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« Responsabilités des intellectuels » Noam Chomsky

Le jeudi 11 février 1999.

Noam Chomsky, dans son livre intitulé : Responsabilités des intellectuels (Agone éditeur, 1998), commence par faire une mise au point éthique et politique de la place et du rôle de l’intellectuel d’aujourd’hui face au pouvoir. Pour lui, I’intellectuel est précisément doté d’une faculté de représenter, d’incarner, d’exprimer un message, une vision, une position, une philosophie ou une opinion devant - et pour - un public. Or ce rôle a ses règles ; il ne peut être exercé que par celui qui se sait engagé à poser publiquement les questions qui dérangent, à affronter l’orthodoxie et le dogme (et non à le produire), quelqu’un qui n’est pas enrôlable à volonté par tel gouvernement ou telle grande entreprise et dont la raison d’être est de représenter toutes les personnes et tous les problèmes systématiquement oubliés et laissés pour compte.

L’intellectuel se fonde pour ce faire sur des principes universels : à savoir que tous les êtres humains sont en droit d’attendre, à quelque nation qu’ils appartiennent, I’application des mêmes normes de décence et de comportement en matière de liberté et de justice, et que toute violation, délibérée ou pas de ces normes, doit être mise au jour et courageusement combattue. L’intellectuel doit dire la vérité, dénoncer les injustices et faire des propositions pour changer la situation. Chomsky critique la servilité des intellectuels occidentaux, ainsi que les médias qui taisent certaines atrocités commises par les puissances occidentales (États-Unis d’Amérique, Australie, Royaume-Uni, France…) et magnifient les atrocités commises par leurs ennemis. Il dévoile, avec beaucoup d’habileté, I’illusion néfaste, à la fois pour l’économie et pour la liberté, présente au coeur de notre libéralisme contemporain. Alors que les penseurs actuels du libéralisme, lorsqu’ils analysent notre société, tentent principalement de montrer rétrospectivement, qu’il n’eût pu en aller autrement, sinon au prix du progrès, Chomsky montre que, par un paradoxe inévitable, le libéralisme est incapable de conduire jusqu’au bout sa justification, et qu’il se retourne contre la liberté qu’il prétend défendre ; il ne se soutient que d’une morale empruntée, alibi hypocrite des injustices et des crimes inhérents au libéralisme économique. Ce dernier ne doit pas ête confondu avec un libéralisme politique et moral, et la liberté du libéralisme économique est uniquement celle de l’« ordre » qu’il soutient, et s’accompagne pour les individus et pour les peuples, de la mise au pas disciplinaire. Le propos de Chomsky est alors de nous restituer une pensée d’espoir, un levier pour faire basculer la croyance en ce monde dur et mal bâti, reprenant les idéaux libertaires qu’il partage et le point de vue humaniste de Dewey ou de Russell. Il évoque les stratégies à suivre pour tendre vers ces idéaux, sans oublier de rappeler les éventuels conflits entre idéal et stratégie.

Fabrice


Édition Agone, 68 francs.


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