux. Il est plus de 13 h quand l’évacuation « sanitaire » est enfin terminée, la police oubliant toutefois l’un des grévistes retrouvé plus tard évanoui dans les toilettes. Il faudra alors demander son hospitalisation ! La police se livre à l’interrogatoire de quelques-unes des personnes présentes aux côtés des grévistes, dont Jean-Marc Lavigne du MRAP, Patrice Bardet de la CGT, et le rédacteur du présent article.

Près d’une semaine d’état de siège

En fin d’après-midi, la préfecture institue le blocus et l’occupation policière de la Bourse du Travail afin d’empêcher le retour et le regroupement des grévistes. Cet état de siège durera près d’une semaine, jusqu’au 13 juin. La confrontation permanente entre les CRS et les sans-papiers et soutiens présent-e-s à l’intérieur comme à l’extérieur est particulièrement tendue. La police matraquera à nouveau les manifestant-e-s le lundi 13 et inculpera un autre camarade d’outrage (procès à la mi-octobre).

Jeudi 9, le Comité des sans-papiers fait savoir aux grévistes qu’il n’est plus en mesure de les regrouper. Il leur demande donc de rester dans les hôpitaux. Les grévistes y sont bien gardé-e-s par la police qui relève l’identité de celles et ceux qui tentent de les approcher. Elle est aidée par le personnel ou les vigiles des hôpitaux également, qui filtrent les visiteurs, en violation flagrante du Code de la santé publique. Ils/elles y sont également maltraité-e-s : refus d’accès aux douches, présentation de plateaux repas… L’hôpital de Seclin en mettra même deux dehors car ils refusent soins et aliments !

Samedi, plus de mille personnes ont défilé dans les rues de Lille pour protester contre l’occupation policière de la Bourse du Travail et pour la régularisation de tous et toutes, CGT et CFDT comprises, même si le gros de la manifestation se trouvait évidemment derrière les banderoles du Comité des sans-papiers.

Lundi 13, le préfet profite d’une visite de Gaillot (Mgr de son prénom) aux 22 personnes encore en grève de la faim (4 d’entre eux, régularisés, ont cessé le mouvement) pour demander à le voir. Il le charge de transmettre sa dernière « non-proposition » aux grévistes : qu’ils et elles arrêtent la grève de la faim, et il examinera « avec la plus grande humanité » leur demande de papiers d’ici un mois et demi…

Sur les 22, 19 ont depuis formulé un refus net et précis. Le premier à avoir donné sa réponse l’a fait dans ces termes : « je sais que ma santé est foutue à plus de soixante jours de grève de la faim, mais si il veut vraiment le faire avec humanité, il doit maintenant me donner mes papiers. Le préfet nous piège, il ne nous donne aucune garantie de régularisation, surtout écrite. »

Le Comité des sans-papiers exige depuis une semaine déjà le regroupement des grévistes (ce que les autorités hospitalières ne peuvent légalement pas refuser si les intéressés le demandent), la régularisation des grévistes de la faim et l’ouverture de négociations sur la liste des 112 sans-papiers qui avaient occupé l’lEP et que la police avait délogé-e-s.

Un mouvement qui laissera des séquelles…

Le samedi 17, une nouvelle manifestation rassemblait plusieurs centaines de personnes ainsi que les salarié-e-s de l’usine Lever d’Haubourdin menacée de fermeture. Le grand danger, à l’heure actuelle, au-delà des traces visibles et des séquelles durables pour tou-te-s les grévistes, c’est celui d’une fuite en avant de certains d’entre eux/elles. Le préfet a tout fait pour briser leur lutte collective. Cela fait près de quinze jours qu’ils et elles sont plus ou moins coupé-e-s les un-e-s des autres. Pour certains, ils ont même mené un ou deux jours de grève de la soif.

Le grand danger, c’est aussi le basculement possible et brutal d’un gréviste à bout de force vers la mort. Cela, personne ne le souhaite. Pas même les grévistes, qui sont entré-e-s en mouvement pour avoir simplement le droit de vivre ici. Cependant, à les enfermer ainsi dans un tête à tête suicidaire avec sa propre personne, Jean-Pierre Chevènement prend le risque de les voir dépasser leurs propres limites. Alors qu’il lui serait si simple de régulariser !

Il est encore bien trop tôt pour tirer un bilan politique de la crise qui se déroule actuellement à Lille. Mais il faudra bien le faire et désigner clairement les responsabilités. Notamment celles de ceux qui, à gauche, ont préféré faire pression sur les sans-papiers plutôt que sur le gouvernement et ont ainsi prolongé d’autant le bras de fer. Les sans-papiers ne seront pas les seul-e-s à porter des séquelles dans cette affaire.

Bertrand Dekoninck. — groupe de la métropole lilloise

L’intégrale des textes afférents à cette lutte est disponible sur le web : http://atlas.bok.net/zpajol/


Fait d’hiver

Du droit du sang

Jonathan Evans s’était fait un plan un soir avec… C’était histoire de… Ça semblait convenir à tout le monde !

Il vient d’être condamné par la Haute cour de Birmingham (Angleterre) à subvenir aux besoins de sa fille biologique (Bronte) née par insémination artificielle grâce à son sperme, dérobé dans un préservatif, alors qu’il était sous la douche. Le droit du sang est dur aux amants d’un jour !

Huit gardiens de la prison de Corcoran (États-Unis) qui organisaient des combats de gladiateurs sur leur lieu de travail, pendant leurs heures de travail, entre les pauvres hères dont ils avaient la garde, et de toute évidence à leur propre profit, viennent d’être acquittés par un jury populaire.

Le droit du sang a toujours été doux aux chiens de garde d’une inégalité sociale qui conjugue l’enfermement carcéral (ou la réussite scolaire) au temps lourd de l’origine sociale.

Deux détenus roumains ont livré à la police le voleur qu’ils avaient surpris en train de dérober de la ferraille dans un entrepôt de la prison.

Le droit du sang ne se fait pas encore un sang d’encre devant l’inconvenance de cette entrée en force de la Kulture dans son pré carré de l’origine, mais…

Faut-il multiplier le nombre des prisons ou bien aller au bout d’une logique et ériger le test ADN en règle ?

En y réfléchissant bien !

Jean-Marc Raynaud


Le 57e congrès de la Fédération anarchiste

La Fédération anarchiste a tenu, du 10 au 12 juin, son congrès annuel à Perpignan. Pour une organisation anarchiste qui se veut vraiment anarchiste, et vraiment organisée, le Congrès est le moment fort de la vie fédérale. À l’occasion du Congrès, quelques 150 à 200 militants et militantes se retrouvent pendant deux journées et demie. Leur programme comporte un certain nombre de passages obligés.

