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articles du ML1233

du 22 au 28 février 2001
Le jeudi 22 février 2001.

https://web.archive.org/web/20031025130950/http://www.federation-anarchiste.org/ml/numeros/1233/index.html

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Droit du travail et handicap

À quand la fin de l’exploitation ?

L’affaire médiatisée d’Émile Louis, soupçonné d’au moins sept meurtres de handicapées de l’Yonne, est l’occasion de lever le voile sur la situation quotidienne des handicapés au travail et, dans des proportions moindres, de montrer clairement que dans le pays des droits de l’homme et des plus grandes révolutions, les populations fragilisées sont loin d’être respectées. Cette situation arrange beaucoup de monde. D’abord les entreprises faisant appel à cette main-d’œuvre, on l’aura compris. Les associations de tutelle ensuite, composées de parents de personnes handicapées estiment que leurs enfants, une fois admis dans les établissements protégés, ont la garantie d’avoir un minimum de revenus pour survivre ; il est vrai que l’on peut encore trouver des situations plus injustes et révoltantes.

Les DDASS qui financent les établissements, au nom de la maîtrise des coûts. La dotation globale attribuée ne permet plus aux établissements de faire face aux besoins, le remède est donc simple, il suffit de produire plus pour compenser le désengagement de plus en plus important de l’État. On voit ainsi souvent de véritables « managers » diriger les établissements et appliquer leur « savoir-faire » de chef d’entreprise. S’il existe un secteur de la vie économique et professionnelle qu’on remarque peu, c’est bien celui du travail « protégé ». À ce jour, il concerne près de 100 000 adultes, pour la plupart handicapés mentaux, regroupés dans des Centres d’aide par le travail (CAT).

Une main-d’œuvre docile et pas chère

Les entreprises préfèrent payer des cotisations à l’AGEFIPH (organisme chargé de collecter les cotisations des entreprises qui n’atteignent pas les 6 % d’emplois réservés aux personnes handicapées) plutôt que d’embaucher des travailleurs handicapés avec un vrai contrat de travail car c’est pour elles tout bénéf. La particularité des CAT est de se positionner souvent comme sous-traitants auprès de grands groupes industriels publics ou privés : EDF, France Télécom, Citroën, Pinault, Matra, Alcatel, Thomson, Canon et bien d’autres ont bien compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer de cette main-d’œuvre. Souvent sous mesure de tutelle, les travailleurs handicapés n’ont pas de statut de salariés. Ils ne peuvent donc pas utiliser les moyens de défense et de revendications classiques (syndicats, tribunal des prud’hommes ou administratif) ; le paradoxe est qu’à la légitime protection dont ils ont besoin, on les prive des droits les plus élémentaires de tout citoyen. Cette main-d’œuvre, maléable et docile, est devenue pour les entreprises les petites mains qu’elles allaient chercher dans le tiers monde. Les travailleurs handicapés dans les établissements reçoivent un salaire qui oscille entre 10 et 15 % du Smic, soit environ 750 FF, le reste de leurs revenus est composé d’allocations. Au total, cela représente 70 à 90 % du Smic, juste de quoi survivre et sans perspective que leur situation s’améliore.

C’est donc tout bénéf pour les entreprises, elles profitent d’une main-d’œuvre sous-payée, qui ne revendique pas, sans avoir à la gérer puisqu’elle dépend d’établissements sous tutelle de l’État, on retrouve le schéma classique : privatisation des profits et socialisation des coûts. N’allons pas croire qu’elles feraient preuve de tolérance pour autant. Les exigences de qualité, de délais sont de la même façon appliquées aux Centres d’Aide par le Travail (certains sont obligés de passer aux normes ISO pour satisfaire ces grands groupes industriels).

La fumisterie de l’intégration professionnelle

La course aux profits ne s’arrêtant jamais, ces entreprises font de plus en plus appel à des équipes de travailleurs handicapés qui viennent travailler au sein même de l’entreprise pour réduire les coûts de transport ; on appelle cela pompeusement des « prestations de service ». En fait, il s’agit tout simplement d’un travail intérimaire déguisé, à l’exception près que la législation du travail ne s’applique pas et que ces « missions » peuvent durer plusieurs mois, parfois des années sans que les travailleurs handicapés ne soient embauchés en CDI.

Les établissements de travail protégés développent ce type de service au nom de l’intégration sociale, même si un certain nombre d’handicapés reviennent de ces « missions de prestation » usés, brisés, lessivés par les cadences qui leur sont imposées, écœurés par le manque de considération et de respect.

L’intégration professionnelle des handicapés est trop souvent une fumisterie, basée avant tout sur une recherche de profits, et non sur la reconnaissance des besoins et des spécificités des handicapés. Ainsi, les chefs d’entreprise mettent en avant le manque de qualification et de fiabilité des personnes handicapées pour maintenir leur salaire au niveau d’une aumône. Pourtant, avec des formations et des aménagements de postes adaptés, les travailleurs handicapés sont aussi capables que n’importe quel autre travailleur et tout aussi assidus à leur travail (le taux d’absentéisme dans les CAT est de moins de 2 %).

L’égalité économique et sociale, même pour les handicapés, est la condition d’un changement de logique sociétaire, sans fric ni exploitation, ni gestionnaires de la misère.

F. Ledu. — groupe La Commune (Rennes)


Prends mon PARE dans ta gueule !

La Convention d’aide au retour à l’emploi passée entre le MEDEF, la CFDT, CFTC et la CGC avec l’agrément d’un gouvernement de gauche après maint refus pour des questions de gros sous a finalement accouché de deux futurs emmerdeurs. Le Plan d’aide au retour à l’emploi ou PARE consiste en un contrat à signer entre l’ASSEDIC et le/la privé-e d’emploi. L’équivalent avec l’ANPE s’appelle le Projet d’action personnalisée ou PAP.

Le caractère obligatoire

Vous, chômeurs/euses ne pourrez pas vous y soustraire à partir du 1er juillet 2001 si vous faites partie des 42 % indemnisé-e-s car « La signature du PARE entraîne le versement des allocations et l’accès aux services facilitant le retour à l’emploi. » Ce qui revient à accepter le chantage du retour à l’emploi à n’importe quel prix. Les chômeurs/euses ainsi que ceux et celles qui pourraient le devenir vont effectivement déguster la facture : flexibilité, annualisation du temps de travail, précarité, sanctions, flicage, fichage.

La privatisation du système d’entraide

Nous pouvons également critiquer la notion de contrat individuel qui remet en cause le droit collectif à l’indemnisation déjà attaqué en 1982 par un autre gouvernement de gauche sur le lien entre durée d’indemnisations et durée de cotisations. Actuellement, nous travaillons et nous percevons un salaire dont une partie est prélevée automatiquement pour financer l’assurance chômage. Pendant une période d’inactivité et si nous avons suffisamment travaillé, nous avons DROIT à un revenu de remplacement en fonction de notre salaire précédant. Cela s’appelle l’entraide. Avec le PARE, ce cas n’est plus et la condition supplémentaire est la signature de celui-ci.

Les aides aux employeurs

L’article 1er prévoit également des aides larges pour l’employeur. En effet, « le retour à l’emploi de salarié-e-s privé-e-s d’emploi rencontrant des difficultés particulières de réinsertion pourra être favorisé par l’attribution d’une aide dégressive à l’employeur d’une durée maximale de trois ans et dans la limite de la durée d’indemnisation selon des modalités définies par la Commission paritaire de l’assurance chômage ». C’est 40 % des droits ouverts par le/la privé-e d’emploi qui seront empochés par le patron la première année, sans obligation de conserver la personne au-delà de la première année ; 30 % la 2e année et 20 % la 3e année.

Nous pouvons ajouter à ces largesses économiques une baisse plus importante des cotisations sur les trois ans à venir que celles des salariés (63,79 % à 55,68 % pour le patronat). Ceci va renforcer la position de chasseur de super prime qui était déjà celle des patrons avant cette convention.

Le financement

Sur ce point, je pense que le gouvernement a fait une bonne affaire. En fait, le financement se fait sur le budget de l’UNEDIC avec une aide allant directement à l’État de 30 milliards de francs, « dans le strict respect de l’équilibre financier de la présente convention » (article 9). Pour information, le budget est excédentaire d’environ 100 Milliards grâce à la dégressivité de l’AUD (17 % tous les six mois instaurés par Notâche secrétaire général de la CFDT en 1992) et aussi la relance économique. Voilà comment un Jospin arrive à tirer son épingle du jeu. Cet argent va servir en partie à financer tous les chômeurs/euses qui ne seront plus indemnisés (e) s par l’ASSEDIC et qui vont dépendre de la solidarité collective. Le reste de cet argent pourra être utilisé pour renforcer les effectifs de répression pour garantir la paix sociale.

Les engagements

Article 1er de la convention : «  Dans ce dispositif, le demandeur d’emploi s’engage dans le cadre d’un projet d’action personnalisée signé avec l’ANPE et l’ASSEDIC, en fonction de son degré d’autonomie, à participer :
- à l’évaluation de ses capacités professionnelles,
- aux entretiens réguliers réalisés en vue d’un accompagnement personnalisé,
- aux actions définies en commun dans un projet d’action personnalisée (PAP), et notamment formation adaptation, qualifiante ou réorientation,
- à effectuer des actes positifs de recherche d’emploi.
 »
Les termes employés cachent les réalités de l’enjeu d’un tel projet.

