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Le raffut de la Saint-Polycarpe

juin 1959.

1912 ! Les cheminots viennent de reprendre le travail, les mineurs sont en grève, les inscrits maritimes déposent leur cahier de revendications. Au congrès de Marseille la CGT a voté la grève générale contre la guerre qu’on prépare. Dans l’Europe agitée d’inquiétants bruits de bottes retentissent. Le bourgeois apeuré par les rumeurs de la rue où l’on crie « vive la sociale » se couche tôt. Le bruit du sabre qui résonne quelque part du côté d’Agadir rend son sommeil léger. C’est alors que tout éclate.

Dévalant des pentes de Montmartre, de Ménilmontant, de la Montagne Saint-Geneviève la carriole rebondit sur les cailloux pointus. Les casseroles tintent contre la fonte du poêle. Le sommier métallique grince. Brandissant des cloches, cognant à tour de bras sur des seaux, quelques déments en blouses, à barbes hirsutes poussent la charette en hurlant. Le bourgeois dresse la tête ornée du bonnet de coton à pompons avant de replonger sous les draps.

C’est Georges Cochon qui part en guerre contre M. Vautour.

Georges Cochon était un ouvrier tapissier affilié, comme il se doit à la CGT, la vraie, la bonne, celle de la grande époque du Syndicalisme révolutionnaire. Expulsé par un propriétaire grincheux Cochon groupe rapidement autour de lui quelques militants dévoués et le Raffut commence !

Déménager les locataires en coquetterie avec le propriétaire. Les remménager dans des locaux vides ou insuffisamment occupés, et tout cela la nuit au milieu d’un tintamarre infernal, tel fut le but de cette équipe qui prit le nom de « Syndicat des locataires ».

Précurseur de l’abbé Pierre, Cochon tel son illustre successeur voyait grand mais dans une autre perspective. En avril 1913 après avoir investi l’Hôtel de Ville à la tête de plusieurs milliers de sans-logis, il prît d’assaut l’église de la Madeleine où l’on célébrait la première communion, dans l’espoir de loger ses protégés dans les locaux spacieux réservés à Notre Seigneur.

M. Lépine qui aimait l’ordre se fâcha. Georges Cochon eut des ennuis. Il devait riposter en investissant à la tête de quinze mille personnes la caserne du Château-d’Eau, place de la République.

La guerre de 1914 arrêta ses exploits. Quatre ans après les temps avaient bien changé. Pourtant Cochon remonta son syndicat des locataires sur des bases nouvelles. Je me souviens enfant de l’avoir vu dans la petite salle de la Maison Commune des Cochers-Chauffeurs, que j’ai décrite autre part, entouré de Rouquier un de ses disciples et de ma mère et discutant avec la passion d’un jeune homme de ces maisons ouvrières que l’on voit maintenant pousser un peu partout.

Georges Cochon comme beaucoup s’était laissé prendre au début de la Révolution russe par le mirage communiste. Il en était bien revenu. Il vient de mourir dans sa petite maison campagnarde. La presse nous a conté ses exploits en omettant de rappeler ses attaches avec le syndicalisme révolutionnaire et la pensée libertaire.

Voilà « un oubli » qui est réparé !

Montluc


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