À l’ordre du jour : fonctionnement interne…

• Le point sur l’état de la Fédération. C’est le moment de vérifier si les mandats des précédents congrès ont été correctement remplis ; d’avoir une vue panoramique sur le développement de la FA, sur son action durant l’année passée, sur ses relations avec les mouvements politiques et sociaux, sur ses liens avec le mouvement anarchiste international ; de sonder la santé politique et financière de nos outils fédéraux : Monde libertaire, Radio libertaire, Éditions du Monde libertaire, librairie du Monde libertaire…

• Les perspectives de développement qualitatif et quantitatif. Cette année, nous nous sommes particulièrement penchés sur notre (et votre) hebdomadaire.
Le Monde libertaire est écrit par des militants et des militantes, son Comité de rédaction est composé de camarades bénévoles pour qui il représente un lourd investissement. Il ne reçoit évidemment aucun autre apport financier que celui de ses lecteurs et lectrices, mais subit de plein fouet chaque hausse du papier, du timbrage ou du transport. D’où une précarité financière chronique, et la nécessité permanente de redoubler d’efforts et d’ingéniosité pour que le Monde libertaire soit chaque semaine dans votre kiosque, sur votre marché ou (c’est le mieux) dans votre boîte aux lettres. En outre, notre maquette a dix ans, et commence à vieillir : il est donc temps de penser à la changer.

• La désignation des camarades qui mettront en œuvre, au niveau fédéral, les résolutions approuvées par le congrès et coordonneront la Fédération jusqu’au congrès suivant. Et comme nous refusons par principe de donner des chèques en blanc, il revient au congrès de cadrer leur action par l’adoption de mandats aussi précis et fonctionnels que possible. Là encore, nos mandatés et mandatées le sont à titre purement bénévole, et nous n’avons bien entendu aucune mairie ni mutuelle à notre botte pour leur trouver des emplois fictifs ! Comme de surcroît ces postes techniques ou politiques représentent souvent des charges assez lourdes, mais ne sont pas des postes de pouvoir, les candidatures ne se bousculent pas toujours…

…et luttes sociales

On en oublierait presque que, outre ces aspects essentiellement internes, le congrès est, de manière essentielle, un endroit de discussion et décision politiques. C’est le lieu où tirer un bilan des luttes sociales et émancipatrices en cours, où prendre des positions fédérales, et où prévoir, dans la mesure où ils sont prévisibles, les axes majeurs de notre intervention future. Ainsi cette année, vous trouvez dans cette page deux motions adoptées au congrès de Perpignan : une motion sur le féminisme anarchiste qui exprime notre positionnement face à une société loin d’être débarrassée du patriarcat, et envers un mouvement féministe qui se fait de plus en plus instrumentaliser par des enjeux purement politiciens ; et par ailleurs une motion rappelant notre analyse et notre implication dans les luttes sociales, comme ne peuvent l’ignorer les fidèles du Monde libertaire.

Bien entendu, nous avons aussi mis à jour notre réflexion et élaboré nos axes d’intervention en vue de l’année électorale à venir. À l’heure où l’on nous sert, sous le nom de démocratie participative, une invitation à participer à notre propre exploitation, où un Le Braouzec se prétend communiste libertaire, où un quelconque énarque Vert se réclame de Proudhon et Bakounine, nous nous devons plus que jamais d’être présents pour dénoncer l’imposture électoraliste, quels que soient les oripeaux dont elle se pare ; pour impulser là où c’est possible une pratique libertaire dans les structures de bases telles que les comités de quartier ; et pour y dénoncer dès qu’ils se produiront les blocages et les impasses que la société de classes et la municipalité politicienne ne manqueront pas de créer.

Enfin, un congrès, c’est aussi l’endroit où l’on se retrouve. L’endroit, pourquoi le nier, où l’on s’engueule (le caractère « entier » des anarchistes est légendaire…) ; l’endroit aussi où l’on prend le temps de découvrir et de parler à des camarades formidables, mais dont on pourrait ignorer jusqu’à l’existence si on restait confiné dans son petit groupe, sa petite localité, sa petite coterie. L’endroit où une communauté humaine comme il en existe des centaines d’autres vérifie que, fût-elle anarchiste, elle reste une communauté humaine, avec sa chaleur, ses élans et ses faiblesses. Avec, en plus, juste en commun cette idée qu’un autre futur est possible.

Et tout cela doit tenir en deux journées et demie. Avant de repartir pour une nouvelle année de discussions, de luttes, de collages, de solidarités diverses, bref une nouvelle année d’intervention anarchiste vers cette émancipation qui, nous en sommes conscients, ne viendra certainement pas toute seule si nous ne nous battons pas pour aller la chercher…

François Coquet


Contre la démolition sociale

Ce n’est pas les gouvernements qu’il faut remplacer
Ce n’est pas le capitalisme qu’il faut « humaniser »
C’est la société qu’il faut changer

Les riches n’ont jamais été aussi riches, les pauvres sont de plus en plus nombreux. Les « violences sociales » dont les médias sont si prompts à parler prennent leur source dans la misère et le manque de perspectives de tout un pan de la jeunesse. Les plans sociaux se succèdent, les « chômeur-e-s » sont transformé-e-s en précaires permanent-e-s. Les patrons cumulent les salaires exorbitants et les bénéfices qu’ils tirent en Bourse de leurs stocks options. Par ailleurs, l’État, au service du libéralisme démantèle les services publics (santé, éducation…). Conjointement, l’État et les patrons veulent casser toutes luttes de classes en nous invitant à devenir petits actionnaires ou en usant d’artifices (économie solidaire, démocratie participative, emplois-jeunes…). Enfin la production intensive dictée par le profit n’a que faire de notre qualité de vie (marées noires, vaches folles, organismes génétiquement modifiés…)

Contre tous ces mauvais coups, la Fédération anarchiste appelle à réagir :
Parce qu’au jeu de la Bourse, les salarié-e-s seront toujours perdant-e-s, il nous faut dénoncer toutes les tentatives de mise en œuvre de collaboration de classes , par le biais de politiques tentant d’allier le Capital et le Travail ;
Parce que la participation, l’intéressement, l’épargne salariale et les « fonds de pension », quelles que soient leurs formes ou leurs appellations du moment, sont des marchés de dupes ;
Parce que la réponse sécuritaire de l’État à la misère (îlotage, police de proximité, vidéo surveillance, construction de nouvelles prisons) ne doit pas faire oublier que la première violence, celle dont découlent toutes les autres, c’est l’exploitation et l’oppression, qu’elle soit capitaliste, étatique, patriarcale, religieuse…
Parce que la Loi aubry (la première comme la seconde), dite des 35 h est de la pure arnaque (flexibilité, annualisation, partage de la misère salariale),
Parce que les cliniques de luxe sont réservées pour les riches et que des millions de pauvres doivent se contenter de la CMU et du RMI ­ ou d’encore moins — et parce que notre santé n’est pas à vendre.
Parce que l’éducation , aujourd’hui, est un apprentissage de la compétition et de la loi du marché alors que, pour nous, elle doit avoir pour but l’épanouissement des femmes et des hommes.
Parce qu’il ne peut être question d’accepter la remise en question des droits les plus élémentaires des chômeur-euse-s
Parce que patron-e-s et salarié-e-s, nous n’aurons jamais les mêmes intérêts et parce que la lutte de classes reste plus que jamais d’actualité !

Les avancées sociales ont toujours été gagnées par les luttes, c’est pourquoi nous ne devons rien attendre de l’État et prendre nos affaires en main.
Face à l’arrogance du patronat, de ceux et celles qui prétendent vouloir nous gouverner, il s’agit de riposter massivement en développant à la fois des revendications immédiates et un projet sociétaire.