D’abord, les capacités professionnelles signifient ce que nous sommes capables de faire dans le cadre d’un emploi et non ce pour quoi nous sommes qualifiés. Par exemple, quasiment tout le monde est capable de trier des boîtes mais peu de monde est qualifié pour opérer une appendicite. Cette nuance leur permettra de proposer des emplois sous-qualifiés sous peine de sanctions et finalement de modeler les privés d’emploi aux exigences du marché du travail.

Puis, lorsque la convention parle de qualifications professionnelles, celles-ci doivent être « validées » par des tests. Donc, il ne suffit plus d’avoir un diplôme pour que l’on nous reconnaisse une qualification.

La discrimination

La première distinction est faite entre les allocataires et les non-allocataires. Vous ne pourrez effectivement pas bénéficier des allocations de retour à l’emploi de l’ASSEDIC et des services de retour à l’emploi de l’ANPE si vous n’avez pas suffisamment travaillé.

La deuxième distinction se fera entre les « inemployables » et les « employables » ou considérés comme tels. La pression va donc s’accentuer sur ces derniers et les autres serviront de cheptel de main-d’œuvre pas chère grâce aux aides aux employeurs.

Le flicage

Dans les « employables », les entretiens approfondis vont servir dans un premier temps à différencier les simulateurs des vrais demandeurs/euses d’emploi. Puis, dans un deuxième temps, « à comparer ces éléments (les capacités professionnelles ou qualifications professionnelles validées) aux offres disponibles ou potentielles du marché du travail. » (article 14). Les agents ASSEDIC vont d’ailleurs assurer le suivi du dossier du/de la chômeur/euse dans le cadre du PAP « à intervalles de 2 à 4 semaines ». Enfin après un bon bilan, vient la vérification des actes positifs de recherche d’emploi, de l’implication réelle dans le retour à l’emploi, de la disponibilité et de la légitimité dans le cas d’un refus d’offre d’emploi.

Dans ce dernier cas, les agents ASSEDIC et conseillers/ères ANPE vont être chargé-e-s de juger si les emplois offerts sont « compatibles avec sa spécialité ou sa formation antérieure, ses possibilités de mobilité géographique compte tenu de sa situation personnelle et familiale et rétribués à un taux de salaire normalement pratiqué dans la profession et la région. » (article 11). Cette prose implique que nous ne sommes pas capables de juger de nos propres situations, que les conventions collectives ne seront plus appliquées pour les salaires mais des salaires « normalement pratiqués » et que le choix du lieu de travail n’est pas non plus un argument de refus.

De plus, au fur et à mesure du retour à l’emploi, les prétentions personnelles se réduiront comme une peau de chagrin.

Au-delà des 12 mois suivant la signature du PARE et dans la limite de la durée des droits, vient la période de reclassement ou encore appelé « projet de reconversion » (article 17). Nous savons bien qu’ils peuvent cacher n’importe quoi derrière ce genre de projet. Il se pourrait que par hasard ce genre de projet s’oriente vers des secteurs comme le bâtiment, la restauration, l’hôtellerie, l’agroalimentaire, l’agriculture. Tous ces secteurs dont les conditions de travail sont tellement lamentables que peu de monde s’y intéresse et nous les comprenons complètement. Mais je suis sûr que ce n’est pas un argument de refus.

La procédure de sanction

Un dossier sur le/la privé-e d’emploi est constitué auprès de l’ANPE et détenu par l’ASSEDIC. Pendant les examens effectués par l’ASSEDIC, les dossiers contenant des conclusions négatives dont les situations sont énumérées à l’article 19 sont envoyés au Service de contrôle de la recherche d’emploi. « Vichy quand tu nous tiens ».

D’ailleurs, « Le refus opposé, sans motif légitime, par l’allocataire, dans l’une des situations visées à l’article 19, peut entraîner l’exclusion temporaire ou définitive du revenu de remplacement. L’ASSEDIC instruit le dossier et propose à l’autorité administrative l’exclusion temporaire ou définitive du revenu de remplacement, ainsi que les éléments de fait lui permettant de statuer. » Si vous ne vous étiez pas déjà fait radier une dizaine de fois bien sûr.

Notre force est dans l’organisation

L’esclavage moderne accentué à l’extrême est à la portée du Patronat du point de vue des textes. Toutes ces attaques contre les régimes d’entraide et de solidarité salariale, les conventions collectives, le droit du travail sont dans l’ordre des choses. Le capitalisme veut se libérer de telles contraintes pour l’enrichissement des entreprises, des actionnaires, des politiques, de la France du CAC 40, de l’Union européenne des États ou du Monde entier de l’économie libérale. Ils doivent tous s’armer pour la nouvelle économie.

Mais… Nous ne sommes pas des machines à produire les richesses, des fourmis converties à la pensée unique et vouées au travail forcé. Nous avons un pouce préhenseur et bulbe encéphalo rachidien hyper développé. Nous sommes donc des êtres humains. Le travail n’est pas un but dans la vie ; il doit avoir une utilité sociale et c’est à nous de la définir. Vu que nous assurons la production des richesses, nous devons en bénéficier totalement et sans partage avec ceux qui spéculent sur le travail fourni.

Le contrat social est pourri par le fric et le profit ; il me paraît inutile d’attendre quelque chose des pouvoirs publics. Notre force est dans l’organisation et la résistance contre les oppresseurs et cela au-delà des clivages traditionnels entre les salarié-e-s, les chômeurs/euses, étudiant-e-s. Prenons notre vie en main.

Darwin. — groupe Francisco Ferrer (Lorient)

Sources : Journal officiel, CGT, FO, Le Monde libertaire, La Lettre des Syndicalistes libertaires.


Anarchisme et pratique révolutionnaire

Nous considérons comme importante l’invitation qui nous a été faite par les compagnes et compagnons de la Fédération anarchiste francophone pour animer une tournée de conférences en France, à l’occasion des élections municipales, qui se tiendront en mars 2001, afin d’y présenter l’expérience communaliste que nous menons depuis près de 10 ans à Spezzano Albanese, presque au fin fond de l’Italie (Calabre du nord). Ces réunions permettront la libre confrontation entre nous et les compagnes et compagnons transalpins et servira aux deux parties pour étoffer le bagage théorique et pratique nécessaire à notre lutte quotidienne contre les pouvoirs et pour une société fédéraliste libertaire, sans État, sans dieu et sans patron.

Dans cette brève introduction à notre expérience de Spezzano Albanese, je pense inutile de répéter ce que j’ai déjà traité dans les autres articles complétant celui-ci et qui seront publiés dans le Monde libertaire. Je vais me limiter à quelques constats.

Une expérience révolutionnaire mûrie dans le quotidien

L’anarchisme, en tant que mouvement social, est historiquement voué à la destruction de l’organisation sociale hiérarchique, pour laisser place à une société de femmes et d’hommes libres et égaux, organisés horizontalement. C’est en se basant sur ces principes, que le groupe anarchiste constitué aux débuts des années 70 à Spezzano Albanese a porté une grande attention aux problématiques sociales, réussissant aussi à s’implanter dans le tissu territorial pour créer une situation favorable à la naissance de la Fédération municipale de base.

Notre expérience n’est pas née d’une simple proposition idéologique de propagande ayant comme prétention de rassembler les « masses » locales sur les principes de la « bonne parole » anarchiste, ces mêmes masses étant prêtes à suivre la « vérité » d’une avant-garde révolutionnaire. Au contraire, celle-ci est née d’une expérience révolutionnaire mue par des principes idéologiques anarchistes, mûrie dans le quotidien, dans les conflits sociaux, aussi bien sur le terrain politique qu’économique. Cette expérience a toujours été proche des couches sociales démunies et des secteurs sociaux opprimés et exploités.

La FMB est donc une proposition complexe d’une société différente à construire ici et maintenant, dans l’espace de la commune. Elle tente de donner vie à des sphères politiques et non étatiques dans lesquelles les habitants, à la fois citoyens et travailleurs, refusent de déléguer au pouvoir politique (administration locale) et de mener des luttes, simplement revendicatives, contre le pouvoir économique. Au contraire, ils ne dédaignent pas de participer aux luttes sociales visant à garantir de meilleures conditions de vie aux plus pauvres et ils se font les promoteurs des pratiques libertaires sur tous les plans (politique, économique, culturel). La FMB veut donc construire graduellement et quotidiennement, en liant étroitement idée et pratique, l’embryon d’une société de libres et d’égaux que l’on retrouve au sein de l’expérience communaliste autogestionnaire.

Pas de simples pions, mais de véritables acteurs

Pour ceux qui continuent à faire référence au marxisme (malgré les démentis apportés par l’histoire) et au concept de dictature du prolétariat, il est logique de penser à une révolution (faite par les masses poussées par une situation objective et dirigée par une classe politique) capable de faire naître un nouvel État destiné à s’éteindre après une période transitoire, pour laisser la place au communisme.

Pour les anarchistes, il serait contradictoire de vouloir une révolution de ce type. L’anarchisme social affirme l’impossibilité de renvoyer la construction de rapports égalitaires à après une période révolutionnaire transitoire dirigée par un État ouvrier. Ils veulent une révolution où les exploités ne sont pas de simples pions mais de véritables acteurs. Celle-ci doit donc être quotidienne et doit servir de transition vers la société future. Il leur faut donc réfléchir à un gradualisme révolutionnaire qui, pas à pas, dans une dynamique conflictuelle, exproprie de ses fonctions le pouvoir économique et politique. Ceci doit se faire par la création de structures communalistes autogérées et autogestionnaires capables d’être l’embryon d’une société fédéraliste et libertaire.

