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Après 40 ans d’existence, cessation des activités du Planning Familial de Rouen et de Saint-Étienne du Rouvray !

Le jeudi 19 avril 2001.

En novembre 2000, nous vous avions informé d’un mouvement de grève de salarié-e-s du Planning Familial, dû à l’état financier alarmant de ce dernier et des menaces de licenciements envers ceux-ci. Aujourd’hui, c’est chose faite ! Le Planning Familial licencie quinze personnes (conseillères conjugales, médecins, infirmière, secrétaire, comptable, femme de ménage) et va mettre la clé sous la porte, le bail du local de Rouen est résilié. Un comité de soutien s’est formé. Il considère ces fermetures comme une catastrophe car la disparition du Planning représente pour les femmes et les jeunes la perte d’un lieu d’écoute, de parole, de libre exercice de leurs droits pour un accès à la santé et à l’information.

Interview de Sylviane, salariée vacataire du Planning depuis dix ans.



Le Monde libertaire : Quelles sont les activités quotidiennes et militantes qui caractérisent le Planning Familial sur les deux centres de l’agglomération rouennaise ?
Sylviane :
Le Planning familial est indispensable pour les femmes et les jeunes de la région rouennaise parce qu’il couvre des activités très larges et très importantes. Ainsi, les centres de consultations de Saint-Étienne du Rouvray et de Rouen qui vont fermer prochainement, ont, en 1999, (chiffres dont on peut disposer), réalisé plus de 2 000 onsultations médicales de contraception. Mais ils ont assuré aussi la délivrance de la pilule du lendemain (600 prescriptions en 1999), sans compter les entretiens préalables à l’IVG (530 entretiens réalisés en 1999), sans oublier la distribution de test de grossesse (800 prescrits en 99) et enfin les entretiens divers : conseil conjugal, viol-violence, relations parents/enfants, conseils juridiques (600 entretiens en 1999). Les activités sont aussi tournées vers l’extérieur par des interventions en direction des collèges et lycées.

ML : Peux-tu nous dépeindre de manière synthétique les causes et les raisons du conflit, ce qui aboutit, au final, à la fermeture des deux centres ?
S :
Les conflits au sein du Planning de l’agglomération rouennaise perdurent depuis très — on peut même dire trop — longtemps et ils n’ont malheureusement pas été résolus en temps. Ils sont liés à des divergences de points de vue sur la politique du Planning et ses modes d’intervention. Se sont aussi greffés des conflits de personnalités, des rivalités de personnes, des tiraillements entre le centre de Rouen et celui de Saint-Étienne du Rouvray. On ne peut pas faire abstraction des difficultés financières, liées peut-être à des erreurs de gestion, ou à de mauvaises appréciations. Par exemple, la constitution d’une provision pour acheter un local, a été dénoncée et utilisée par la DDS (Direction Départementale de la Solidarité — conseil général) pour diminuer sa subvention (plus de 80 % du budget). Moins de subventions font moins d’activités, et moins d’activités font moins de subventions, la spirale infernale a été déclenchée. Pour finir, le pouvoir exorbitant du Conseil d’administration empêche une relation équilibrée avec les salarié-e-s. La mauvaise passation de pouvoir entre l’ancienne majorité du CA et la nouvelle, qui s’est faite dans la douleur, n’a pas arrangé les choses et a exacerbé les tensions.

ML : Penses-tu que le soutien du monde associatif et syndical a été et est à la hauteur des enjeux ?
S :
Les politiques et les syndicats de manière générale se sont peu investis sur ce problème. Il faut dire que la complexité de la situation les a empêché de prendre clairement position et surtout d’apporter des solutions.

ML : Après la fermeture, si hélas on ne pouvait l’éviter, quelles structures peuvent accompagner et accueillir les « ex-bénéficiaires » du Planning ?
S :
Il y a pourtant une nécessité absolue de maintenir les centres d’orthogénie du Planning, car les centres de planification du CHU (Centre Hospitalier Universitaire) et de la maternité du Belvédère ne sont pas en mesure d’accueillir correctement le public concerné ni de répondre aux besoins des femmes et des jeunes.

ML : Un comité de soutien a été formé. Que pouvons-nous en attendre et quelles perspectives nous sont offertes ?
S :
D’abord, populariser et faire connaître la situation et ses conséquences pour les femmes et les jeunes. On peut aussi espérer du comité de soutien des propositions pour recréer une nouvelle dynamique avec la participation d’un maximum de jeunes et de militants de tous horizons, prêts à s’investir dans cette lourde tâche. Le comité, pour concrétiser cela, invite à une réunion publique, le jeudi 3 mai à 20 h 30, à la MJC de Rouen-Rive gauche.

Propos recueillis par Guy et Éric — Groupe de Rouen





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