Anarchistes, nous avons des propositions de luttes à construire ensemble :
- Pour une réelle réduction du temps de travail massive et sans concession
- Pour une remise en cause du salariat, des rapports hiérarchiques et des discriminations racistes et sexistes
- Pour une sécurité sociale et un système de retraite par répartition autogéré, égalitaire et solidaire
- Pour défendre et développer des services publics sur la base de la gratuité, de l’égalité, de l’entraide et de la gestion directe, pour leur extension à l’ensemble de la production des biens et des services
- Pour construire et développer un mouvement social au niveau international, seul capable de faire contre-poids à la mondialisation.

Et à terme :
Une société sans classes et sans État
L’autogestion généralisée de la production et de la distribution, pour mettre l’économie au service de nos besoins, sur la base de l’égalité économique et sociale

Nous militerons dans les quartiers, les lieux de travail pour organiser une riposte de classes à la hauteur de l’enjeu que constitue le vaste chantier de la DÉMOLITION sociale entrepris par le MEDEF en partenariat avec le gouvernement de gauche plurielle.


Stratégie fédérale féministe anarchiste

On ne peut que constater l’évolution du mouvement des femmes vers un féminisme institutionnel, lié peu ou prou à l’arrivée de la gauche au pouvoir, lié aussi à l’émergence de meneuses qui ont vu dans cette gauche un salut pour leur combat puis pour leur carrière. Celles-ci se sont appliquées à réduire à la parité politique l’aspiration des femmes à la participation sociale. Le mouvement des femmes, mouvement de société dans son ensemble dans les années 70, connaît aujourd’hui un reflux vers un mouvement féministe élitaire.

C’est dans ce contexte qu’arrive « La Marche Mondiale des femmes de l’an 2000 » ; elle nous semble inacceptable, en particulier sur les points suivants :
a) elle a été élaborée depuis 1998 par une élite de 140 femmes à travers le monde (65 pays),
b) son objectif avoué est l’interpellation des instances internationales institutionnelles (ONU, Parlement européen, etc.) afin que celles-ci légifèrent en faveur des femmes
c) elle appuie explicitement la campagne du Jubilé 2000
d) elle entraîne un nivellement par le bas des différentes revendications. Le droit à la contraception, à l’avortement et au libre choix sexuel (droit d’être lesbienne, gay, …) sont conditionnés aux rapports de force dans les différents pays.
Si nous nous accordons sans peine à constater, avec les animatrices de la Marche Mondiale, la tragédie de la condition faite aux femmes dans le monde, l’écueil, que nous relevons, dans cette mobilisation mondiale, est le choix stratégique de refuser de se donner les moyens de faire diffuser le débat le plus largement possible dans la société.

Nous proposons donc :
a) de réaffirmer la nécessité de définir des droits qui soient universels et non déclinables en fonction de spécificités géographiques, politiques ou religieuses ;
b) de s’engager à lutter contre les actes anti-féministes, lesbophobes et homophobes.
c) d’organiser des contre pouvoirs : cela passe par la coordination planétaire des informations ;
d) d’inviter partout à l’organisation de débats pour continuer la réflexion et le combat menés autour de la « Contribution aux débats — Réflexion pour une autre démarche pour le droit des femmes » diffusée à l’occasion de la « Marche Mondiale » le 17 juin 2000 à Paris et publiée, entre autre, dans le Hors-série estival de l’année 2000 du Monde Libertaire ;
e) la signature fédérale (FA- Signature Fédérale) pour la « Contribution aux débats — Réflexion pour une autre démarche pour le droit des femmes » éditée à l’occasion de la « Marche mondiale des femmes de l’an 2000 ».


Ordures ménagères

Quand incinération rime avec répression

Les luttes pour la défense de l’environnement ne peuvent que se multiplier, vu la pression croissante que les activités industrielles, la concentration urbaine et le mode de consommation de nos sociétés exercent sur le milieu naturel. Certains combats, par les pratiques d’action directe et le caractère social qu’ils revendiquent, ne peuvent qu’être soutenus par les anarchistes, même les plus réticents aux discours écologiques .

C’est le cas de l’action menée en mars 1999, par le collectif AC !, CLASH (Chômeurs libres actifs solidaires et heureux) qui a occupé l’incinérateur de Fumel (Lot et Garonne) pour dénoncer la pollution notoire de ce type d’installation. Le contre-projet qu’ils ont développé devant les élus gestionnaires de cette usine à dioxines a été repoussé, malgré son caractère réglementaire (obligation de tri-recyclage) sanitaire (depuis plusieurs années, la DDASS constatait des troubles respiratoires parmi la population, liés aux fumées chargées en acide chlorhydrique et autres toxiques) et social par la création d’emplois liée à une telle politique (mais chacun sait que la question du chômage n’est importante qu’au moment des élections). Dès lors, il ne restait comme solution pour la mettre aux normes de pollution que la destruction de l’usine. Cet acte de salubrité publique n’a pas plu à tout le monde puisque 17 militants sont poursuivis par la « Justice ».

Contrôle judiciaire draconien (interdiction de quitter le département de domicile, interdiction de voir les autres militants y compris de sa propre famille, pointages journaliers en gendarmerie) ; emprisonnement de cinq d’entre eux durant plusieurs semaines ; et bien sûr, procès en cours…

La solidarité doit s’amplifier

Cette répression spectaculaire n’a eu que très peu d’échos dans la presse, trop occupée à l’époque à compter les morts du tunnel du Mont-Blanc que hélas personne n’avait eu l’idée de saboter malgré l’insuffisance des dispositifs de sécurité. Au même titre que d’autre actions de chômeurs (prise au tas dans les grandes surfaces, transports gratuits, etc.) cette action collective et revendiquée invite à prendre en charge directement les problèmes et à stopper les appétits financiers des multinationales de l’incinération. Il est urgent de soutenir les inculpés de CLASH car si la justice est parfois lente, la menace d’une lourde condamnation lors des procès reste d’actualité.

CLASH n’a pas cessé pour autant d’agir (1), tant contre l’OMC qu’en soutien à la lutte contre le tunnel de la vallée d’Aspe, les OGM ou le nucléaire… Ils dénoncent la criminalisation croissante des luttes sociales. En soutien à leur action, ils diffusent un T-shirt (alerte à la dioxine). Une pétition est toujours en cours et ils espèrent la présence de nombreuses personnes lors de leur procès, prévu pour septembre.

Dans le même domaine, mais plus comique, le syndicat de communes sétois (34) a porté plainte pour diffamation publique contre une association qui a fait campagne en novembre 1999 contre l’incinérateur local. Ciblées sur les ostréiculteurs, les quelques affiches collées sur les lieux de production ont suscité de vives réactions. Le maire communiste de Sète (peut-être conseillé par son service environnement tenu par une élue… verte !) n’a pas apprécié la critique d’une installation si performante ! Les pollueurs sont aussi des censeurs, quand les campagnes médiatiques autosatisfaites de champions de la défense de l’environnement ne suffisent plus à masquer le profond mépris de ces élus envers la population et les associations qui contestent leur point de vue (2).