Le communalisme, à travers l’expérience de la FMB, s’étend au district, créant des sympathies, de l’intérêt, de la critique de la part d’autres réalités autogestionnaires territoriales en Italie, en Europe ou ailleurs. Elle maintient le débat ouvert, en sachant qu’elle vit et travaille dans une réalité capitaliste qu’elle combat, ce qui l’amène à affronter des contradictions.

C’est de cette manière qu’elle veut vivre la pratique révolutionnaire à laquelle elle se réfère.

Domenico Liguori. — anarchiste de Spezzano Albanese, Italie


Gérons la ville nous-mêmes

Que personne ne décide à notre place ! Organisons la solidarité et l’entraide entre les habitants de nos communes contre les politicards et les affairistes. Demain, gérons nous-mêmes, directement, nos cités et notre travail. Supprimons les inégalités sociales et économiques.

Les principes de gestion directe communale telle que les libertaires la conçoivent sont clairs.
Ils supposent :
• Le fédéralisme, agent de coordination en remplacement de l’État, agent de coercition du système capitaliste.
• Des assemblées générales souveraines.
• Le mandatement impératif des délégués.
• La révocabilité des délégués élus.
• Des Comités de quartier et par thèmes transversaux (culture, éducation, transports…).
• Une socialisation des services avec des décisions prises par un collège comprenant : les usagers de ce service : les citoyens de la commune, les personnes travaillant à faire fonctionner ce service.

Gérer en commun une municipalité, alors que celle-ci conserverait ses structures étatiques et les inégalités économiques, consisterait pour les citoyens à gérer eux même leur propre asservissement, leur propre misère. Ce qui caractérise les structures étatiques ce sont :
• La hiérarchisation des responsabilités et des décisions
• L’assujettissement de tous à quelques-uns.
• Les inégalités sociales et économiques.
• L’existence d’une classe dirigeante privilégiée.

Demain, si, dans la commune gérée directement, il reste des différences économiques ou sociales, il se reconstituera une nouvelle classe dirigeante, qui défendra par tous les moyens ses privilèges.
Les anarchistes pensent, contrairement au marxistes avec leur période intermédiaire, qu’il faut supprimer immédiatement tous les privilèges de classe sans exception.
Nous ne pouvons pas nous contenter de dénoncer, de critiquer et d’émettre des principes, sans proposer des moyens concrets de mettre ces principes en œuvre :

Dès aujourd’hui nous nous battons, entre autres, pour :
• Les transports gratuits pour tous ;
• la gratuité de la santé de proximité ;
• Un accès libre et gratuit à tous les espaces et services culturels (bibliothèque, salles de réunion, de répétition…)
• La réquisition des logements vides et leur gestion directe par des représentants des habitants révocables.
• Le contrôle de tous les projets d’urbanisme par des comités transversaux et de quartiers révocables.

groupe Louise Michel


Vive la commune !

Les Éditions Alternative Libertaire et du Monde libertaire viennent de publier une brochure sur le municipalisme et le communalisme libertaires. Murray Bookchin nous invite à cultiver d’abondance le jardin du municipalisme, de l’associatif et du local, à l’arroser de pratiques et de valeurs libertaires, écologistes et fédéralistes, et, si le rapport de force construit par ces pratiques le permet, de ne pas hésiter à assumer (via une participation aux élections locales) la gestion de la commune y compris dans le cadre d’un système capitaliste.

Dans sa contribution, Paul Boino nous explique qu’il est de peu d’intérêt de gérer une commune dont l’imbrication, la dépendance (notamment financière) au canton, au département, à la région, au pays, à l’Europe… est telle que la marge de manœuvre avoisine l’insignifiance. En clair : à quoi bon exercer « le pouvoir » si ce « pouvoir » est sans consistance. Dans le même ordre d’idée, il nous rappelle que si l’autogestion politique (dans le cadre communal ou plus large) constitue un élément fondamental dans l’auto-formation des citoyens à l’autogestion, elle n’a de sens véritable que si elle va de pair avec une véritable autogestion économique et sociale.

Histoire d’accrocher ce débat à la réalité du terrain, nous avons ensuite demandé à nos camarades italiens de la Fédération municipale de base de Spezzano Albanese de nous faire part de leur pratiques. Pour conclure cette brochure, Marianne Enckell dans « Agitation communale ou municipalisme libertaire » nous brosse un bref tableau historique de la cohérence libertaire sur cette problématique.

Babar et Jean-Marc Raynaud

Le quartier, la commune, la ville… des espaces libertaires ! collectif, Éditions Alternative libertaire et du Monde libertaire, 52 p. 20 FF.


Fait d’hiver

José Bové, les moutons et le grand méchant loup

En temps ordinaire, quand une bande de malfrats fait un casse et que la maison Poulaga en attrape un ou deux, elle s’active pour essayer d’alpaguer les autres au plus vite.

Imaginons un instant que les malfrats en fuite veuillent se la jouer grand seigneur et que, par solidarité avec leurs potes embastillés, ils se fendent d’une bafouille aux flicards dans laquelle ils reconnaissent leur participation au casse et ... laissent leur adresse. Que croyez vous qu’il s’ensuive ?

José Bové et quelques uns de ses camarades de la Confédération paysanne viennent d’être jugés en appel pour avoir participé au démontage d’un McDo à Millau au motif de la mal-bouffe et, disons le, de la bonne cause. Ils reconnaissent les faits et revendiquent haut et clair la légitimité de leur action.

Plusieurs centaines de personnes ayant participé au démontage du Mc-Do ont écrit au procureur de la République pour l’informer qu’elles aussi avaient mis la main à la pâte et ont demandé à être inculpées comme leur camarade José Bové. Elles ont laissé leur adresse. Que croyez vous qu’il s’ensuivit ?

Le grand méchant loup de la criminalisation du mouvement social qui ne cherche qu’à faire des exemples ne leur a même pas répondu.

L’histoire est vraiment cruelle pour ceux et celles qui s’imaginent qu’avec un peu plus de droit et de citoyenneté, le capitalisme pourrait être moralisé.

Jean-Marc Raynaud


Luttes anti-incinérateurs

S’attaquer aux pollueurs, pas aux usagers

Le groupe du Gard-Vaucluse de la Fédération anarchiste pense que le traitement des ordures ménagères peut et doit se faire sans incinération, source de multiples nuisances. Ce choix est imposé par les intérêts industriels et cautionné par l’État. C’est sans doute le hasard qui fait qu’à Sète comme à Nîmes, Vivendi est derrière l’incinérateur : rien à voir avec les amitiés économiques entre le PC et l’ex-CGE.

Malgré l’opposition croissante de la population, les « décideurs », élus locaux, préfets et ministères, ne tiennent pas compte des arguments avancés par les opposants à l’incinération des ordures ménagères : coût croissant et élevé, multiplication des nuisances, dépassement des normes et non respect des réglementations, investissement lourd au détriment de l’organisation du tri-recyclage.

Les intérêts économiques supplantent ceux de la population

La pression financière de quelques gros groupes industriels, sous couvert de bureaux d’études loin d’être indépendants, fait que l’incinération est présentée comme la principale solution au traitement des ordures ménagères : entre l’argent et le service au public, le choix est vite fait.

D’autant plus que respecter l’intérêt de la population entraînerait à :
- remettre en cause le système de consommation à outrance (produits à renouvellement rapide, suremballés, maintenance minimum, etc.) ;
- forcer les industriels à une production favorisant le recyclage (consignes, produits biodégradables et recyclables) ;
- céder au consommateur-usager une part croissante du pouvoir de décision sur l’ensemble de l’économie et de la production et rogner sur les marges bénéficiaires des multinationales.

Se mobiliser contre le gaspillage et les nuisances

La lutte contre l’incinération des ordures ménagères met en évidence la nécessité de bousculer le système politique inféodé au profit économique : la démocratie n’est qu’une façade permettant à l’exploitation de l’homme par l’homme de se perpétuer. Même la façon actuelle de recycler est souvent contestable par la recherche d’une rentabilité maximum.

Polluer et dépolluer sont les deux faces d’un même processus productiviste, nécessaire à l’économie capitaliste.

C’est aux consommateurs-usagers de se mobiliser pour la réduction à la source et le recyclage des déchets et une remise en cause de la société de consommation pour agir sur les causes profondes de la prolifération des déchets : au quotidien en s’efforçant de maîtriser notre consommation (vigilance sur la qualité des produits, satisfaire ses besoins réels en résistant aux influences de la publicité et de la mode…) ; politiquement en faisant pression sur les industriels et les collectivités pour une production adaptée aux besoins et intérêts de la population (remise en cause du tout-jetable, d’Eco-emballage, de nombreux produits polluants).

Car si chacun doit trier ses déchets en vue de leur recyclage, ce sont les industriels qui les génèrent et qui doivent en assumer le suivi en respectant l’environnement ; collectivement en développant des services gérés directement par la population, sous forme d’associations (coopératives d’achat, de récupération et de recyclage, etc.) et par la recollectivisation de la gestion communale des déchets, confiée trop souvent aux appétits du privé.

Donner une autorisation d’exploitation au projet d’incinérateur de Saint-Cézaire, c’est engager pour de très longues années le traitement des déchets ménagers dans la voie du gaspillage et des nuisances. Ce choix est contraire à l’intérêt et à la santé de la population.

