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éditorial du n° 1201

Le jeudi 13 avril 2000.

288 « écrivains » viennent de signer une pétition contre le prêt gratuit. Auteurs et éditeurs partent en guerre contre les bibliothèques et réclament que 5 francs leur soient versés pour chaque titre emprunté (dont la moitié pour la maison d’édition). 154 millions de bouquins sortent tous les ans des rayons des quelque 2 500 bibliothèques municipales et universitaires, ce qui représente environ la moitié des ventes de livres en France et donc potentiellement autant de fric à grappiller. Certains auteurs ont déjà même interdit aux bibliothèques de prêter leurs livres gratuitement comme si les bibliothèques n’avaient déjà pas raquée une fois pour l’acquisition de l’unique exemplaire d’un ouvrage qu’il faudrait avoir au moins en double ou en triple pour répondre réellement aux besoins des lecteurs.

Dans cette logique du profit, il va de soi que le prêt gratuit relève d’une pratique d’un autre âge qui n’a plus lieu d’être car pour ces courageux pétitionnaires (dont Michel Ragon [1] ou Maurice Rajsfus) « le droit d’auteur est un droit de l’homme » qu’il convient de faire respecter. Alors que le taux moyen d’inscription ne dépasse pas les 20 % de la population, que la distribution des livres dans les zones rurales reste marginale, et que de plus en plus de personnes n’ont même pas l’argent nécessaire pour payer des livres dont le prix est exorbitant, pareille intention revient à décourager définitivement les plus pauvres de la lecture.

D’ailleurs les bibliothécaires savent très bien que chaque fois qu’un droit d’inscription est exigé, le nombre d’usagers baisse sensiblement. Que des éditeurs veuillent instaurer le prêt payant, cela ne nous étonne pas. Pour eux, l’important c’est que les gens achètent et non qu’ils lisent. Mais les auteurs qui soutiennent l’instauration de cette taxe sur la lecture feraient mieux, à la rigueur, de s’attaquer à leur éditeur qui fait des marges de bénéfices confortables. Pourtant, au-delà de cette revendication minable des gens de lettres, il faut aussi s’interroger sur le droit d’auteur en tant que tel.

Anarchistes, nous sommes en effet pour sa suppression car il signifie explicitement que l’élaboration d’un livre est l’œuvre d’une seule personne. Or, l’inspiration et la réflexion ne surgissent pas ex-nihilo mais trouvent leurs sources dans la société tout entière. Par conséquent chacun-e devrait toucher des droits d’auteurs ! Et c’est déjà ce que pratiquent les éditions du Monde libertaire notamment puisque les auteurs publiés ne reçoivent pas un kopeck. Toutefois, nous savons qu’aujourd’hui les auteurs et l’ensemble des intermittents du spectacle vivent, pour l’immense majorité, dans la précarité. Aussi nous continuerons à les soutenir dans leur combat pour l’amélioration de leurs conditions de vie.


[1Comme d’autres auteurs il a retiré son nom d’une pétition qui ne correspondait pas au texte qu’ils croyaient signer


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