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éditorial du n° 1616

Le jeudi 9 décembre 2010.

Le comité de rédaction du Monde libertaire est profondément vexé. Il n’a pas été choisi pour collaborer, aux côtés du New York Times, du Guardian, d’El País et du Spiegel, avec le site internet WikiLeaks pour contrôler la publication des désormais fameuses notes diplomatiques pêchées numériquement dans toutes les ambassades étatsuniennes. Notre bon vieux journal était pourtant le collaborateur idéal étant données ses aspirations à révéler la face cachée du pouvoir. Et son service de renseignements d’échelle internationale capable de vérifier toutes les informations. Laissons donc ce contrôle aux grands noms de la presse de l’ordre établi occidental. Il s’agit en effet de contrôle puisqu’ils retiennent l’information tant qu’elle n’a pas été «  analysée  » par leurs soins. Sur le quart de million de messages, seules trois petites centaines ont pour l’instant été dévoilées. On nous assure que c’est au nom de la vérification des faits et de la protection des personnes citées. On parie combien que, sous la pression des gouvernements, les grands quotidiens évitent les sujets vraiment gênants et ne choisissent que les potins sur les personnalités politiques en vue dans leurs pays respectifs parce que leur lectorat est consommateur de ce genre de futilités. À ces potins s’ajoutent des informations qui ne sont pas des scoops sur les sujets diplomatiques à la mode comme la situation de l’Iran ou de la Corée du Nord. Loin d’être une crise majeure et historique pour la diplomatie internationale, ces fuites sont en premier lieu une aubaine pour tous les groupes de presse du monde. Et comme la stratégie du bouc émissaire est reconnue d’utilité publique par nos chers gouvernants, la chasse est lancée contre le fondateur du site WikiLeaks, Julian Assange. Deuxième manne pour pas mal de journaleux : de petits romans d’espionnage à deux francs sont écrits, entre deux révélations sur la vie sexuelle de cet Australien poursuivi. Mieux, l’origine des fuites, un soldat américain ayant travaillé dans le renseignement en Irak, a aussi vu toute sa vie privée étalée sur la place publique. Autour de ces pseudo-révélations apparaissent des «  débats  » – au sens où l’entendent les acteurs du secteur médiatico-économique – sur la liberté de la presse. Questions tout à fait déplacées puisqu’en l’occurrence la presse n’est pas libre et ne semble pas chercher à l’être. Ce qu’on ne lit pas, ce qu’on n’entend pas, ce sont des questions sur les motivations cachées derrière des conflits armés, derrière des opérations de manipulation du public, derrière des poignées de mains et des sourires entre grands de ce monde. Scoops, pressions, sélection de l’information, argent, pouvoir. Ce qui aurait pu être révélé des coulisses du spectacle a été mis en spectacle.


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