Groupe Gard-Vaucluse de la FA


Génome : philanthropie ou investissement à long terme

Les scientifiques sont heureux. Enfin, le matériau brut est extrait. Les lois de la maladie et de la dégénérescence sont à portée d’analyse. L’humain, une fois n’est pas coutume, est au seuil de sa propre compréhension. À la fois en mesure de connaître des causes de son mal et de prévenir, voire d’éradiquer les défauts cachés de sa structure génétique, l’homme tend à atteindre l’acmé de son bien-être. Quel qu’il soit !

Quels parents ne seraient pas prêts à tout perdre pour écarter définitivement les souffrances de la vie de leurs bambins ? Qui se plaindra de voir des familles royales sortir du déterminisme de leur mal ? Qui s’opposera à une ethnothérapie génique contre le sida ou le cancer ?

Faute de grives, on mange des merles. Les discours futurs des multinationales et des États (providence) endettés est déjà tout prêt. « Nous ne découvrons plus de nouveaux antibiotiques », « La chirurgie réparatrice coûte trop cher », « Soignez votre descendance », etc.

Que ce soit l’évolution démographique vers le vieillissement ou le “nécessaire” équilibre budgétaire de la sécurité sociale, les arguments modèlent déjà les priorités de recherche sur l’applicabilité de la thérapie génique.

Citoyens moyennement (peu ou pas) informés que nous sommes, nous envisageons ces découvertes avec les mots des médias : « ça va sauver des vies ». Tous, nous partageons la vie d’au moins une personne privée de santé et nous relayons passivement la nécessité d’un traitement. Nous présumons donc que les recherches tendent à cette fin.

Philanthropie ou investissement à long terme, la connaissance des rouages génétiques sera l’arme absolue de ce XXIe siècle. Certes, les médias se font l’écho d’un refus de commercialiser la « théorie », mais le silence est de règle quant aux coûts des différentes thérapies qui en émergeraient.

Achetant une thérapie contre la grippe, le cancer, la dépression, ou l’obésité, un dixième du monde pourrait se placer en marge, génétiquement parlant. Productivité oblige, les entreprises exigeraient dès lors le CV ad hoc, voire financeraient elles-mêmes la protection minimale des employés.

Jean-Louis Paquay (Bruxelles)
jlp@citoyen.com


Crise de foi

Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens !

Les moralistes religieux veillent. Ainsi, en Arabie, 15 000 poupées ont été retirées de la vente car elles avaient des formes, seins et fesses, trop marquées et suggestives. Le ministère du commerce a ainsi prévenu les magasins : « ne distribuez plus des objets qui égratignent l’innocence des enfants ». Au même moment, dans le même pays et au nom de la même religion et de sa charia, on apprend qu’il y a eu depuis le début de l’année, 64 personnes décapitées pour différentes causes dont l’apostasie. C’est-à-dire l’abandon de la foi religieuse. Cela ne heurtera pas l’innocence des enfants… au contraire des poupées. En Inde, ce ne sont pas les poupées qui posent problème mais les vaches car elles sont « sacrées ». Même si elles se transforment en poubelles. C’est ainsi que, 4 000 sacs plastique ont été retirés d’une vache par des vétérinaires. Celle-ci se nourrissait des détritus qui abondent tant dans ces villes paupérisées à souhait. En tout cas, la vache se porte bien, après quatre heures d’opération tout de même. Pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de se faire soigner, il reste une solution : se déguiser en vache « sacrée ».

En Afrique du Sud, le directeur d’une organisation évangélique, regroupant 196 écoles chrétiennes, à bien compris les messages bibliques qui stipulent ceci : « n’écartent pas des jeunes le châtiment… En les frappant du bâton, tu les sauveras du séjour des morts  » (proverbes 23,1 et 14). Celui-ci appliquait à la lettre les divines recommandations, malgré la loi de 1997 sur l’enseignement qui interdit les châtiments corporels. Fort de ses citations bibliques, il est allé demander à un juge le droit de frapper ses élèves. Le juge a rejeté sa demande en affirmant que certains passages bibliques ne sont plus adéquats et contreviennent à la loi et à la dignité humaine. Encore un bonne tradition qui fout le camp… En décapitant des êtres humains, en frappant des enfants, en sauvant une vache « sacrée », alors que des pauvres crèvent sans soins, certains osent encore affirmer que les religions sont bonnes pour le genre humain.

Régis Boussières. — groupe Kronstadt (Lyon)


FTP : Appel pour la libération de William Ferrari et Yves Peirat

Début février se tenait le procès des Francs Tireurs Partisans à Marseille. La justice les condamna lourdement, bien qu’ils n’aient commis que des dégâts matériels sur des locaux d’extrême droite. Voici la lettre du comité de soutien.

Au terme du procès (6 et 7 février) nous réaffirmons notre solidarité avec Yves Peirat et William Ferrari, et notre demande qu’ils sortent libres le 22 février, jour du verdict.

Nous sommes inquiets sur les conclusions sévères du réquisitoire (5 ans pour Yves, 18 mois assortis de sursis pour William). Ce réquisitoire bien qu’il reconnaisse la sincérité des convictions et des intentions des inculpés, reste lourd dans ses conclusions et ses conséquences. Toute condamnation qui donnerait le statut de victime à ceux qui ont armé, entre autre, les assassins d’Ibrahim Ali, serait démesurée. Il ne fait aucun doute qu’elle serait ressentie comme un encouragement par l’extrême droite.

Nous n’acceptons pas que soient renvoyés dos à dos les fascistes et les partisans de la démocratie ! Pendant le procès les témoins de la défense ont illustré le danger de la montée du fascisme. Durant l’audience, l’extrême droite fidèle à elle-même a étalé son plaidoyer révisionniste : La résistance vue comme une comédie dérisoire ; L’assassinat d’Ibrahim Ali comme un accident.

Sous couvert de responsabilité dans le cadre des lois républicaines qu’ils détournent en permanence à leur profit, FN et MNR, zélateurs de l’idéologie de l’exclusion, et leurs complices, n’ont aucune légitimité pour accuser ceux qui veulent les combattre.

Ces deux militants antifascistes ne doivent pas payer la mansuétude, les complaisances et les renoncements dont ont bénéficié Le Pen, Mégret et leurs acolytes dans leurs provocations incessantes et leurs appels permanents à la haine.

Comité de vigilance pour la libération et la défense de William Ferrari et Yves Peirat
e-mail : radiogalere@dial.oleane.com


Vite fait… bien fait

* Loi Évin génétiquement modifiée. Une entreprise de charcuterie du Finistère a licencié deux de ses salariés pour… avoir fumé une cigarette. L’un au WC, l’autre sur le parking de l’usine.

* Belgique. La Poste, Belgacom, Electrabel et Sabena (toutes entreprises publiques), ont annoncé la suppression de 16 000 emplois.

* Un saoudien a retardé de 30 minutes le décollage d’un avion civil en utilisant son téléphone portable. La justice de ce pays (allié et ami de la France et des États-Unis) l’a condamné à 70 coups de fouet.

* La mondialisation du capitalisme, c’est aussi ça. Un deuxième cas de vache folle a été confirmé en Italie.

* La carte des 30 000 gènes humains ayant été dressée, les laboratoires (privés et publics) se lancent dans la course au brevet. En l’état actuel des lois, à chaque fois qu’un labo démontrera la fonction d’un gène, il pourra déposer un brevet. Ce qui lui permettra de toucher des royalties sur toutes les applications qui pourraient être tirées de cette information. Pourquoi pas des brevets sur les notes de musique ?

* Profit = mort. La tri-thérapie a considérablement fait chuter le nombre de morts du sida… en occident du moins. Alors que les médicaments ne coûtent quasiment rien à produire, les industries pharmaceutiques facturent le traitement entre 10 000 et 15 000 dollars par an et par personne. Du coup, au niveau international 95 % des malades n’ont accès à aucun traitement, ce qui va engendrer à court terme la mort de 30 millions de personnes.

* Sans surprise. À peine élu, Bush junior, surnommé le serial killer texan vu le nombre record d’exécutions capitales qu’il a ordonné en tant que gouverneur, a commandé un raid aérien sur l’Irak. Résultat : deux personnes mortes et vingt autres blessées.

* Sidérurgie. Le groupe Usinor a enregistré un chiffre d’affaires consolidé de 15 733 millions d’euros en 2 000 soit une hausse de 18,7 % par rapport à l’année précédente. De combien ont été les augmentations de salaires durant cette période ?

* Censure. Le maire de Cléon (Seine-Maritime) a interdit un concert de rap qui devait avoir lieu vendredi 16 février dans une salle communale.

* Vatican. Une main anonyme a tenté de mettre le feu à l’arbre de Noël que Jörg Haider, leader de l’extrême droite autrichienne a offert au pape en décembre dernier. Mais pour une fois, il semblerait que José Bové n’y soit pour rien.

Envoyez vos brèves à monsieur.pol@wanadoo.fr


Les esclaves du Net

Rien ne semble aussi bien vu qu’un emploi dans le merveilleux monde d’Internet. Et pourtant, selon certains, les travailleurs du Web constituent de vrais esclaves. C’est ce que croit Bill Lessard, créateur du site NetSlaves (1), qui déboulonne ainsi le mythe de la nouvelle économie. Pour lui, la face cachée de la nouvelle économie représente tous ces travailleurs exploités et surchargés.

