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À propos du procès Barbie

Parlons un peu de Paul Rassinier

Le jeudi 21 mai 1987.

« L’Événement du jeudi » est un hebdomadaire peu enclin d’ordinaire à parler du mouvement libertaire. Dans un article publié dans son numéro du 7 au 13 mai, intitulé « Les athées visités par le Diable », il fait pourtant référence à la Fédération anarchiste sous la plume de Martine Gozlan. Il est vrai que c’est pour réaliser un amalgame patent entre notre organisation et le sinistre Faurisson.

Faurisson ayant adhéré récemment à l’Union des athées, groupement avec lequel nous n’entretenons aucune relation organisationnelle, l’article vient y mêler la Libre Pensée (les incroyants ayant sans doute tous partie liée avec le diable), où là l’enquêtrice trouve trace de la Fédération anarchiste [1]. Plus loin, citant Rassinier, elle rappellera qu’il fut et le maitre à penser de Faurisson et adhérent à la Fédération anarchiste. Usant du même procédé, Il serait tout aussi aisé de ne rappeler que le passé de militant socialiste de Rassinier et son élection comme député SFIO, l’adhésion de Jospin à la Libre Pensée… on voit le ridicule de ce genre de méthodes.

Aisé, ridicule et déshonorant. Nous déplorons que L’Evénement du jeudi s’y soit laissé aller. Bien que n’étant pas journalistes éclairés d’un code de déontologie professionnelle, nous n’en déduirons pas pour autant que Louis Pauwels soit le maitre à penser de certaine collaboratrice de J.-F. Kahn.

Combattre pour l’émancipation sociale est peut-étre un péché et notre athéisme, s’il signifie notre hostilité à toutes les églises, chapelles, temples, synagogues et mosquées diverses et variées (là où l’irrationnel se conjuge avec l’intolérance), est aussi une éthique et une exigence morale. Et puisqu’on reparle de Rassinier, l’article de Maurice Joyeux situe la démarche et l’itinéraire de cet homme, dans le contexte et à l’époque où il fut adhérent à la Fédération anarchiste.

Comité de rédaction



Le cas des camps de concentration, du travail forcé et de la déportation ne peut étre examiné que sur le plan humain et dans le cadre de la définition des rapports de l’Etat et de l’individu. Dans tous les pays, les camps existent en puissance ou sont là. qui changent de clientèle au hasard des circonstances et au gré des événements. Tous les hommes en sont menacés, partout, et pour ceux qui y sont présentement enfermés, il n’y’a pas de chance d’en sortir que dans la mesure où ceux qui n’y sont pas, sont destinés à y entrer.
Paul Rassinier, 17.02.1950 (in « le Libertaire »)

IL se déroule en ce moment à Lyon un procès à grand spectacle, celui d’un abominable salaud, Barbie ! Un procès comme les autres, allais-je écrire ! Des Barbie il y en a eu partout, de tous les camps, de toutes les confessions, de tous les temps et seules les circonstances font qu’on est patriote lorsque. lieutenant, on torture en Algérie et une abominable fripouille lorsqu’on torture à Montluc !

Le procès d’une société !

Procès à grand spectacle, procès de la torture, procès de la bestialité… Procès d’une société qui, lorsque la relative tranquillité qu’assure la démocratie n’est plus possible, a recours au fascisme avec au bout du chemin la guerre, des vainqueurs et des vaincus. Montluc, la torture et l’extermination, avec comme corollaire la victoire des justes et la punition des « méchants » dans le livre d’histoire des enfants.

Jaurès disait que le capitalisme de son temps portait la guerre comme la nuée portait l’orage. Depuis, des progrès ont été accomplis et aujourd’hui le système basé sur l’autorité (et quels que soient les mots derrière lesquels il se camoufle) porte la torture et le crime comme l’apache porte le surin !

Pour la période que fait revivre ce procès, le Montluc du fascisme allemand n’efface pas le Chateaubriant du fascisme français, Jean Moulin n’efface par Pierre Timbaut [2]. Alors la barbarie est partout. Oui, je sais, on ergote sur les méthodes. mais les méthodes ne sont pas la marque spécifique d’une société mais la riposte au péril qu’elle court. Dans ces périodes, le coupable c’est l’autre !

