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Solidarité avec les objecteurs

Le jeudi 20 février 1997.

Comme cela a été maintes fois exprimé dans les colonnes du Monde libertaire, il serait illusoire de croire que la réforme annoncée du service national va marquer un recul de la militarisation de la société. De conscription ou de métier, l’essence même de l’armée est d’exercer un contrôle liberticide des populations. Ainsi sous couvert de lutte contre le terrorisme, le plan Vigipirate a banalisé les patrouilles de soldats dans les lieux publics. Les policiers eux-mêmes redoutent d’assister à une « militarisation rampante » du dispositif de sécurité intérieure. Selon les dires du secrétaire général de la FASP [1] : « le renfort de milliers de militaires pour assurer des missions de sécurité intérieure démontre que des choix ont été opérés en faveur d’une sécurité militarisée ».

En attendant la suppression du service militaire de plus en plus de jeunes optent pour l’objection de conscience. Or, paradoxalement, ils sont de moins en moins à lutter contre le caractère discriminatoire de leur statut (double durée de cette forme de service civil par rapport au service militaire en totale contradiction avec les directives européennes, restriction des dates d’obtention, etc.) et partant contre la chienlit kaki.

Fort heureusement il en reste quelques uns qui conservent la volonté d’agir et de désobéir. Le 26 octobre 1995, ils étaient plusieurs dizaines à se mettre en grève dans la région lilloise, faisant ainsi acte de désobéissance civile, au risque d’écoper de deux à six mois de prison ferme [2]. Ils protestaient contre la circulaire Balladur du 1er décembre 1994 qui renforçait la mainmise des autorités préfectorales sur les affectations des objecteurs. En France chaque année des objecteurs réunis dans la coordination « On arrête tout » désertent au bout de dix mois pour signifier leur refus d’accepter la double durée de leur service.

Parallèlement, un nombre croissant d’associations a une fâcheuse tendance à considérer les objecteurs comme une main-d’œuvre très bon marché et corvéable à merci. Pourtant il est souhaitable que les anarchistes et tous les antimilitaristes apportent leur soutien à la riposte qui se met en place dans le milieu associatif pour s’opposer, comme en 1994, à la baisse des crédits consacrés par le ministère des Affaires sociales aux indemnités et soldes allouées aux objecteurs.

Rendue effective le 15 janvier dernier, cette mesure contraindra les structures accueillant ceux qui refusent d’aller en caserne à prendre en charge 1700 F sur les 2100 à 2700 F versés mensuellement aux objecteurs. Ce désengagement financier de l’État cumulé aux retards pris par le ministère dans le remboursement des avances de soldes — jusqu’à deux ans — va asphyxier les trésoreries associatives. Cela aggravera considérablement les conditions dans lesquelles les objecteurs de conscience s’acquitteront de cet impôt en temps à la stupidité guerrière.

Concrètement une bonne partie de ceux qui ont obtenu le statut d’objecteur depuis ce début d’année ne trouve pas de poste. Ce qui les place hors statut avec les conséquences que cela implique : absence de couverture sociale et de tous revenus. La volonté étatique de casser l’objection est flagrante. D’après certains témoignages, la DRASS aurait même préconisé comme solution qu’ils fassent tout de même un service militaire. S’il est impossible à un appelé rentré en caserne d’opter au cours de son service pour l’objection la réciproque est-elle possible ?

Toutefois, c’est de façon critique que nous appelions à participer à la manifestation-carnaval qui se tenait le 11 février sur la place du Général-de-Gaulle.

En effet, les associations qui l’organisaient mettent essentiellement en avant des arguments économiques et évacuent totalement toutes réflexions antimilitaristes. Le texte de leur tract d’appel présentaient des similitudes avec les sempiternelles récriminations patronales contre les charges sociales. Maladresses rédactionnelles ou reflet d’une scandaleuses réalité ? Le titre du tract « Des objecteurs pour tous » sans mise au point pourrait sonner comme « Des esclaves pour tous » ! Et c’est ce qui a été retenu de cette manifestation qui a réuni une soixantaine de personnes. Le journaliste de Nord-Éclair faisait le commentaire suivant : « Employés et employeurs sont mutuellement menacés. Les premiers risquent de ne plus trouver d’association d’accueil, les dernières, tout au moins les plus fragiles d’entre elles, pouvant parfois disparaître faute de main-d’œuvre » [3].

Par ailleurs, une manifestation nationale est prévue à Paris le 15 mars prochain.

Christophe Fétat groupe May Picqueray (Lille)


[1Le Monde daté du 24 janvier 1997.

[2Le Monde libertaire n° 1016 du 9 novembre 1995.

[3Nord Éclair du 12 février 1997.





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