Le groupe du Gard de la Fédération anarchiste a pris position contre l’incinération des ordures ménagères dans un tract diffusé en septembre 1998. Outre les raisons environnementalistes (pollutions, gaspillage), il fustige lacourse aux profits (un incinérateur est beaucoup plus juteux qu’une filière tri-recyclage), appelle chacun à maîtriser sa consommation (réduction à la source des déchets) et à s’organiser collectivement tant pour la consommation que pour obliger la production à répondre aux besoins de la population et non à ceux des actionnaires… Enfin, refusant le diktat des industriels ou le despotisme des maires et autres élus, il propose d’aller vers une gestion collective et autogérée des services de la commune (eau, déchets, etc.) pour les sortir de la logique capitaliste.

Bob. — groupe du Gard

(1) CLASH : 77 bis av. Edouard Michelin, 63000 Clermont-Ferrand)
(2) pour plus d’infos : ICI-ROM, c/o AVEC, BP 69, 34401 Lunel cedex.


Stupéfiant, le sport !

À peine a t-on inventé une nouvelle méthode pour contrôler l’EPO que déjà les polémiques s’installent : Cette méthode ne peut déceler que des petites quantités, nouveaux produits pour contrecarrer la nouvelle méthode, nouveaux dopants sur le marché… Le dopage fait écrire. Les défenseurs du sport ironisent souvent en affirmant « qu’en prenant de l’aspirine, on devient dopé ». Néanmoins on peut définir le dopage comme une prise de produit dans l’unique but d’augmenter des performances physiques afin de faciliter une victoire dans le cadre d’une compétition : augmenter la masse musculaire (les anabolisants), empêcher que se déclenchent les signes de la fatigue (amphétamines), modifier la composition sanguine en augmentant le taux de globules rouges de manière à apporter plus d’oxygène au muscles (EPO…), ralentir le rythme cardiaque (médicaments bêta-bloquants)… On voit bien que le flou disparaît en partie car avec ces produits l’objectif n’est pas de se soigner, de se détendre, de décompresser. D’ailleurs les témoignages ne manques pas.

À la fin des années 80, on pouvait estimer, au niveau des sportifs de haut niveau, que 20 % étaient usagers de cocaïne : du milieu de la boxe qui en usait aussi beaucoup « en s’appliquant des baumes à base de cocaïne sur le thorax pour ne pas sentir les coups », jusqu’au tennis ou en escrime où la cocaïne s’infiltre dans le coude pour en calmer les douleurs. Même les pauvres ont leur dope.

Courte histoire du dopage

La dernière mode des salles de musculation des quartiers ouvriers des banlieues c’est d’avoir un gros chien, un pit-bull afin de commander dans une pharmacie des anabolisants vétérinaires sans éveiller aucun soupçon…

Les médias traitent souvent du dopage dans le cadre du sport professionnel. Pourtant le dopage concerne entre 650 000 et trois millions de personnes (Santé Publique n° 2). Il concerne aussi bien celui qui souhaite avoir un corps de muscles saillants pour l’été, celui qui souhaite voir son nom dans les pages locales du journal régional lundi matin, celui qui veut passer de la place 1 052 à 1 051 au prochain marathon… : résultat d’une course effrénée aux résultats, à la compétition.
Le dopage existait avant même que le sport ne soit spectacle de masse et qu’il n’attire les convoitises capitalistes. Dans le compte rendu officiel des Jeux Olympiques de 1904, il est écrit « que le marathon a démontré, du point de vue médical, que les drogues peuvent être utiles aux athlètes en cours d’épreuve. » C’est ainsi que les amphétamines seront utilisées pour la première fois (et sans se cacher) aux Jeux Olympiques de 1936 à Berlin pour ensuite être utilisées par les soldats pendant la 2e guerre mondiale.

Le courant anti-dopage au sein du milieu sportif va naître dans les années 60 avec une première loi en 1965. De cette loi va découler les premiers contrôles, les premiers scandales et le premier mouvement de grève au sein du Tour de France en 1966. La lutte contre le dopage a pris une telle envergure non pas pour des questions éthiques ou de santé mais pour des questions de politiques internationales. Nous sommes en pleine « guerre froide ». Les Pays de l’Est effectivement poussent les corps encore plus loin avec une logique de rendement extrême : le dopage est utilisé à l’échelle industrielle. C’est donc ainsi que pour justifier un peu les défaites complètes dans certaines disciplines (natation, gymnastique…) que l’occident essaie de se donner une légitimité avec une logique prohibitionniste… au moins dans les discours.

De la logique de performance à la destruction des corps

Depuis le sport de fédération est dans une problématique insoluble entre le besoin de performance (il faut gagner, être le meilleur, le plus fort, tout mettre en œuvre pour écraser l’autre) et le besoin d’entretenir le mythe d’un sport loyal, respectueux de la santé.

Jérome Bureau, directeur de rédaction du journal L’Équipe est un témoin très intéressant de cette contradiction. En novembre 1997, il déclarait à Marianne : « Nous condamnons le dopage, tout en célébrant les performances qui sont souvent obtenues grâce au dopage. »

Le sport a toujours entretenu un lien direct avec l’idéologie libérale. Le Pen expliquait son attrait au sport (Équipe du 15 février 1986) : « Notre monde égalitaire n’aime pas la philosophie même du sport, c’est l’émulation, c’est le classement, c’est la hiérarchie du résultat, c’est la volonté de vaincre… » Et l’outil de production utilisé est le corps. Alors il faut le travailler, le plus vite possible pour qu’il soit rentable. Le corps au service de cette idéologie subit les lois du productivisme : on utilise le corps comme une marchandise, on cherche une rentabilité rapide et maximale. À cette fin, on le presse, on l’entraîne au-delà de ses capacités d’absorption, d’adaptation, on le pousse dès le plus jeune âge même s’il est en pleine évolution. Pour le rendre plus efficace ou pour effacer les douleurs de ce mauvais traitement, on peut être amené à le doper…. Puis une fois qu’il a tout donné, une fois usé on le jette dans les oubliettes de l’histoire avec une indemnité financière proportionnelle à sa renommée.

Le dernier exemple médiatique est sans aucun doute celui de Ronaldo qui s’est écroulé en pleine coupe du monde et qui depuis n’a pas rejoué. Quand il est rentré au Brésil, il n’était pas reconnaissable : on aurait dit un vieillard… Ronaldo souffrait d’une tendinite rotulienne mais que des soins intensifs (sic) lui avaient permis d’oublier quelques temps. Les témoignages ne manquent pas de ces sportifs cassés qui souffrent tout le reste de leur vie : le corps se venge ! Les statistiques ne peuvent pas tromper : 52 % des marathoniens 15 ans après avoir cessé leur sport favori sont arthrosiques contre 13 % dans la population… Après avoir été nié, la société capitaliste a donné un autre sens au corps :
- exigence d’un corps fort
- philosophie du paraître, avec obsession de la séduction à travers le corps…

Le dopage dans ce contexte n’est que le résultat d’une logique : logique qui au nom de la performance, de la réussite maltraite le corps avec des entraînements trop intensifs… Pour se maintenir quelques mois dans cette réussite, le corps se doit d’être dopé. Que cela soit légal ou pas devient superflu… car sans dope le tour de France ne se ferait plus en vingt jours !