Souvenirs des camps

Parmi tout le fatras littéraire quo ce procès produit. un nom apparait quelques fois. celui de Paul Rassinier, un titre remonte à la sur-face, celui d’un livre : Le mensonge d’Ulysse.

Les hommes de ma génération, ceux surtout qui comme moi eurent la chance d’échapper à la déportation en Allemagne, d’accomplir leur prison en France et d’être libérés à la fin de l’année 1944. se souviennent… « Ils reviennent ! » hurlaient les foules. Nous les avons vus aux actualités cinématographiques, en première page des journaux, parfois dans la rue. Visages de cauchemard, flottant dans leurs pyjamas rayés. le corps décharné ! Ils ont écrit, ils ont parlé… Disons que trop souvent, on a écrit et on a parlé pour eux. Il faut se souvenir de l’émotion que soulevait tout ce qui relevait de la déportation. Leur misère devint alors une affiche publicitaire pour les politiciens. Parmi ceux-ci, les communistes… Les communistes qui s’instituaient « le parti des 75 000 fusillés », et il est vrai qu’ils avaient payé un lourd tribu, accaparaient tout ce qui, de près ou de loin, se réclamait de la Résistance.

Les intellectuels « croix de bois, croix de fer », même si la plupart n’étaient pas communistes, emboîtaient allègrement le pas de « ceux-qui-avaient-fait-de-la-résistance ». Et on le comprend, car la presse et les revues du parti étaient nombreuses. Les autres ? Ils ne voulaient pas manquer l’occasion de faire connaître au peuple les œuvres majeures qu’ils avaient écrites et qu’aujourd’hui tout le monde a oubliées.

Qui était Paul Rassinier ?

Pourtant. certains résistèrent à cette chienlit ! Paul Rassinier fut de ceux-là. Il avait été à Buchenwald, puis à Dora. Il décida de dire toute la vérité… rien que la vérité. L’imprudent ! Les charognards le guettaient.

J’ai bien connu Paul Rassinier, nous avons été amis, même si sur les problèmes politiques nos jugements furent parfois différents. Rassinier venait du Parti socialiste Il avait été secrétaire de la section de Belfort, arrêté par la Gestapo, torturé puis envoyé à Buchenwald. À la Libération. il sera un temps député socialiste. En 1948, il écrit Passage de la ligne, puis le Mensonge d’Ulysse où il va s’efforcer de dire une vérité qu’on n’a pas besoin de forcer pour qu’elle apparaisse dans toute son horreur. Ce livre ne se résume pas. il faut le lire. Pourtant il va déchainer contre lui la fureur des politiciens pour lesquels la déportation et les camps sont chasse gardée. Exclu du Parti socialiste, il va rejoindre la Fédération anarchiste.

Au Mensonge d’Ulysse vont succéder un certain nombre d’ouvrages, dont Ulysse trahi par les siens. Et curieusement ces ouvrages qui n’atténuent en rien la barbarie nazie vont être rejetés par le « résistancialisme » électoral et salués par un certain nombre d’écrivains d’extrême droite qui y trouveront matière à mettre en cause les écrits « officiels » sur la déportation.

Ce rejet se manifestera jusque dans nos rangs où certains ne lui pardonnent pas ses origines politiques. Chez nous, il ne sera jamais à l’aise et lorsqu’il s’éloignera la séparation se fera sans accrocs. Ce qui ne l’empêchera pas de conserver des relations amicales avec un certain nombre de militants dont Lecoin, Louvet, Prudhommaux et quelques autres. Pour ma part, je n’ai jamais mis en question le Mensonge d’Ulysse que je considère comme le meilleur. le plus mesuré et. par sa nature même, le plus crédible de tous les livres écrits sur les camps de la mort.

Ils sont morts…

Les problèmes que pose le Mensonge d’Ulysse ne sont pas encore résolus et le procès Barbie relance la discussion. Des milliers d’hommes sont morts de misère, squelettes décharnés voués, pour les uns, à la chambre à gaz et pour d’autres au crématoire. Les chiffres qu’on se jette à la face n’y font rien et les mots manquent pour décrire leur calvaire, ces derniers instants où la chair se révolte et où l’esprit s’égare.