Après une fulgurante ascension, les entreprises Internet commencent à montrer des signes de faiblesse. L’indice de la Bourse américaine Nasdaq, dominée par les titres technologiques, a perdu environ 40 % de sa valeur entre le sommet atteint en mars dernier et aujourd’hui. De plus, le nombre de suppressions d’emplois dans ces entreprises annoncé en janvier dernier a atteint 12 828 postes aux États-Unis, une hausse de pas moins de 23 % par rapport au mois précédent. Visiblement, les « dotcoms » vivent une mauvaise passe. Qui en souffre le plus ? Si les entrepreneurs perdent une petite fortune, ce sont les travailleurs du Web qui écopent avant tout. Surchargés, surmenés ou sans emploi, ils vivent sur la corde raide.

Un rite comme exutoire ?

Bill Lessard, ce New-Yorkais de 34 ans, prétend avoir vécu l’enfer en travaillant dans le domaine du Web. Incapable de taire son malheur, Lessard a décidé de créer en 1998 un site intitulé NetSlaves, devenu aujourd’hui l’exutoire par excellence des laissés-pour-compte de la netéconomie. Ce site donne l’occasion à des travailleurs exténués comme Lessard de se défouler, dans le but de dénoncer les mauvaises conditions de travail des employés du Web, souvent camouflées derrière les performances et les promesses de la nouvelle économie. « Notre site est une façon d’aider les travailleurs et de leur accorder une tribune pour les sortir de leur malheur  », affirme Bill Lessard, dont le site subversif reçoit pas moins de 150 000 visites par semaine. De plus, durant les 18 premiers mois d’activités, ils ont recueilli plus de 1 000 témoignages de travailleurs « au bord du burn out » de partout à travers le monde.

Le mandat de NetSlaves est clair : dénoncer la prolifération d’emplois minables qui transforment les travailleurs du Web en prolétaires de l’ère numérique. Lessard et sa bande s’attaquent à une pléiade de problématiques : les tâches abêtissantes et répétitives, les horaires de travail exagérés, les salaires de crève-faim, les fausses promesses d’Internet, les fantasmes erronés de fortune instantanée, etc.

Remplacer la vie privée par le travail et le bureau

Pourtant, les entreprises du Net sont souvent considérées comme avant-gardistes à bien des égards. En particulier pour leurs relations avec les employés, qui sont souvent enviés et vus comme des privilégiés grâce aux conditions et aux cadeaux qui leur sont offerts.

Lessard ne les trouve-t-il pas chanceux d’avoir des cellulaires gratuits, par exemple ? « Les entreprises les équipent ainsi pour les joindre 24 heures sur 24, bouffer leur temps libre et les déranger en tout temps. » Que penser alors du déjeuner servi au bureau le matin ? « C’est pour que l’employé entre plus tôt et travaille plus d’heures. » Les jeux vidéo offerts en milieu de travail ? « C’est pour faire croire que le travail est toujours plaisant. » La permission d’emmener son chien au bureau ? « C’est pour que le travailleur n’ait plus de raison de retourner à la maison. » Rien n’y fait. Lessard est sceptique.

« En apparence, tout ça peut paraître positif, explique-t-il, mais il s’agit d’une technique spéciale des entreprises du Net. Elles ont l’air cool comme ça, mais elles veulent exploiter les gens. Elles veulent remplacer la vie intime et le domicile par le travail et le bureau. »

S’organiser pour mieux se défendre

Au même titre que les employeurs, Lessard estime que les travailleurs sont quand même eux aussi responsables de leur propre sort, puisqu’ils sont aveuglés par une industrie qu’ils ont surestimée. « Ils se comportent comme des gens prêts à accepter tout ce qu’on leur propose, affirme-t-il. L’impression d’intégrer une élite est d’ailleurs un incitatif important. En fait, c’est tellement devenu à la mode d’être un crack d’informatique que certains sont prêts à toutes les bassesses pour y arriver. Ce qui rend ces métiers attirants, c’est l’impression que tout est à inventer, l’espoir que l’on aura une carrière fulgurante. Dans ce secteur, tout le monde parie sur un futur glorieux. On se dit que c’est dur aujourd’hui, mais que demain sera meilleur et que la fortune viendra. De cette façon, les entreprises mentent aux gens, qui acceptent alors de travailler comme des fous. »

Malgré tout, les jeunes continuent à se lancer dans le domaine d’Internet. Jamais, d’ailleurs, des emplois dans des entreprises du Web ont été autant vantés. Parallèlement, les écoles et les formations se multiplient. Selon Lessard, cette frénésie cache un côté inquiétant.

Lessard refuse de croire qu’il se plaint pour rien. Il estime que les entreprises du Net exploitent les travailleurs en toute impunité et indifférence. Pour régler la situation, il propose de créer une union semblable à un syndicat ou un regroupement professionnel pour défendre les droits des travailleurs. « Il est temps de s’apercevoir que l’exploitation a assez duré, conclut-il. Si tout le monde se serre les coudes, les conditions s’amélioreront. »

Tommy Chouinard
(1) www.netslaves.com


Chronique anarcha-féministe

Avorton

C’est ce qu’on appelle une valeur éternelle, ce serait même une donnée « naturelle » parce qu’internationale : le ventre des femmes est propriété publique. Médecins, curés, politicien-nes ou magistrat-es, décident de ce qui doit se passer dans le ventre de personnes dont elles ne connaissent rien, au nom de « l’humanité », au nom des droits des hommes à décider de la reproduction in femello.

Il y a vie quand les maîtres le décident. Ce corps n’est pas ton corps, il sera chair à canons, à patrons, ou à embryons, si la loi du patriarcat te le dit.

Au nom de toutes ces femmes qui n’ont même jamais rêvé être quelqu’une, au nom de toutes celles qui n’ont jamais eu les armes pour se penser autrement qu’en outil de production, renvoyons tous les pères des nations ou des églises à la nullité de leurs fantasmes : une femme enceinte est toujours UNE personne, unique ; la vie humaine commence à la naissance et l’embryon n’est qu’une partie du corps de la femme, qui ne concerne qu’elle… Dans un monde sans sacré, les valeurs seront celles que nous choisirons : nous déclarons l’égalité des personnes, de la naissance à leur mort. Nous demandons que la société soit organisée pour donner « à chacun-e selon ses besoins », avortement libre et gratuit compris.

Au Texas, monsieur le gouverneur Bush a beaucoup tué, au nom de la loi. Il est vrai qu’il y avait beaucoup de noirs parmi eux, et même plusieurs handicapés mentaux : ils étaient déjà un peu moins égaux que les autres dans le droit à exister. Pour fêter sa victoire aux présidentielles, il a offert aux manifestant-es « pro-life » la suppression des subventions aux associations, nationales et internationales, soutenant la liberté de l’avortement.

C’est pas sa faute s’il confond pauvres et vers de terre, femmes et paillassons… C’est pas sa faute s’il a mal à la tête quand il entend parler d’égalité et de bonheur de vivre. Ses parents ont chopé le capitalisme dès les premiers mois de grossesse, et ont donné au monde (qui n’en demandait pas tant) cet être « mal fait », cet « animal n’ayant pas atteint un développement normal » dont nous parle Larousse. Un avorton.

Pimprenelle


Un quartier de Hambourg contre les nazis

Le 27 janvier dernier le quartier de Bramfeld, à Hambourg, est en effervescence. Christian Worch, figure de proue du mouvement national-socialiste a décidé avec ses acolytes de parader triomphalement dans les rues ce jour-là. Rappelons que le 27 janvier est la journée commémorative de toutes les victimes de l’Holocauste (1). Une marche antifasciste doit se dérouler le même jour malgré les tentatives infructueuses de refus des autorités. Finalement ces mêmes autorités proposeront à Worch de défiler le lendemain, 28 janvier.

Les nazis ont retenu pour leur défilé le parcours « historique » emprunté par les SA en 1933. Ces sections d’assaut avaient alors battu tous les sociaux démocrates et les communistes vivant le long du chemin, les contraignant par la force à distribuer des pamphlets nazis.

Le 27 janvier, environ 1000 manifestants antifascistes convergent en trois cortèges vers le point de rassemblement, parmi eux beaucoup d’enfants des écoles de Bramfeld. Rassemblement pacifique malgré les provocations policières dès le début : les cortèges défilent entre les fourches caudines des cars de police rangés tout le long du parcours.

Le 28 janvier, les antifascistes sont à nouveau rassemblés pour bloquer cette fois le défilé nazi. La place est gardée par une armada de policiers, des fourgons blindés et au moins huit canons à eau. Les « paniers à salade » attendent garés quelques rues plus loin. Les journaux du lendemain rapporteront que les policiers étaient venus de sept Länder au moins. Des barrages et des contrôles sont mis en place à tous les carrefours. On détourne la circulation automobile. On laisse passer les bus après avoir contrôlé les passagers. Le bus dans lequel nous nous trouvons ne peut passer, nous sommes trop nombreux, les flics n’apprécient pas. Le contrôle aux abords des villes est encore plus drastique. Un manifestant, handicapé en fauteuil roulant, nous dira avoir été contrôlé et fouillé à trois reprises par la police à la recherche d’armes. Les bus de la ville circulent plus facilement ; des centaines de manifestants réussissent ainsi à se rassembler à 200 mètres de la place où les nazis doivent parader. Foule bigarrée, cosmopolite, gens de tout âge, des élèves du quartier, des groupes politiques, des syndicalistes, des autonomes antifascistes, des anarchistes.

Quand la police protège les nazis

La police parvient à scinder cette foule en deux : environ 200 personnes à l’avant et pas moins de 500 à l’arrière d’un cordon de véhicules blindés.