Théo Simon groupe FA Nantes


Rapprochement des deux Corée

Les frères ennemis… de l’émancipation sociale

Le monde entier assistait médusé la semaine passée aux retrouvailles des deux frères ennemis de l’extrême Orient, représentants des États de Corée du nord et de Corée du sud. Un demi siècle après la Guerre de Corée, une des plus atroces boucheries dans le triste palmarès de l’histoire des guerres dans le monde. Une guerre totale, « à outrance » dans la pure ligne successorale de la Première guerre mondiale. Pas de pitié, pas de quartier, ni pour les civils, ni pour les fantassins chinois, avant-garde résignée qui marchait vers la mort, sacrifiés de l’État des ouvriers et des paysans. Est-il plus glorieux de mourir à Verdun, en rang serrés comme des zombies décervelés au nom de la démocratie et pour servir les intérêts politico-financiers de la bourgeoisie, ou de mourir pour Pyongyang au nom de la révolution, de la Dictature du Prolétariat et pour servir les intérêts politico-stratégiques d’une clique d’apparatchiks usurpateurs de l’idéal social du petit peuple qui ne compte pas ?

À la guerre, on meurt toujours comme un con, et même en rang serrés, on est toujours tout seul à mourir dans la peur. La gloire n’existe pas. Une guerre de salauds, donc, et qui plus est, toujours pas résolue.

Au nord végète une population avilie, asservie, travaillant sous la schlag et rythmée au bruit des bottes. Le paradis des travailleurs sous anesthésie sociale bercé par l’amour désintéressé de suprêmes leaders ivres de pouvoir total et absolu. Un royaume plastifié, figé dans la honte et l’ignoble.

Au sud, un crypto fascisme social de petites mains mal payées au service de la mondialisation des réseaux de production du capitalisme. Quelle alternative !

Maintenant, la question est de savoir pourquoi ce rapprochement devient subitement aussi urgent. Oh, bien sûr, loin de nous l’idée de se désoler du fait que les deux Corées fassent la paix entre elles, mais encore et toujours, c’est loin d’être vers un idéal libertaire que s’avancent les deux régimes.

La continuité de l’État

D’abord, la Corée du nord est exsangue. Famine. Faillite totale du système (contradiction du marxisme-léninisme dont la théorie voudrait que le socialisme ne peut mathématiquement aller que de l’avant). La militarisation totale de la population fait que les campagnes ne produisent plus rien. Le régime est trop occupé à se surarmer pour épauler la Chine dans ses tractations à main armée avec le monde occidental pour une place dans le cirque de l’économie mondiale.

Peut-être que, pragmatique, le régime nord-coréen lorgne vers le capitalisme bâtard à la chinoise ou à la Vietnamienne (un parti communiste au pouvoir mais sans le communisme mais toujours avec la schlag). De quoi redynamiser un pays, s’enrichir, toujours sur le dos des mêmes mais en leur faisant miroiter de la thune plutôt que le communisme libérateur. C’est une solution viable dans un environnement immédiat pacifié (c’est meilleur pour le commerce).

Peut-être que, pragmatique, le pouvoir en place en Corée du nord ayant peur d’un effondrement du régime prépare la transition.

On aura noté qu’en Pologne ou à Cuba, les régimes communistes préfèrent organiser la transition du pouvoir plutôt que de le laisser vacant en s’avouant impuissant à tenir la société. Hors de question de laisser la dite société improviser hors d’un pouvoir d’État une quelconque organisation populaire. Or, la seule composante organisée dans ces sociétés à parti unique, c’est l’Église. C’est donc vers elle que se sont tournés les dictateurs pour leur remettre les clefs du pouvoir. Avec effet immédiat pour la Pologne, et sous forme de viager pour Cuba.

En Corée, la transition est toute trouvée puisqu’un autre État existe déjà qui n’aura aucun problème à prendre la relève en toute légitimité internationale, comme pour l’annexion de la RDA par la RFA. Surtout ne rien demander aux peuples puisque le pouvoir est par avance légitime. Tout plutôt que l’émancipation des masses, tout sauf une réflexion sur les alternatives possibles au pouvoir absolu des communistes. L’État ne doit pas connaître de vacance, même courte. Trop dangereux. D’ailleurs cet homme d’affaire sud-coréen interviewé à la télé n’en a pas fait mystère, le sud attend sereinement la réunification car il a besoin de main d’œuvre. Une main d’œuvre bien dressée, pas gourmande, qui ne sait rien revendiquer (mais ça ne va pas durer), qui parle la même langue et qui est sur place. Quelle meilleure configuration sociale le capitalisme pourrait-il bien rêver ?

La paix des salauds prendra donc le pas sur la guerre des salauds, mais nous espérons bien que dans cet extrême orient où existe et survit tant bien que mal une tradition anarchiste, l’histoire ne s’arrêtera pas pour autant.

Si le slogan officiel de la Corée du nord est que « le socialisme sans leader c’est comme une fleur sans soleil » l’histoire nous a montré que le socialisme avec leader n’est qu’un très long printemps pourri.

Vincent Tixier (Alès, Gard)


Tour d’horizon du mouvement libertaire bolivien

La Bolivie vit avec un triste paradoxe : celui d’avoir pour président « démocratique » le militaire qui en 1971 participa à un sanglant coup d’État, qui établit une dictature avec son lot de disparitions et d’assassinats politiques. Hugo Banzer, le « général », se vit obligé comme tant d’autres tyrans, d’abandonner le pouvoir, forcé par l’action d’un peuple qui, des années plus tard, le fait revenir par les urnes. Ami intime et protecteur de Klaus Barbie, Banzer est aussi un narcotrafiquant notoire, ce qui ne l’empêche pas de déclarer la guerre aux petits producteurs de coca (les cocaleros) de Chapare, suivant ainsi les ordres venus de Washington.

Cette situation peut surprendre. Ce pays, qui est deux fois grand comme l’Espagne et qui compte à peine huit millions d’habitants, figure parmi les richesses naturelles. Avec une dette extérieure de 650 dollars par habitant et une aide internationale que se répartissent les autorités et les responsables du pays sous les yeux résignés du peuple, ce pays fut catalogué en 1997 « superchampion du monde de la corruption », derrière le Nigéria. Les salariés survivent dans une économie de subsistance et un demi million d’enfants exercent tous types de travail leur permettant d’améliorer un ordinaire de misère : cireurs de chaussures, vendeurs de rue… Et même si ce pays compte une riche tradition de luttes sociales et politiques dans lesquelles les anarchistes ont pris une part non négligeable, il n’y a guère que les petits paysans cocaleros du Chapare qui résistent à l’injustice.

