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Redéploiement du colonialisme français en Afrique

L’exemple de la Côte-d’Ivoire

Le jeudi 13 janvier 2000.

La Côte d’Ivoire, gérée par le PDCI-RDA, la branche locale du Rassemblement démocratique africain, puis PDCI (Parti démocratique de Côte-d’Ivoire), représentait un exemple de régime gaulliste avec économie et presse au service du pouvoir. Un idéal des années cinquante qui ne résiste pas au choc de la « démocratisation » africaine et s’enfonce toujours plus dans le népotisme et la corruption. Ces dernières battaient chaque année des records alors que le taux de croissance se tassait et que la paupérisation se répandait. Ce qui fut le modèle économique de la voie africaine (lire française) de développement était en train de plonger dans le marasme. Le gâteau devenait trop petit à partager et les maîtres trop gourmands. La remise au pas du pays ne se ferait pas avec des dirigeants qui déformaient de plus en plus les apparences démocratiques, cela devenait trop criant. Ils préféraient ­ et le président Bédié le souhaite encore ­ assumer une guerre civile qui devenait inévitable que lâcher leurs prébendes. La communauté internationale, comme la France, ne peut intervenir ouvertement mais ne peut non plus envisager cette issue.

Il devient évident que personne ne bougera le doigt pour sauver un pouvoir légal déconsidéré. Seule l’Organisation de l’unité africaine, club de propriétaires d’États, condamne ce qui est une nouvelle remise en cause du (de son) droit de libre gouvernement, son leitmotiv avec l’intangibilité des frontières. Il est à parier que l’évolution de la situation — consensus des politiques ivoiriens pour se redistribuer les cartes sous contrôle supranational — soulage tout le monde. Il suffit de voir l’attitude de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a refusé de choisir entre les délégations ivoiriennes ennemies donc, ce qui en langage diplomatique revient à ne plus reconnaitre l’ancien régime. Pourtant qu’y fait encore l’armée post-coloniale ?

Seule une partie de la population pouvait encore croire à sa défense par l’armée française. Les cadres du régime, y compris ceux partis dans l’opposition, savaient que la présence militaire française n’était pas altruiste. Outre qu’elle a permis le développement économique et démographique de l’immigration française, sur parfois plusieurs générations, qu’elle accueillait parfois les jeunes expatriés pour leur service national et leur évitait la rentrée en métropole, la présence d’un bataillon français, formé de professionnels, est d’abord là pour protéger le régime en place, c’est-à-dire le président.

Un tournant de la politique africaine de la France

Les temps changent, le néocolonialisme n’est plus ce qu’il était et même son ministère — celui de la coopération — est en voie de suppression depuis Juppé. Les régimes changent aussi, l’arrogance du régime renversé devenait gênante. La guerre civile pointait dans un pays où les particularismes locaux étaient vivaces et les antagonismes aussi. Un « nettoyage ethnique » a eut lieu récemment, dans le sud-ouest, contre des immigrés « burkinabés » et risquait de s’étendre entre populations étrangères ou ivoiriennes déplacées pour le développement agricole et populations propriétaires du sol. Le coup d’État est finalement un vrai soulagement pour Jospin et même à terme pour Chirac. Il offre un sursis à la décomposition politique et sociale de la Côte-d’Ivoire dont la classe politique saura bénéficier au mieux. Il est aussi un tournant de la politique africaine de la France.

Les interventions françaises passées ­— défense d’États africains corrompus ­— ne sont plus envisageables comme telles ; la tutelle paternaliste n’a plus cour à l’heure de la mondialisation. En effet, le partage de l’Afrique n’est plus admis par les instances internationales (FMI, Banque mondiale, Union européenne…) ni bien sûr par les États-Unis qui veulent le champ libre pour leurs entreprises en toute « saine » concurrence. Elf, Total et quelques autres seront les dernières à intervenir dans la politique locale ; mais, comme toutes les multinationales, elles représenteront de moins en moins les États, ou choisiront elles-mêmes les États chargés de les soutenir. Il semble difficile, dans ce contexte de croire en la pérennité de la présence militaire française.

Seule Djibouti, au débouché des routes du pétrole, représente un intérêt stratégique pour l’Occident. Les autres implantations (Sénégal, Gabon, Tchad, RCI ou Centrafrique déjà quittée) ne peuvent même pas être intégrées dans les stratégies actuelles de l’OTAN. La France se résoudra un jour ­ le plus diplomatiquement par rapport aux États liés à ces accords militaires ­ à faire l’économie humaine et financière de cette présence pour faire place à une Force d’interposition ouest-africaine renouvelée et élargie. Une police africaine par les africains, sous tutelle occidentale, qui tienne compte des leçons de l’intervention de l’ECOMOG en Sierra Leone et au Liberia. Le nouvel ordre mondial progresse ; qui a dit que le colonialisme était une scorie du passé ?

Claude. — groupe Métropole lilloise





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