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éditorial du n° 725

Le jeudi 10 novembre 1988.

Nichés dans leurs résidences de fonction près des temples du pouvoir républicain, nos politicards tricolores sont perplexes : pourquoi le pays semble gagné par l’apathie électorale ? La fièvre abstentionniste gagne du terrain. Après le camouflet des cantonales, la claque du referendum va résonner longtemps et son onde de choc poussera sans doute les journalistes et commentateurs à de savantes interprétations. C’est que le langage des professionnels de la chose publique lasse le plus grand nombre. Habitués qu’ils étaient à vivre sur le cochon de votard, les politiques ne perçoivent pas le message abstentionniste. Au-delà du désintérêt, le pays s’éloigne peu à peu des joutes électorales par absence d’un enjeu réel, par indifférence pour une alternative trop manichéenne et simpliste pour être honnête.

Depuis le mois d’octobre, tour à tour le Chili, l’Algérie et la France auront eu droit à un referendum. Trois régimes politiques différents : une dictature de droite, une dictature de gauche et notre bonne vieille démocratie française, et dans chaque cas la classe politique dominante aura sollicité l’avis de la population avec le même style : question similaire, alternative simpliste avec en filigrane un exercice supposé de démocratie, une preuve de largesse de ces régimes soudain référendivores.

C’est un peu comme si les élites dirigeantes de ces trois pays avaient quelque déshonneur, quelque faute à racheter. La bonne conscience passe par un plébiscite réussi. Échec relatif pour Pinochet au Chili ; Chadli, l’assassin d’octobre, essaie quant à lui de se faire oublier, détournant les feux de l’actualité sur les enjeux de son referendum-bidon en jetant un voile pudique sur les responsabilités politiques au pays des 500 morts, des tortures et du parti unique.

Et la France dans tout ça ? Chez nous, on n’est pas des sauvages. À Ouvéa, l’armée française s’est comportée avec honneur : pas d’exécutions, pas de tortures puisqu’on vous le dit. Et ce referendum, s’il avait pleinement réussi, eut été un coup d’éponge, un rachat des erreurs commises par le gouvernement passé (de droite) et couvertes par le président de la République (de gauche).

On nous accusera de prendre nos désirs pour des réalités. Mais nous persistons à penser que parmi les 63 % d’abstentionnistes, il y avait des citoyens exaspérés par les magouilles et les calculs carriéristes. Et d’autres encore, révoltés qu’après la boucherie d’Ouvéa la classe politique, dans un silence complice, enterre une affaire où l’armée française a brillé par sa sauvagerie. Mais que peut-on attendre d’une armée à Santiago, à Alger ou à Ouvéa.


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