Les libertaires d’hier et d’aujourd’hui

C’est dans la ville de Tupiza avec l’Union obrera primero de Mayo et des publications qu’apparaissent en Bolivie les toutes premières références explicitement libertaires. Cette présence anarchiste dans le mouvement syndical se retrouvera dans les luttes des mineurs et des paysans des années 20. La capitale bolivienne La Paz abritera divers regroupements libertaires parmi les plus importants. La Fédéracion obrera local (FOL), affiliée à l’ACAT (Associacion continental americana de trabajadores) qui regroupait les anarchosyndicalistes du continent, pris un rôle prépondérant dans les luttes d’alors. Il y eût même à Sucre une école Ferrer y Guardia qui publiait Tierra y libertad.
Plus tard, sous les coups des propriétaires terriens, des militaires et des syndicalistes « officiels » de la COB, les militant-e-s anarchistes disparurent et leurs efforts furent anéantis. Au gré de la répression qui sévit tout au long des années 50 à 80, des collectifs épars, des revues autonomes, des syndicalistes, des exilés espagnols maintiendront à bout de bras une maigre présence libertaire. Aujourd’hui, la situation ne semble guère brillante. À Cochabamba, paraissent deux revues : Alternativa et Resistencia. La publication « Juventud y revolucion » est éditée par des jeunes de l’Assemblée pour la souveraineté des peuples (ASP), créée par des paysans du Chapare dans le cadre de la défense de leurs droits. Certains de ces jeunes gens qui organisèrent de nombreux actes pour dénoncer la répression, ont récemment décidé de quitter cette association pour créer un collectif autonome et plus libertaire.

La ville de la Paz compte un collectif de femmes, « Mujeres ercando ». Le travail réalisé est basé sur des revendications féministes et homosexuelles, en empruntant une direction libertaire. Elles éditent Mujer publica et possèdent un café d’où part la plupart de leurs actions.

Dans d’autres villes encore, existent des réseaux de contre-culture, des fanzines… Les idées libertaires eurent souvent un écho dans la communauté indienne où l’on pratique un socialisme primitif depuis des siècles. Les libertaires de la région ont pourtant beaucoup de travail à accomplir pour que l’anarchisme retrouve la place qu’il eut autrefois dans ces contrées.

Relations internationales de la FA


Manif contre l’OCDE à Prague

Solidarité avec les manifs à Bologne !

Environ 35 anarchistes se sont rassemblés lundi le 12 juin à Prague pour protester contre l’OCDE et d’autres institutions du capitalisme globalisé. La manif était organisée par la Fédération anarchiste Tchécoslovaque (CSAF) en solidarité avec les manifs de l’Internationale des Fédérations anarchistes à Bologne où se tient l’OCDE.

Les anarchistes de Prague ont distribués du matériel sur l’OCDE, l’AMI, l’Union européenne et le FMI (ce qui est d’actualité puisque la république Tchèque vient d’intégrer l’Union européenne et que le FMI et la Banque mondiale se réuniront à Prague en septembre). Plus d’infos fut également diffusé dans le square et deux discours (un de la CSAF et l’autre l’Association des anarchistes tchécoslovaques) furent prononcés. La manif s’est terminée sans problèmes après environ une heure. Notre solidarité doit être aussi globale que le capitalisme !

Petr Zaras (de l’Association)

Sites web :
CSAF : http://www.volny.cz/csaf
A-kontra (magazine de l’Association) : http://a-kontra.revoluce,cz
Initiative contre la mondialisation économique (plate-forme de coordination pour les manifs contre la réunion du FMI en septembre) : http://inpeg.ecn.cz


Suisse

Soutien au centre autogéré de Prélaz

Nous, habitants de Prelaz (dernier centre autogéré) à Lausanne, et acteur d’une vie alternative ici, sommes menacés d’expulsion. L’ordre capitaliste se met en marche en ayant comme projet « un centre commercial ». C’est contre la fin de la vie de quartier et de la mise en pratique de nos utopies que nous nous élevons.

Prélaz se déclare en résistance non violente, à partir du 14 juin jusqu’à une date illimitée. Nous appelons l’ensemble des êtres humains à venir nous soutenir, sachant que l’expulsion est prévue pour le 30 juin à 7 heures du matin.

Les 29 et 30 juin, nous organisons un festival, donc tous les groupes de tous style sont les bienvenus, les bonnes volontés aussi. Pas de problème pour dormir. Dès maintenant et jusqu’à l’arrivée des bulldozers, nous saurons faire la fête… Venez nombreux vivre avec nous cette résistance active (cuisiniers, musiciens etc. sont les bienvenus)

La résignation est un suicide quotidien !

Des résistants de Prélaz

À Lausanne, prendre le bus n° 7, s’arrêter à l’arrêt Prélaz… et vous y êtes.


Vigilants, nous devons le rester

Alors que la période des Gay Pride s’annonce en commémoration des événements de StoneWall qui eurent lieu aux États-Unis à la fin des années soixante, événements qui permirent l’émergence d’un mouvement revendicatif Gay, Florence Tamagne, dans son livre, Histoire de l’Homosexualité en Europe (Berlin, Londres, Paris 1919-1939) nous propose un parcours pour comprendre la lente et difficile marche vers la reconnaissance de la communauté homosexuelle. Le choix de cette période est significatif, car marqué dans l’imaginaire collectif par l’homoérotisme dont l’aryanisme d’Hitler. Tout avait bien commencé, dans cette Europe d’après-guerre, anémiée, ayant vécu une hémorragie sans précédent, un vent de liberté se met à souffler.

« La guerre marque un tournant décisif en matière de sexualité, les révélations du front ne pouvant rester sans conséquences une fois la paix rétablie. En éveillant chez certains hommes le sentiment de leur nature profonde, elle détruit tout l’édifice de mensonges et de dissimulation qui avait permis à la société de préserver son apparence de moralité. Désormais l’homosexualité pourra difficilement être occultée de la vie sociale, car elle ne touche plus une frange restreinte de la population, considérée comme malade ou vicieuse, elle devient une potentialité pour chaque personne. Même si cet aveu est fugitif ­ ou inconscient —, il bouleverse les fondements de la morale sexuelle. »

Dans les années vingt, l’homosexualité féminine, masculine s’affiche. Une nouvelle visibilité se met en place. C’est là l’un des premiers grands mérites du livre de Florence Tamagne : nous parler des hommes et des femmes, alors que trop souvent, toute étude sur ce sujet s’est limitée aux hommes. L’homosexualité devient à la mode en réaction au traumatisme qu’a laissé dans les mémoires la guerre de 14-18. Mais s’afficher comme homosexuel est aussi un acte politiquement subversif contre cette société bourgeoise qui a permis la guerre. Toute une littérature s’épanouit, bagage pour la jeunesse pour sortir de son aliénation, mais aussi des bars, des cabarets fleurissent, lieux de rencontre, d’affirmation identitaire.

Pourtant, à y regarder de plus près, c’est là l’autre grand mérite de ce livre ; on constate que la situation des homosexuel-le-s dans les trois pays, plus exactement les trois capitales Berlin, Londres, Paris, n’est pas la même. Tandis que Berlin vit une explosion des associations, un mouvement organisé en réaction aux lois répressives en vigueur, Londres vit dans la répression, le puritanisme ambiant, d’où une scène homosexuelle « underground », avec ses lieux de drague que sont les urinoirs et les parcs. Paris, quant à elle, vit la permissivité accompagnée d’une riche vie nocturne, d’où cette absence de mouvement organisé.

