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Émile Véran

Le jeudi 21 janvier 1988.

Lorsqu’a la fin de l’occupation nazie, les anars de la capitale décidèrent de faire reparaitre Le Libertaire et de remonter le mouvement anarchiste, ils se réunirent à la Bourse du Travail, dans ce local du syndicat des fleuristes animé à cette époque par le compagnon Henri Bouyé. L’ami Raymon Asso (qui fut le premier parolier de Piaf) introduisit dans le petit cénacle le pacifiste Émile Véran. Au prix de bien des difficultés le premier numéro d’une longue série allait voir le jour. Il fallait rassembler les copains, collecter les sous, trouver du papier dans une époque où tout manquait. Nous, qui disposions de bons outils pour notre propagande, ne saurons jamais les incroyables acrobaties que durent accomplir les compagnons fraîchement « libérés » à une époque où le PCF tenait le haut du pavé, imposant sa loi à tous, dans la rue comme dans les usines.

Véran qui avant la guerre était déjà secrétaire d’un comité de soutien aux objecteurs et qui avait milité autour du Semeur, était-il censé représenté les individualistes dans cette équipe ? Je l’ignore, mais je sais bien qu’il était d’abord un altruiste soucieux avant tout d’aider les copains quels qu’ils soient.

Ses démarches, pour tirer les insoumis de 1939 des camps de zone sud, restent présentes dans la mémoire de ceux qui grâce à lui, à Henri Jeanson et à quelques autres, échappèrent à la déportation dans les camps du « grand Reich ». Son métier de coiffeur l’avait amené à teindre les cheveux de ceux qui, recherchés par la police, tentaient de lui échapper, il n’en fallait pas tant à l’époque pour finir fusillé au sinistre mont Valérien.

Dans ses numéros des premières années de l’après-guerre, Le Libertaire compta beaucoup d’échos relatifs aux objecteurs emprisonnés, qu’inlassablement Milo secourait par la bourse et par la plume. Dans sa petite officine de Charonne, où le client faisait rarement la queue, Milo noircit des kilos de papier pour arracher tel ou tel prisonnier aux griffes des traîneurs de sabre. Il faudrait bien des pages pour relater les démarches souvent répétées, parfois réussies, de cet opiniâtre méridional.

Qu’il soit permis de saluer la mémoire du poète passionné des Épis sous la Faulx qui participa encore à plus de 80 ans à une émission pacifiste de notre Radio-libertaire.

Que sa compagne, militante syndicaliste, durement frappée par ce deuil après près de 50 années de vie commune, trouve ici l’expression de notre tristesse, mais aussi notre volonté de continuer dans la voie du combat anti-guerrier que Milo nous a si vaillamment tracée.

J.-F. Stas


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