On veut tenir bon jusqu’à l’arrivée des nazis, on veut que les 500 autres nous rejoignent. Des pourparlers s’engagent avec les forces de l’ordre. Ils nous enjoignent de débarrasser le plancher et nous repoussent finalement. Des personnes de 70 ans et plus tentent de parlementer, en vain. Un canon à eau se met en place à 100 mètres. Les trois sommations d’usage n’ont pas raison de notre détermination. Nous avançons, à l’arrière le bloc séparé tente une percée. Nous retardons ainsi l’arrivée des nazis sur la place. Nous apprendrons plus tard qu’à d’autres carrefours d’autres gens protestent.

On finit par atteindre une ruelle étroite dans laquelle les canons à eau ne peuvent s’engager tout près du point de rassemblement des fascistes. La police préfère demander aux nazis de se disperser pour leur sécurité. La marche qui devait se dérouler sur cinq ou six kilomètres est finalement stoppée au bout de trente minutes.

Cette fois-ci, les « Kameraden » (2) étaient venus en voitures particulières. D’habitude pour ce genre de rencontres ils affrètent des cars. Dans leur hâte de repli, sept ou huit d’entre eux, oubliés par leurs comparses, trouvent refuge auprès des flics pour échapper aux quelques centaines de contestataires qui traînent encore dans les parages.

Les journaux du lendemain parleront de 70 interpellations pour refus de se disperser. Le rassemblement nazi n’aurait quant à lui mobilisé que quelques 120 individus malgré une campagne massive dans le Nord de l’Allemagne. Worch a dores et déjà annoncé que ses troupes défileront tous les 27 du mois à Bramfeld. On l’attendra avec tous les honneurs ! No Pasaran !

Catkawin (F.d.A.) (Forum deutschsprachige AnarchistInnen-Forum des anarchistes de langue allemande)
[traduit par Martine-Lina Rieselfeld. Relations Internationales FA]

(1) Le camp de concentration d’Auschwitz avait été « libéré » le 27.01.1945 par l’armée soviétique. [ndt]
(2) Ce terme allemand ne revêt absolument pas la même signification que le mot « camarades » en français. Il sert aujourd’hui exclusivement à désigner les partisans de l’extrême droite. Un autre terme apparaît de plus en plus dans la presse libertaire ou contestataire pour nommer l’Allemagne : Grr-money » (Germany en anglais). On comprend immédiatement l’allusion. [ndt]


« Deutsche Stimme »

La « Voix Allemande » de son maître nazi

Depuis 1976, les éditions « Deutsche Stimme » publient le journal homonyme du NPD. On peut l’acheter dans la plupart des kiosque de gare. Ce journal mensuel développe le nationalisme, le racisme, l’antisémitisme le plus abject du NDP. On y propose du matériel nombreux et varié : du simple autocollant à la panoplie complète du parfait orateur, du parfum aux T-shirts, des CD aux vidéos.

D’abord établie à Sinningen (Bavière), « Deutsche Stimme » a déménagé à Riesa (Saxe). Au cours d’une perquisition à Sinningen en 1998, outre le matériel de propagande courant, la police a mis la main sur des armes. Le NPD s’est réjoui de l’établissement des éditions en Saxe. Très vite le local s’est transformé en centre de coordination et de siège du parti pour les élections régionales de septembre 1999. Ses ambitions ne s’arrêtent pas là : on prévoit un centre de gravure de CD et un commerce d’articles nazis.

On sait depuis longtemps que la vente de CD, de vêtements, de drapeaux représente une source de profit non négligeable pour le NPD. Le parti a mis en place son propre service d’ordre pour se protéger des assauts antifascistes mais aussi pour permettre l’expansion du NPD, pour faire de la « Mannheimer Strasse » une zone de « no-go-area », c’est-à-dire une zone interdite à toutes les personnes qui ne cadrent pas avec la vision du monde des néo-fascistes.

Martine-Lina Rieselfeld. — Relations Internationales

Source : Intérim, n° 517, janvier 2001.


NPD/JN : fer de lance du fascisme

En 1966/67, le NPD est présent dans 7 des 11 parlements régionaux. Il s’en faut de peu pour qu’aux élections du Bundestag en 1968 ils obtiennent les 5 % de voix nécessaires. Après cette période faste, le NPD perd peu à peu son aura pour finir en parti éparpillé. Les années 90 lui permettront de revenir sur le devant de la scène politique : l’interdiction de diverses organisations néo-nazies ou partis lui est profitable en 1994-1995 et depuis ce parti extrémiste de droite ne cesse de prendre de l’ampleur.

Le NPD/JN finit par jouer un rôle central dans le réseau fasciste. Il se présente comme un parti politique mais ne parvient pas à percer sur la scène parlementaire. Il est beaucoup plus actif dans le travail extra-parlementaire.

C’est le tremplin incontournable vers l’engagement militant. Le milieu fasciste utilise sa logistique et son statut légal de parti politique pour passer à l’action. Le rôle de l’organisation de jeunesse JN n’est pas négligeable. Dans les années 90, c’est elle qui tire de leur torpeur les adhérents inactifs, elle recrute des cadres parmi les organisations interdites, elle reformule les thèses national socialistes, renouvelle et modernise la structure. Elle donne un look nouveau à l’image traditionnelle et poussiéreuse du NPD. Le nombre des adhérents augmentent.

À cette structure organisée il faut ajouter les « Unabhängige Kameradschaften » (Unions indépendantes de « Kameraden ») qui se réfèrent plutôt à la symbolique et à l’idéologie national-socialiste. Ces unions recrutent leurs membres essentiellement dans le milieu « culturel » skinhead de droite.

Martine-Lina Rieselfeld. — Relations Internationales FA
Source : Intérim, n° 517, janvier 2001.

NPD : Nationaldemokratische Partei Deutschlands (Parti national-démocratique d’Allemagne)
JN : Junge Nationaldemokraten (Jeunes national-démocrates, organisation de jeunesse du NPD).


Bombardements en Irak : les États anglo-américains montrent leurs muscles

Il y a dix ans presque jour pour jour se terminait la guerre du Golfe. Il y a dix ans, la Fédération Anarchiste et de nombreux autres groupes politiques et syndicaux s’opposaient fermement à cette guerre raciste que menait avec d’autres puissances étrangères le gouvernement PS de l’époque. Parmi ceux qui, il y a dix ans ne mâchaient pas leurs mots pour dénoncer la corruption politique de cette action militaire, certains sont aujourd’hui, toute honte bue, dans un gouvernement avec ces mêmes socialistes. Certes, la France s’est finalement légèrement démarquée des actions de guerre contre l’Irak et mène une politique (un peu molle) en vue d’une évolution de la politique d’embargo imposée par Washington. Mais quand même…

Aujourd’hui, dix ans après, presque jour pour jour (il n’y a pas de hasard), les avions de chasse américains et britanniques viennent de bombarder Bagdad pour la première fois depuis deux ans.

Pourquoi ? et pourquoi maintenant ?

À l’époque, on pouvait lire sur nos affiches : « La guerre qu’on voit danser le long des golfes clairs a des reflets d’argent ». N’y avait-il que cela ? Des reflets salement politiques aussi, assurément. Ces nouveaux bombardements interviennent non seulement à une date anniversaire un rien symbolique, (10 ans) mais aussi à un moment où les États-Unis viennent de changer de Président dans des circonstances un peu rocambolesques, pour ne pas dire ridicules et que le nouveau président a besoin de marquer dans les esprits qui en douteraient qu’il est bien plus qu’un fils à papa : il est le fils de son papa. Que l’administration Bush suivra la même politique que l’administration Clinton et qu’il n’est pas question de changer de politique en matière de levée de l’embargo. Le message est clair.

Pour ce qui est des Britanniques, le message est clair vis à vis de l’Europe : la grande Bretagne est et reste un interlocuteur et un partenaire privilégié des États-Unis en Europe et que quand il faut choisir son camp, Londres ne saurait avoir aucun état d’âme. Les travaillistes au pouvoir sont sur les mêmes positions de défense que les gouvernements Thatcher ou Major, et l’amitié politique affichée entre Blair et Clinton n’empêchera pas une étroite entente avec Bush. Les crétins qui nous parlent à longueurs d’élections des vertus de l’alternance en démocratie seraient bien venus de nous expliquer leurs contradictions s’ils veulent éviter que l’abstention ne gagne encore du terrain…

Mais en termes d’allégeance et de démonstration (menace ?) publique de solidarité, on peut également noter que Tony Blair est attendu cette semaine aux États-Unis où il doit annoncer le soutien du Royaume-Uni au projet de guerre des étoiles que caresse Bush. Entre frères d’armes, comme on se comprend. Si on rajoute que ce même Tony Blair s’apprête à dissoudre la Chambre des Communes pour se faire réélire ce printemps et qu’un petit coup d’anti-Saddam n’est pas pour déplaire à la presse de droite, on a une vision à peu près complète du tableau.

À peu près complète seulement, car il manque au tableau les habitants d’une ville coincés entre un régime militaire et des régimes démocratiques lointains qui se servent tous d’eux et qui sont prêts à les sacrifier sur l’autel de leurs cuisines internes. Une autre de nos affiches il y a dix ans clamait : « Ce sont des salauds ». À nous non plus, notre position n’a pas bougée.

Vincent Tixier


Des livres sur la révolution russe

Nous, les anarchistes, la révolution russe nous passionne. Pour la première fois dans l’histoire moderne, si on excepte le bref printemps de 1871, les masses montaient à l’assaut du ciel, mettant à bas Dieu et l’État. Pour la première fois, nous étions au pied du mur : nous, nos anciens s’entend, pouvions détruire un monde et en édifier un autre. Nous le pouvions, autant dire que nous le devions.