Mais les tenants de la morale sont toujours là. Pour eux, l’homosexualité est une transgression de l’ordre établi ; être homosexuel, un acte subversif, s’afficher et revendiquer d’être Femme, une hérésie. « Pour les théoriciens de la décadence, la marche à la guerre ne pouvait se faire qu’en éliminant les faibles, les dégénérés, les parasites. Les homosexuels étaient en première ligne. La boucle est bouclée ; d’une guerre à l’autre, l’homme a reconquis la virilité perdue. »

Dégénérescence, décadence, déviance, voilà les termes les plus souvent utilisés pour qualifier la gente homosexuelle. Des sous-hommes, des sous-femmes traîtres à leur partie, membres de la cinquième colonne ; des miliciens à la Genet, des espion-e-s garçon-e-s, tous et toutes à la solde du plus offrant ! Un melting pot de clichés sur relent d’amitiés masculines féminines où chacun y va de ses œillères.

Ces images ont la vie dure, car elles caractérisent encore l’homophobie prégnante de cette fin de siècle. À quoi cela tient-il ? C’est là le sujet du livre de Florence Tamagne, Histoire de l’Homosexualité en Europe, servi par une abondante bibliographie.

Autre enseignement de ce livre : rien n’est jamais acquis. L’ordre moral n’a jamais baissé les bras, même si aujourd’hui l’homosexuel semble être récupéré par la société de consommation qui a découvert en lui une cible, nouvelle source de profit, une tolérance ce qui ne veut pas dire acceptation.

Boris Beyssi (« Le Manège »-Radio libertaire)

Histoire de l’Homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919-1939, Florence Tamagne, éditions Seuil, 680 pages, 220 FF.


De l’impuissance et de l’État

Une ville : Bruxelles. Une actualité : les clandestins. Une constante : la répression étatique et la résistance en face. Pascale Fonteneau nous livre un roman noir, œuvre de fiction. Derrière la fiction, la réalité est implacable, presque paralysante. Changeant de point de vue au cours de la narration, l’auteure décline les personnages, leur libido. L’idée des protagonistes prend corps. Par sa maîtrise de la trame, Pascale Fonteneau prend le temps de nous montrer la complexité des rencontres des traumatismes et des solitudes. Guidées par cette complexité, la prééminence de la violence, simplement brutale, nous est encore plus insupportable. Vengeance, honneur et profit, sainte trinité ou trio infernal, mènent les protagonistes en une trajectoire de boule de flipper : si l’inconnue de l’énergie originelle peut nous réserver quelques minces surprises, la marge de manœuvre va de la soumission à la mort. Aux côtés de l’intrigue qui chemine, la volonté de réalisme aboutit à une mise en perspective de notre enfermement : conséquence de la construction européenne (espace Schengen) pour les personnes, empreinte des choix économiques sur le bâti de la capitale européenne, isolement des collectifs contre les expulsions, manipulation d’une opinion publique victime et consentante. Dans cette veine noir de noir, reste que Pascale Fonteneau n’est pas allée chercher la « matière » dans les livres et l’on se sent moins seul-e. Enthousiasme et bonne humeur ?

Sémira

La Vanité des pions, Pascale Fonteneau, Série noire, chez Gallimard.


La carte de visite du vice-président

American Psycho , Mary Harron

Mary Harron réalise avec sa co-scénariste Guinavere Turner une adaptation originale du roman choc : « American Psycho » Patrick Bateman, l’homme d’affaires au centre du roman de Bret Easton Ellis est un prototype, une sorte de copie négative de Batman, le sauveur de veuves et d’orphelins… Il a appris à Harvard le credo de la bonne conduite de l’homme dit humain : être pour l’émancipation des noirs, des femmes, des minorités, lutter contre la faim dans le monde etc. Il le sait par cœur, mais le récite du bout des lèvres. Car en fait, Patrick Bateman est un vrai méchant, un sadique en complet veston. C’est un tueur : la nuit, il élimine des noirs, des femmes…

La vacuité du personnage correspond aussi à un vide politique et social. Son identité : des costumes de la haute couture, son appartement ripoliné. Son père lui a laissé de l’argent, beaucoup d’argent. Hormis l’argent, pas de filiation, ni racines ni origines. Ses collègues sont tous comme lui : impeccables, aseptisés, interchangeables. C’est l’homme publicité qui ne va jamais ni se salir ni transpirer. Un éventail de produits l’en préserve. Il est un produit, s’occupe de son entretien, il existe pour être impeccable, pour montrer son corps rutilant de musculation, son corps toujours bronzé. Il mange de la nouvelle cuisine. Beaucoup pour l’addition peu dans l’assiette. Il aura toujours sa table dans les restaurants chics, il est le catalogue vivant des produits haut de gamme. Le combat social se réduit à des affrontements singuliers pour des enjeux risibles : une des meilleures scènes du film est celle ou chacun de ces zombies tueurs de concurrents sort sa carte de visite et pâlit d’envie et de jalousie à la vue du nom gravé avec plus de relief, sur un papier imitant mieux l’ancien, alors qu’ils sont tous vice-présidents de quelque chose. Il ira jusqu’au meurtre pour avoir la même carte de visite, il est à dix mille lieues de supposer que l’autre va voir une déclaration d’amour dans sa tentative de l’étrangler.

Pour Alberto Manguel (1) American Psycho de Bret Easton Ellis est « un roman d’horreur pornographique ». Moins que zéro, son premier roman, est le degré zéro (2) de l’existence : les hommes ne ressentent plus rien, c’est le vide dans une carapace d’apparence humaine. Événement ou faux scandale, l’univers de Bret Easton Ellis décrit en phrases courtes et précises ce degré zéro du sentiment et de l’émotion. Le film gomme la violence trop explicite du livre. Il est bâti sur la différence qui existe entre la terreur éprouvée dans le noir, machine à produire de l’imaginaire et des réactions, donc du vivant et l’horreur qui émane de ce zombie sans émotion et sans identité. Ce pari ingénieux, il ne le réussit pas toujours. Filmés de façon réaliste, les meurtres sont du grand guignol, donc risibles. Quand Patrick Bateman avoue ses crimes, personne ne le croit. Même son avocat le prend pour un autre. Le détective lancé a ses trousses se fait piéger de la même manière. Le milieu d’où il vient, le fric le protègent. La société américaine protège les siens. L’homme SANS… est né. Est-il seulement américain ?

Heike Hurst (« Fondu au Noir »)
(1) Alberto Manguel, Dans la forêt du miroir, Actes Sud.
(2) Bret Easton Ellis, Moins que zéro, 10/18.


Lyon, du 29 juin au 2 juillet, la caravane lesbienne

Affirmation lesbienne

L’arrivée de l’été est synonyme de fêtes et d’un désir de réappropriation de l’espace public. Les autorités publiques cherchent à accompagner ces mouvements à coups de grandes manifestations encadrées et policées : fête de la musique, du cinéma pour les plus visibles. C’est aussi les Lesbian & Gay Pride qui restent un moment fort de l’affirmation homosexuelle malgré le poids des structures commerciales et la volonté étatique d’intégrer cette population contestant les structures patriarcales de la société.

