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Lettre ouverte

Le jeudi 20 décembre 1984.

À l’attention de monsieur le Juge d’instruction Beulque [1],



Nous sommes détenus depuis le 17 novembre pour avoir hébergé des personnes que nous ne savions pas recherchées par la police. Officiellement, nous sommes inculpés de « recel de malfaiteurs » et de « détention d’armes ». Nous nous en sommes suffisamment expliqués devant vous.

Le premier motif d’inculpation repose essentiellement sur votre « intime conviction », alors que nous n’avons cessé de déclarer que nous ignorions que ces personnes étaient recherchées pour crime.

Le deuxième motif est proprement aberrant puisque ces armes, enfermées dans des sacs de voyage, ont été reconnues par les dites personnes comme leur appartenant dans leur intégralité.

Au fond, si nous avons été mis en détention préventive, c’est essentiellement à partir d’une volonté policière d’en finir avec le travail de dénonciation des institutions répressives que nous menons tant à travers le journal Otages qu’à travers des émissions de radio. Cette volonté policière s’est révélée au grand jour car ce sont en effet les services du SRPJ de Lille qui ont fourni à la presse des informations tonitruantes, faisant état du démantèlement d’un soi-disant « réseau terroriste » dans la banlieue lilloise.

Cette thèse n’est pas vôtre, et pourtant vous venez de refuser notre demande de mise en liberté provisoire, clairement motivée tant juridiquement que par nos situations personnelles qui offrent toutes les garanties de représentation devant la justice (travail et logements fixes, aucune condamnation préalable, etc.), sans compter la surveillance policière qui ne manquerait pas de s’exercer !

La détention préventive, qui devait être l’exception, est trop souvent la règle et vous ne démentez en rien, par votre attitude, cette affirmation. Nous vous tenons pour responsable de notre détention abusive et décidons en conséquence de rendre cette lettre publique. Nous demandons : notre libération immédiate et le respect des détenus, notamment :

  • le droit au regroupement pour tous ceux qui le désirent ;
  • la fin de la censure du courrier ;
  • des parloirs réellement libres pour ceux qui le demandent ;
  • l’amélioration des conditions générales de détention (nourriture, hygiène, etc.) ;
  • la suppression de l’isolement.

Yves Deschamps et Thierry Destriez


[1Copie de cette lettre est adressée immédiatement à la direction de la maison d’arrêt de Loos, elle aussi concernée, et au ministère de la Justice.


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