Et, dans le sanglant échec qui a été le nôtre, nous pouvons, nous devons, aujourd’hui trouver des raisons d’espérer, malgré tout. Parce que la révolution, la grande révolution pour laquelle nous travaillons, est une suite de défaites couronnée d’une seule victoire, définitive. Parce que, Durruti le disait, le simple fait d’entamer un combat est déjà une victoire. Parce que chaque défaite nous rapproche du triomphe. Mais encore faut-il en tirer les leçons. Il se trouve, par chance, qu’un certain nombre d’ouvrages sur notre sujet sont parus, ou réédités, ces derniers mois.

La Russie libertaire

Alexandre Skirda, pour commencer, nous gratifie de son livre : Les Anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917. Il s’agit d’une compilation de plusieurs textes, d’auteurs variés, parmi lesquels Berkman, Rocker, Goldman. L’ensemble nous présente un tableau passionnant, riche en nuances, de l’activité des libertaires pendant ces années de tourmente. On trouvera d’un égal intérêt la première partie, ou Skirda explore les profondeurs de cette « Russie libertaire », et découvre grâce à une étude très bien documentée les racines historiques de la liberté et de la démocratie russe. L’ouvrage est si touffu qu’il faudrait y consacrer un article complet. Bornons-nous à signaler que le même Alexandre Skirda a commis également Nestor Makhno, le cosaque libertaire, 1888-1934, ouvrage de base sur la vie de ce grand révolutionnaire anarchiste.

Justement, pour qui s’intéresse à l’épopée révolutionnaire dans ce que les centralisateurs bolcheviks appelaient « le sud de la Russie », le texte de référence, indisponible depuis bien trop longtemps ressort, et plutôt deux fois qu’une. En effet, sous deux titres, La Makhnovchtchina et L’Histoire du mouvement makhnoviste c’est l’œuvre magistrale d’Archinov que nous proposent respectivement Spartacus et Ressouvenances. Le premier est un peu plus complet, avec la préface de Voline, le second est un peu plus beau, en fac-similé d’une édition plus ancienne. Dans les deux cas, c’est un livre qu’on ne lâche pas, chaque page aussi intéressante que la précédente. En fait, c’est à ma connaissance le seul témoignage complet disponible. Le souffle de l’épopée ne doit pas nous faire oublier le fonds social de cette révolution. Et c’est peut-être là que l’ouvrage est faible. La figure du Batko y est grandie un peu trop, la puissance du mouvement de masse spontané estompée un peu trop. On lira l’avis de Voline dans La Révolution inconnue comme un correctif utile. Pourtant, c’est pour nous l’occasion d’une méditation sur l’interaction entre les militants et les mouvements sociaux de fond, méditation qui ne saurait manquer d’avoir des conséquences positives sur notre activité.

Tambov : une rébellion mal connue

Un autre livre nous aidera utilement dans cette réflexion : L’Insurrection paysanne de la région de Tambov, de J-L. Van Regemorter. Ici, pas d’anarchistes, mais des socialistes-révolutionnaires. Nous sommes en 1919-1921, dans une grande région agricole au sud-est de Moscou, qui va se soulever contre les réquisitions et la conscription. Nous prenons connaissance de la situation au travers de documents d’archives, ceux de la police bolchevique, les proclamations des insurgés, etc. Il est donc assez difficile de se faire une idée claire de la situation sociale, puisque nous ne disposons que de la propagande des uns et des autres. Affreux koulaks ou vaillants démocrates socialistes ? Gardiens de la Révolution ou assassins à la solde d’un pouvoir déjà totalitaire ? La question reste ouverte. Nous trouvons pourtant des documents très intéressants sur la décomposition de l’armée, sur la répression mise en œuvre par l’État qui se reconstruit… Plus largement, en étudiant cette rébellion peu connue, on pourra se faire une idée certainement plus juste de la situation en Russie dans les années de révolution. On comprendra mieux ainsi les choix faits par les libertaires, on évaluera mieux la justesse plus ou moins grande de leurs tactiques. Il est utile aussi de mettre en résonance ces événements et ceux d’Ukraine, pour appréhender mieux le rôle joué par les anarchistes, pour en cerner mieux l’ampleur et les limites.

Signalons pour terminer La Grande mêlée des utopies, bel album par son iconographie, sans grand intérêt pour celui ou celle qui connaît la question, et l’avant-dernier numéro des Temps maudits, revue de la CNT, qui dresse un panorama instructif sur l’état du mouvement anarcho-syndicaliste actuel dans l’ex-URSS.

Tous ces livres nous instruisent. Ils nous instruisent des combats du passé, et ils nous instruisent des luttes féroces du futur. Ils nous montrent la route effarante qui de débâcles en écrasements, de prisons en exécutions nous amène au triomphe de notre idéal. Rêver de barricades et de guerre civile est peut-être lamentable. Prétendre que les puissants et les partisans de l’État se laisseront dépouiller sans rien faire et verront grandir un mouvement anarchiste sans lui porter des coups terribles, c’est ignorer un siècle et demi d’histoire.

Croire que la défaite est la preuve de l’incapacité est stupide. Nier que les puissants préparent tous les jours la guerre civile contre les exploités en révolte est complaisant. Croire que la révolution sera le fait des anarchistes, et qu’ils peuvent en tracer les plans par une organisation minutieuse est présomptueux. Négliger la spontanéité créatrice des prolétaires insurgés est pusillanime. Croire que le temps de paix est la règle, c’est s’aveugler. De cela, ces livres nous instruisent aussi.

Anarchistes, nous détestons la guerre. Pourtant, nous ne nous déroberons pas aux épreuves de l’avenir. Nous les désirons même, comme autant de pas vers notre grand but. Nous avons peur, peut-être, quand nous y pensons. Mais nous ne nous déroberons pas. Et viendra le temps des victoires.

Max Lhourson. — groupe d’Ivry

Alexandre Skirda, Les Anarchistes russes, les soviets et la révolution de 1917, Les éditions de Paris Max Chaleil, 125 FF.
Alexandre Skirda, Nestor Makhno, le cosaque libertaire, 1888-1934, Les éditions de Paris Max Chaleil, 135 FF.
Jean-Louis Van Regemorter, L’Insurrection paysanne de la région de Tambov, éd. Ressouvenances, 120 FF.
Archinov, L’Histoire du mouvement makhnoviste, Ressouvenances, 130 FF.
Piotr Archinov, La Makhnovchtchina, éd. Spartacus, 130 FF.
Régis Gayraud, La Grande mêlée des utopies : la Russie libertaire, 1905-1921, éd. Nautilus, 90 FF.
Les Temps maudits, n° 8, 30 FF.


Gaston Couté chante encore… Bruno Daraquy aussi

Pour ceux et celles qui, comme moi, ont découvert les textes et l’univers de Gaston Couté (1880-1911) à l’époque de la grande réédition de ses œuvres par « Le Vent du ch’min », et les grandes interprétations de Bernard Meulien, ou celles de Gérard Pierron qui a composé de superbes mélodies autour des mots du poète libertaire, ou encore les spectacles de Claude Antonini ou de l’ami Vania rendant hommage, chacune et chacun, au bonhomme, il est sans doute un peu difficile de revoir le tout sous une musique nouvelle et une interprétation de plus… Et pourtant…

Jacques-Ivan Duschesne est pour moi un immense artisan de la composition et de l’orchestration. L’année passé, il a accepté l’idée et la demande de Bruno Daraquy, comédien, chanteur, régisseur, animateur culturel et enfin fraternel agitateur anar, d’habiller de nouvelles notes les mots de Couté.

Quel bonheur… La visite musicale de cet écrivain du peuple patoisant de Beauce par ce compositeur de Wallonie est une merveille de subtilité et de respect. Quant à Daraquy, le respect du poète paysan engagé vient de loin… Il chante à voix fragile les duretés de la vie des petites gens du début du vingtième siècle, il souffle les petits bonheurs et les grosses tristesses des personnages réels de Couté…

Et c’est une douceur qui plante un décor terrible, celui du peuple d’avant la guerre de 1914 : l’absinthe ravageuse, le travail harassant, les mômes de pauvres condamnés à la pauvreté à perpète ou au bagne, la conscription des corps et des cerveaux (prostitution des jeunes paysannes ou celle des jeunes paysans soldats), les naufrages de la vieillesse, les paradoxes de la vie et de la mort, la grande farandole des hommes et des femmes du petit peuple, bêtes de somme, bêtes de bordel, bêtes à canon… C’était hier matin et la journée n’est pas terminée.

Écoutez Daraquy dire les mots de Couté et chanter les musiques de Duchesne, sur disque et sur scène. Un régal.

Serge Utgé-Royo

Les Absynthes. Bruno Daraquy chante Gaston Couté. CD 12 titres. En vente à la librairie du Monde libertaire (145, rue Amelot, 75011 Paris). 126 FF (139 FF avec port).


CD

Pfff !... voilà W5 !