À Lyon, un collectif autonome de lesbiennes issues de différents groupes associatifs et politiques a pris l’initiative d’organiser des rencontres autour de films, d’expos, d’activités ludiques et festives. Les différents films projetés, qu’il s’agisse de fictions, de documentaires, d’essais ou de cinéma d’animation, abordent ­ de façon séparée et/ou conjointe ­ les thèmes de l’affirmation lesbienne, du racisme, du sexe, des amours et désirs, des migrations forcées, de la lesbophobie, de l’exploitation économique et du sexisme.

Contre la lesbophobie

En effet, la lesbophobie, dont les deux piliers sont la répression et l’invisibilisation, s’ajoute aux autres oppressions. La répression touche aussi bien les gays que les lesbiennes, elle va de la violence psychologique et verbale à la violence physique en passant par la violence sociale. Quant à l’invisibilisation des lesbiennes, elle est ce qui est le mieux partagé dans cette société hétéropatriarcale. Alors que des femmes étaient présentes à Stonewall, d’autres dans le groupe fondateur du FHAR, elles sont oubliées, effacées… Le gommage de toute trace de lesbiennes dans l’histoire et dans nos mémoires est la conséquence de la place accordée aux femmes. Les lesbiennes, en s’acheminant vers l’autonomie, sont des défis à l’ordre social capitaliste et patriarcal.

Le racisme, qui se conjugue avec la précarité et le sexisme, est une oppression spécifique reconnue dans la société mais souvent évacuée dans les milieux militants, féministes et lesbiens. Il est nécessaire de prendre en compte cette dimension, c’est le même processus que pour les femmes qui ont remis en cause ces « soit-disantes valeurs d’universalisme » qui niaient leurs oppressions spécifiques.

Face au racisme et à la lesbophobie, des espaces autonomes sont une nécessité, ces rencontres sont rythmées en trois temps spécifiques : deux films lesbiens en mixité, puis une journée ouverte aux femmes et enfin deux jours réservés aux femmes des migrations forcées, des colonisations passées ou présentes et/ou des descendantes de l’esclavagisme. Les femmes étant les premières touchées par la précarité et la pauvreté, des types de tarifs différents sont mis en place.

Nous espérons favoriser ainsi la création d’espaces de découvertes, d’échanges, de partages, ainsi que l’émergence d’actions constructives : sortons des retraites où l’on nous enferme, regroupons nos forces pour une plus grande solidarité !

Danielle. — groupe Lucia Saornil


Montpellier

60 000 F pour une librairie anarchiste

Nous vous avions annoncer ici-même, il y a plus d’un an, le projet pour notre groupe d’acheter un local qui nous permettent de sortir de la cave, qui nous sert de local depuis 5 ans. Le souhait d’avoir un local correspondant à notre volonté d’être visible et accessible au plus grand nombre nous avait conduit à vouloir ouvrir une librairie.

Bien que nous ne vous ayons pas inondé de nouvelle depuis quelques mois, notre projet suivait son cours. Aujourd’hui, cette librairie anarchiste est à l’aube de trouver une adresse.

Nous avons trouvé un local où nos livres pourraient s’installer dans le cœur de la ville. Nous serions en mesure de pouvoir diffuser ainsi la pensée libertaire dés la rentrée, en septembre. Mais malgré tout ce que nous avons mis en œuvre pour récolter de l’argent, il nous manque encore 60 000 FF pour pouvoir entrer dans les lieux. Nous avons un mois pour trouver cette somme. C’est la raison qui nous pousse à refaire appel à vous pour que les effort antérieur ne soit pas vains. Tout vos dons sont à faire à l’ordre du Cercle de Diffusion de la Pensée Libertaire (CDPL c/o l’Antre anar, 5 rue Jeanne-d’Arc, 34000 Montpellier).

L’Antre anar lui, fermera ses portes à la fin du mois de juin. Mais nous n’allons pas le quitter en catimini. Pour ceux qui habitent la région ou qui serait de passage, nous ferons une fête pour la fermeture le vendredi 23 juin au soir.

groupe Un Autre Futur


Transports à Strasbourg

Création d’un collectif libertaire

Le jeudi 4 mai 2000, le groupe de Strasbourg organisait sa première conférence-débat au Molodoï. C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés à une cinquantaine pour débattre des services publics dans une optique libertaire. Après une introduction de Wally (groupe Louise Michel), un débat plutôt riche d’interventions pertinentes s’est engagé.

De l’exposé de Wally se détachait ce constat : pour un service public libertaire, il faut, en plus de l’égalité et de l’accès gratuit aux services, la prise de décision collective.

Parmi les interventions, certaines posent le problème de la gratuité en elle-même, autrement dit : qui va assumer le coût du fonctionnement ? À cela, on peut répondre que dans un premier temps l’État est parfaitement capable d’assumer ces coûts, au lieu d’acheter des Mirage 2000 ou autres saloperies guerrières. D’autant qu’en ce qui concerne la RATP, par exemple, les subventions de l’État et ce qu’allongent les entreprises représentent 90 % du budget. Les 10 % restants sont ce que payent les usagers pour être contrôlés !

Viennent ensuite une série d’interventions sceptiques du style «  Ça prend du temps ! il faut des étapes… on ne peut pas attendre la participation de tous, car tout le monde ne sera pas d’accord ! » Sans doute ! Mais le fait d’agir dans cette direction permet de faire prendre conscience aux gens que l’on peut vivre mieux, dans une autre société, une société libertaire.

Enfin, un intervenant met le doigt sur le problème de l’accès à la prise de décision : comment faire évoluer la mentalité de consommateurs qu’ont la plupart des usagers vers une mentalité d’acteurs ? Cela ne se fera certes pas d’un coup de baguette magique, d’autant qu’en dehors de structures autogérées, tout est fait pour décourager ceux qui veulent s’impliquer (exemple dans l’éducation : les délégués de classe dont personne ne tient compte lors des conseils de classe). Mais c’est à force de sensibiliser le public à d’autres modes de décisions que ceux qu’il a toujours connus qu’on pourra faire évoluer les choses.

À la suite de cette soirée et pour que toutes ces discussions débouchent sur des actions et des propositions, nous avons appelé à la formation d’un collectif pour une conception libertaire des transports publics sur Strasbourg. Ce collectif se propose dans un premier temps d’engager un travail croisé de documentation et de réflexion sur la réalité des transports à Strasbourg par le biais notamment d’une enquête auprès des usagers et employés de la CTS (Compagnie des transports strasbourgeois). Cela dans le but d’avancer des revendications sur l’accès libre et gratuit aux transports et sur la participation de tous aux décisions.

Ce collectif cherche aussi à nouer des liens avec d’éventuels collectifs travaillant sur les mêmes ou du moins sur le même sujet, en France ou ailleurs.

groupe de Strasbourg

Contact : Collectif libertaire transport Strasbourg — FA c/o REMON BP35 67340 Ingwiller ou par e-mail : groupe-strasbourg@federation-anarchiste.org.


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