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Le coin de l’histoire

Une vie anarchiste… Joseph Spivak

avril 1972.

La Commission d’Histoire de la FA assurera désormais, le plus régulièrement possible, une chronique mensuelle « Le Coin de l’Histoire ».

Cette chronique répond aux souhaits de plusieurs militants et d’un certain nombre de lecteurs.

Notices biographiques, ou bibliographiques, comptes rendus d’ouvrages à caractère historique, études et recherches diverses, état des travaux historiques sur le mouvement ou les idées anarchistes…, vous trouverez tout cela dans cette rubrique, que nous ouvrons aujourd’hui par un hommage à un militant anarchiste qui vient de disparaitre Joseph Spivak.

(Pour tous renseignements et contacts : René Bianco - B.P. 40 - 13382 Marseille Cedex 4.)



Le 7 novembre 1971, Joseph Spivak s’est éteint à New York à l’âge de 90 ans. Sa disparition marquait le terme d’une longue vie de militantisme dans le mouvement anarchiste américain.

Né le 4 mars 1882, dans le Sud-Ouest de la Russie, il émigra aux USA en 1902 mais retourna dans sa ville natale de Uman pendant la Révolution de 1905, durant laquelle il prit part à l’agitation anti-tsariste et à la lutte contre les pogroms de juifs.

L’heure de la réaction venue, Spivak retourne aux USA. Il y travaille dans une manufacture de tabac, étudiant le soir la chimie à l’école de Cooper Union où il est reçu bachelier ès-sciences en 1915.

Lors de la Première Guerre mondiale, il prend une part très active dans les cercles anarchistes américains au cours de la campagne antimilitariste lancée par Emma Goldman et Alexandre Berkman, ainsi que dans l’agitation en faveur de Tom Mooney et Warren Billings accusés d’avoir fait exploser une bombe pendant les préparatifs de la Parade du 22 juillet 1916 à San Francisco.

Pourchassé par les autorités, son appartement perquisitionné, ses papiers et objets personnels saisis, menacé d’expulsion, Spivak refusa de se taire. Il gagna Los Angeles où il milita au « Kropotkin Branch » du Cercle des Travailleurs ainsi qu’au groupe local des IWW. Avec Tom Bell — anarchiste d’origine écossaise — il organisa un forum libertaire hebdomadaire ainsi qu’un Collège libre d’ouvriers, et collabora par des articles à « The Road to Freedom », « Freie Arbeiter Stimme » ainsi qu’à d’autres journaux anarchistes.

La dictature bolchévique devait cependant lui faire perdre sa foi en la Révolution et il devint selon ses propres termes « un stirnérien absolu » faisant sien le credo de Stirner : « Pour moi, il n’y a rien au-dessus de moi », dont il disait que c’était une vérité fondamentale de l’anarchisme. Mais, en même temps, il continua néanmoins à prendre part aux activités anarchistes-communistes ou anarcho-syndicalistes.

De retour à New York en 1927, il rejoint le « Francisco Ferrer Branch », du Cercle des Travailleurs, la Fédération anarchiste juive (dont il est un court instant le secrétaire) ainsi que le « New Trends », groupe organisé par Alexandre Shapiro à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Mais son activité la plus importante fut sans doute celle qu’il déploya au « Libertarian Book Club » (Club du livre libertaire) dont il fut l’animateur et l’artisan et qui publia : Nineteen-Seven-teen » (1917) et « The unknown Revolution » (la Révolution inconnue) de Voline en 1954-55. Puis, « Men against the State » (les hommes contre l’État) de James J. Martin en 1957 ; « Anarchism de Paul Eltzbacher avec un additif dû à R. Rocker en 1960 et enfin, « The Ego and luis Own » (l’Unique et sa propriété) de Stirner en 1963 auquel il prit un soin tout particulier.

Parlant de lui, Tom Bell écrivait en 1927 : « Si les camarades de New York n’utilisent pas cette espèce d’énergie dynamique, c’est qu’ils commettent une monumentale erreur… », mais les talents de Spivak n’étaient pas négligés : petit, vif, énergique, il resta actif et alerte jusqu’au bout et quelques semaines même avant sa mort, il faisait une conférence au Club du livre libertaire sur le « Mouvement coopératif », sujet sur lequel il s’était passionné sa vie durant. 1971 aura été une année malheureuse pour le Libertarian Book Club qui a successivement perdu son président Walter Swieda, sa secrétaire Augusta Fleiger et maintenant Joseph Spivak.

Comment ne pas se souvenir dès lors de la remarque d’A. Berkman :
« La vieille garde disparaît, et il n’y a malheureusement personne dans la nouvelle génération pour prendre sa place, tout au moins pour faire le travail qui doit être fait si le monde doit connaître un jour un avenir meilleur. »

P.H.A. (Freedom n0 7 - février 1972)

traduction René Bianco ?


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