Voila un petit disque bien sympa : c’est Pfff .. de W5 !. Rigolo, non ? À part ça, c’est vraiment très bien. C’est paraît-il du ska-punk, ce que je ne demande qu’à croire. Sur scène, sûrement, c’en est. Sur CD, c’est plus soft, plutôt reggae-rock, mais très bien quand même. Les textes sont… très biens, revendicatifs, radicaux et tout, on joue à cache-cache avec les contrôleurs et les flics. En plus le disque est dédicacé à tous les antifascistes, ça fait plaisir à un tas de monde. C’est un premier album, un autre doit suivre, et c’est tant mieux, parce que c’est prometteur ! On doit les voire en concert dans le sud-est ces temps-ci, et ils distribuent une petite feuille au nom étrange. Des genre de skactivistes, quoi. On peut se procurer l’opus à la librairie du Monde libertaire pour 72 FF. (CD 5 titres), ou par correspondance moins cher directement auprès d’eux. Le jeu consiste à les trouver.

Max « Kingston » Lhourson. — groupe d’Ivry


Bové Pride à Montpellier

Après celle du 8 février, la manifestation du 16 revêtait une importance particulière pour tester les soutiens des syndicalistes paysans qui passaient en procès. Époque du carnaval aidant, les organisateurs avaient prévus d’en faire un moment de fête. À cet effet, talents artistiques et chars musicaux avaient été sollicités en nombre. Il avait été dit que cette manifestation devait être plus festive que politique et le temps, magnifique, appuyait cette démarche.

C’est donc vers 15 heures que le cortège s’élance avec à sa tête les inculpés, leurs témoins et les défenseurs, encerclés d’une chaine humaine habillée de tee-shirts jaunes et des photographes tout autour. Devant eux, une fanfare. Puis vinrent les cortèges : la Confédération paysanne bien sûr, suivie par l’association Attac. Ici ou là, on entend crier « tous avec José, contre McDo ». Puis c’est l’heure de l’interminable cortège des syndicats Sud qui ont incontestablement réalisé la meilleure mobilisation de cette journée.

Signalons que les syndicats (CGT, FSU…) ne comptaient que des présences symboliques en regard de leur force réelle, et les partis politiques apparaissent maigrement en regard de la représentation médiatique dont ils bénéficient : PCF, les Verts, la LCR.

La manifestation de près de 15 000 personnes est entrecoupée des chars de carnaval, et n’a pas de contenu revendicatif : l’atonie le dispute à la joie de se promener sous le soleil. Puis c’est le cortège libertaire qui se fait entendre (« Gauche plurielle, valet du capital »), rompant, par son atmosphère et son dynamisme, l’ambiance tranquille qui règne. Car nous ne défilerons pas au son des flonflons pendant que l’on juge des syndicalistes paysans ou nos camarades arrêtés à Nice. CNT en tête suivie du cortège de la Fédération anarchiste, ce sont 500 personnes qui partagent nos inquiétudes et notre solidarité avec tous ceux et celles qui sont confrontés à la force légale du capital et de l’État. Notre portion de la manifestation est la seule réellement vindicative de cette « Bové Pride » qui alimente le phénomène Bové en donnant dans la personnalisation de la lutte. En queue de manifestation, il faut remarquer la présence énorme de personnes qui ne défilent derrière aucune banderole. Mais qui ne sont pas insensibles aux tracts que nous leur présentons et qui parfois viennent acheter notre journal.

Il faut souligner que la réussite de notre présence s’appuyait sur deux idées forces : affirmer un anticapitalisme libertaire et offensif, dénoncer la répression contre des militants. Elle a été facilitée par la présence active de camarades fédérés de toute la région (1) se mêlant à un public qui s’élargit, de plus en plus réceptif à notre démarche.

Daniel. — groupe Gard-Vaucluse

(1) ils étaient du Gers, de l’Ardèche, du Vaucluse, du Var, de Lyon, Saint-Étienne, Perpignan, Gard, Toulouse, Aude…


Semaine libertaire à Dijon : agir au lieu d’élire !

Samedi 3 mars
Concert emo-pop-ska-punk aux Tanneries avec Goofball (pop énergique féminine) ; Lack of reason (émo-pop-core féminin) ; Motocross (ska-hardcore-clowneries-déjantées-rigolottes-festives, plus rapides et plus fun que la lumière !)
Dimanche 4 et lundi 5
À partir de 14 h aux Tanneries : ateliers de préparation des actions, fêtes et manifestations, ateliers juridiques, diffusion de tracts et informations sur la ville. 19 h aux Tanneries : Conférence de presse et présentation de la semaine.
Mardi 6
Action de solidarité anticapitaliste contre le « Plan Colombie ». À 17 h, rencontre à la FAC sur l’Éducation libertaire avec des militant-e-s de structures éducatives alternatives.
Mercredi 7
L’infoshop (kiosque alternatif de livres, disques, brochures et autres productions indépendantes et non-profit) s’ouvrira au Local libertaire de 15 h à 19 h pour une après-midi thé-café-lecture. À partir de 20 h, l’Anarchist Black Cross de Dijon (réseau international de soutien aux prisonnier-e-s et engagé plus généralement dans la lutte contre l’incarcération) proposera un restaurant suivi d’une projection vidéo sur les prisonnier-e-s politiques au Local libertaire.
Jeudi 8
À partir 10 h en fac de Lettres puis à partir de 15 heures place du Bareuzai aura lieu une table de presse féministe. Puis à partir de 19 h à la Courdémone, apéro-sandwiches-documentaires et débat sur les luttes des femmes.
Vendredi 9
Journée consacrée aux squats, avec des actions contre les expulsions. À 20 h au Pamplemousse : vidéos, exposition et débat sur le thème des squats.
Samedi 10
À partir de 15 h au centre-ville, aura lieu une bouffe populaire pour une ville autogérée et une reprise de la rue. « Ya bien mieux à faire ensemble que d’aller voter ». Chacun-e peut apporter de quoi manger, boire, faire la fête et discuter. À 19 h précises : conférence-débat proposée par le groupe libertaire dijonnais sur le communalisme libertaire et une présentation des Tanneries en tant que projet culturel, social et politique autogéré en milieu urbain. L’entrée sera à prix libre. La soirée continuera aux Tanneries avec un concert ska organisé par le SCALP Dijon, pour 20 francs et à partir de 20 h : UW5 (ska-core de Grenoble) ; Spartak Syrkus (musiques de l’est revisitées et remixées avec plein d’autres choses - Grenoble) ; Chicken’s call (ska et punk) ; Robotnicka (emo-pop-core de Dijon)
Dimanche 11 mars
À partir de 14 h auront lieu des expos, performances artistiques et un bar au squat occupé par le Collectif n° 6.
Exceptés les deux concerts (20 FF), tout est gratuit ou à prix libre.
Adresses : La Courdémone, 15 cours du Parc, Dijon ; Le Pamplemousse, 18 du Midi, Dijon ; L’Espace autogéré des Tanneries, 13-15-17 bd de Chicago, Dijon ; Le Collectif N° 6, 6 rue de Longvic, Dijon ; Le Local Libertaire, 61 rue Jeannin, Dijon.

Renseignements : 06-11-297-406
Site oueb : http://www.chez.com/maloka


Unité d’action à Alès

À l’appel du syndicat CNT-AIT d’Alès, plusieurs composantes du mouvement libertaire régional (CNT-AIT de Marseille, Montpellier, Avignon, CNT-V de Lozère, Fédération anarchiste du Gard-Vaucluse) se sont déplacées le mardi 23 janvier 2001 à 9 heures devant la bourse du travail : il s’agissait d’appuyer leur revendication d’obtenir un local ainsi qu’une boite aux lettres auprès du Conseil d’administration de la Bourse du travail. À leur première demande, ce Conseil leur avait opposé un veto, arguant un manque de place, alors même que 5 syndicats s’y partagent actuellement environs 25 bureaux !

En prévision de ce rassemblement, la direction locale de la CGT avait appelé ses adhérents à se réunir dès 8 h 30 devant la bourse du travail, pour s’opposer aux « provocations » que la CNT-AIT, syndicat anarcho-syndicaliste ne manquerait pas, selon elle, de créer. Las, les camarades cégétistes semblent avoir considérés qu’il s’agissait plus d’une provocation de leur direction que celle d’un syndicat dont ils connaissent pas mal de membres : personne n’est venu s’opposer au rassemblement d’une trentaine de militants. Fort dépité, le Conseil d’Administration a proposé dès 9 h 30 de recevoir en fin de matinée une délégation de la CNT-AIT du Gard pour négocier. Plus qu’une délégation, c’est la quasi majorité du syndicat qui se retrouvait face au CA, pour ressortir 30 minutes plus tard « avec une boite aux lettre », mais toujours pas de local permanent. Une partie de ping-pong s’instaurait dès lors officiellement entre la mairie et le Conseil d’administration : ce dernier proposant de soutenir une demande éventuelle de la CNT-AIT d’agrandissement des locaux de la Bourse à la Mairie ; celle-ci répondant par ailleurs « débrouillez-vous avec le CA » pour le partage des bureaux.

Le syndicat du Gard se retrouvait donc face à une volonté conjointe d’être « instrumentalisé » dans un conflit qui se déplacerait sur un terrain politique.

C’est donc conscient de ce risque qu’en début d’après-midi, une Assemblée générale a conduit à prendre la décision de poursuivre cette lutte jusqu’au bout : le mardi suivant, une opération « bidonville, banlieue de la Bourse du Travail » rassemblait le syndicat CNT-AIT du Gard ainsi que le « syndicat Interco 48 ». Palettes et matériel de récupération assemblés ont vite constitué le « local provisoire de la CNT-AIT en attendant d’être à l’intérieur », face à la Bourse. Fort du soutien de nombreux syndicalistes, cette action devrait se poursuivre jusqu’à l’obtention de leur revendication.

Rémy. — groupe Gard-Vaucluse


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