Et il est vrai que nous ne savions rien ! Tant de bestialité était inimaginable. Et nous ne savons encore rien du dernier instant, sinon que par les ornements dont l’imagination peut l’habiller.

« À Buchenwald, on n’a gazé que des poux », disait un imbécile. En vérité des millions d’hommes de toutes races, de toutes nationalités, de toutes confessions ont disparu. De quelle manière ? On en discutera encore longtemps ; aussi longtemps qu’il existera des politiciens ayant intérêt à battre monnaie sur des cadavres. Mais quelle qu’en soit la manière, ils sont morts !

Là-bas, à Lyon, un gagne-petit de l’atrocité dispute ce qui lui reste de temps à vivre à une justice effarouchée par le tapage fait autour du procès. Regardez-le ! C’est un vieux monsieur à qui on donnerait le Bon Dieu sans confession. Il a fait son métier et son métier consistait à faire parler des hommes en les torturant, avant de les envoyer ad patres au crématoire. Des Barbie, il en existe partout avec dans les yeux le sourire de l’innocence, étonnés qu’on puisse faire des histoires pour les tâches de sang qui salissent leurs mains qu’ils n’ont pas eu le temps de nettoyer.

Mais il n’existe pas que des Barbie. Il existe des livres, comme le Mensonge d’Ulysse, écrit par des écrivains comme Paul Rassinier qui nous apprennent que la pourriture n’a pas gagné tout le corps social et que ça vaut la peine de lutter pour que l’homme atteigne enfin une autre dimension.

Maurice Joyeux


Monsieur J.F. Kahn,

Dans le numéro de L’Evénement du jeudi du 7 au 13 mai, dans un article intitulé « Les athées visités par le Diable », vous trouvez moyen de citer à deux reprises la Fédération anarchiste dans des termes équivoques. Nous tenons à préciser d’une part que la Fédération anarchiste n’a jamais eu de « fanion pourpre » et qu’a plu forte raison ceci ne pourrait se trouver dans Ies locaux de la Libre Pensée, comme l’auteur de l’article en question se plait à l’affirmer dans un excès de lyrisme.

Par ailleurs Martine Gotlan se livre à un véritable réquisitoire contre l’esprit laïque et antithéiste « de gauche » accusé de se prêter à l’occasion de couverture aux thèses de Faurisson.

Si nous ne contestons pas à l’auteur de l’article d’exprimer ses opinions chagrines vis-à-vis de la modernité de la lutte anticléricale et pour la laïcité, nous dénonçons en revanche les amalgames opérés entre Fédération anarchiste, Libre Pensée et… Guillaume et Faurisson En utilisant notamment comme prétexte le passage de Paul Rassinier, ex-militant socialiste, à la Fédération anarchiste.

Que Guillaume ou d’autre, individus « de gauche », voire d’ultra-gauche, aient fait le choix délibéré ou non de cautionner la réhabilitation du nazisme entreprise par Faurisson, cela est à condamner, mais la question ne concerne en aucune manière la Fédération anarchiste qui, quant à elle, a toujours dénoncé avec vigueur ces manipulation, et leurs utilisations.

Nous sommes donc profondément choqués par la teneur de l’article qui n’est pas sans rappeler certains procédés coutumiers aux forces politiques totalitaires que votre journal prétend par ailleurs dénoncer.

Lorsqu’on prétend combattre le fascisme au nom de la démocratie, on doit faire preuve à notre sen. de plus de rigueur déontologique, voire « morale ».

Les article. comme celui de Martine Gozlan ne pensent à cet égard, par la désinformation qu’il. culminent, que porter préjudice à cette cause.

Fédération anarchiste


[1I faut peut-être lui signaler que la Fédération anarchiste siège au 145, rue Amelot, 75011 Paris.

[2Pierre Timbaut, ouvrier métallurgiste, militant à la CGTU et au parti communiste, fusillé par les fascistes à Chateaubriant.


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