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Besse aux travailleurs de la Régie Renault

« Demain, j’enlève le bas ! »
Le jeudi 21 novembre 1985.

Le cendredi 25 octobre, Jean-François Caré secrétaire du syndicat CGT de Renault-Douai) comparaissait devant le tribunal correctionnel. Environ 500 personnes l’accompagnaient en manifestant dans les rues. La place, jouxtant le tribunal, fut occupée toute l’après-midi dans l’attente du verdict. L’accusation : « diffamation » pour un tract relatif à l’assassinat à Épônes d’un militant CGT, Kemal Ozul ; tract qui se terminait en ces termes « continuez messieurs de la direction, messieurs les procureurs à magouiller en mille, pendant ce temps on assassine nos militants… ».

La direction avait attendu quatre mois avant de déposer plainte. En sachant qu’une condamnation au franc symbolique permet le licenciement, on comprend le but de la manœuvre. Au tribunal, l’« avocaillon » de service de la direction mit le paquet en argumentant sur le fait que la veille une nouvelle plainte avait été déposée pour tabassage de deux assistants du personnel sur le parking de la régie et accusant J.-F. Caré, Éric Laschamps (secrétaire du comité d’entreprise), Jacques Canfin et Daniel Sylvan (délégués du personnel) d’en être les auteurs. .Jugement mis en délibéré et verdict le 22 novembre.

Le lundi 28 octobre, c’est escortés d’une centaine de travailleurs et de militants de la régie que les quatre militants accusés se rendent au commissariat de police suite à une convocation. Le 31 octobre, au poste du soir, la direction annonce la demande de licenciement pour J.-F. Caré et Éric Laschamps et huit jours de mise-à-pied pour J. Canfin et D. Sylvain. Malgré l’effet de surprise et la pression d’une partie de l’encadrement, de nombreux débrayages ont lieu dans les ateliers.

Le week-end de la Tous-saint, la ventilation de tracts et d’affiches va colorer tout le Douaisis, appelant à une manifestation lundi 4 novembre à 17 h. Dimanche 3 novembre, à 18 h, réunion du comité d’entreprise de la régie pour discuter avec les militants des actions à mener dans les ateliers pour faire aboutir les revendications salariales et en toile de fond le retrait des sanctions (et non l’inverse comme le cherche la direction, « pas folle la guêpe » !). Le lendemain, nous sommes plus d’un millier dans les rues de Douai à gueuler que la direction de la régie se trompe si elle croit nous intimider.

Depuis le mois d’août, avec le blocage du train déménageant des outils de presse (voir ML n° 587 du 3 octobre), il n’y a pas eu une journée où la production est sortie normalement. La presse régionale a beau vomir quotidiennement sur les actions menées, celles-ci continuent et de plus belle. Que les médias nous crachent dessus, on est habitué ; en revanche l’attitude des autres syndicats du Douaisis donne la nausée. Des pseudos militants, syndicalo-pantoufles, jubilent tout en essayant de tirer à eux la couverture et en se façonnant un « look »BC-BG, responsable, moderne… Leur livre de chevet le rapport d’étape du cestode Taddei [1], commandité par l’ex-visiteuse de vaches laitières en hélicoptère, Cresson. La solution et leur lutte finale l’aménagement du temps de travail.

Comment s’en étonner lorsque l’on entend le gastéropode Edmond Maire (« La grève est une mythologie »), Bergeron entre deux réunions de l’Unedic, proclamant que si l’on touche au SMIC (et seulement dans ce cas), il risque de piquer un bœuf. Sans oublier la mère Denis Bornard signant des pétitions du style « halte à la fécondation artificielle chez les lombrics et… la mère au foyer », et Marchelli, sans son bavoir, éructer sur toutes les actions de la CGT. Avec ça, les travailleurs de Renault ont de quoi se remonter.

Mais revenons aux faits reprochés aux militants CGT, tabassage de deux assistants du personnel sur le parking de la régie à 22 h 40. Qui sont-ils exactement ces deux énergumènes ? Il font partie en fait de la police interne, les RG de la Régie Renault, préparant les dossiers des futurs licenciés, repérant les meneurs, spécialistes de tous les coups fumants. Ces deux individus terminaient leur travail à 16 h 30, et c’est à 23 heures, complètement à l’opposé de celui-ci, qu’ils ont été agressés. Cela sent le coup monté à plein nez, surtout que la nuit même des coups de feu ont été tirés sur des postes de sécurité et sur le comité d’entreprise CGT. Comment croire ces deux martyrs quand il est de notoriété publique que, parmi les assistants du personnel, se trouve en majorité des beaufs du Front national et si la direction en arrive même à utiliser ces individus, c’est que l’action des travailleurs de la régie la gêne énormément.

La masturbation intellectuelle des crabes de la direction a pour effet, pour l’instant, de les rendre sourds. Sourds à toutes les revendications. Et cela jusqu’à quand ? Le jour où les travailleurs auront comme objectif commun la grève expropriatrice sur une base fédéraliste et conscience qu’ils peuvent vivre et travailler en s’organisant eux-mêmes. Sans maîtres, sans Besse, sans Mitterrand et tous les prétendants au trône. Car, si actuellement toutes les luttes sont en grande partie défensives, c’est qu’après le mythe du grand soir et du gouvernement mi-racle, les travailleurs ne voient plus de solutions à court ou à long terme, d’où la recrudescence de l’égocentrisme, du nombrilisme et, du même coup, de l’absence d’une solidarité ouvrière conséquente et efficace. François Villon disait « folles amours font les gens bêtes »… Ah ! qu’ils étaient beaux les prolos le soir d’un certain 10 mai ! Et c’est là que cela devient intéressant.

Jacques Floris


Vous pouvez exprimer votre solidarité en écrivant à J.-F. Caré syndicat CGT de la Régie Renault, comité d’établissement, 59500 Cuincy.


[1« Rapport sur l’aménagement du temps de travail », Liaisons sociales, supplément au numéro 9581 du 14 octobre 1985.





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