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Politique de l’immigration en Belgique

Régulariser pour mieux expulser

Le jeudi 20 janvier 2000.

En été 1998, circula une pétition demandant la libération d’une détenue du centre fermé du « 127 bis ». Cette jeune femme de 20 ans avait fuit le Nigeria, puis le Togo, où elle était encore poursuivie par la famille de l’époux promis, 65 ans et déjà trigame. Elle était arrêtée dès son arrivée en Belgique, le 25 mars, et déboutée de sa demande d’asile car le patriarcat n’est pas une oppression et le sexisme n’est pas une persécution. Son combat (et celui des soutiens) empêchera son expulsion (ainsi un pilote refusera son embarquement) et créera même une mutinerie et une évasion collective. Et puis, la nouvelle tombe le 22 septembre 1998, Semira Adamu est morte lors de la sixième tentative d’expulsion, étouffée par des gendarmes, dont un récidiviste du tabassage d’expulsé. Là, même en France, les médias se réveillèrent. La France et la Belgique se rappelaient « leurs problèmes » avec leurs immigrés « clandestins ».

Le contrôle social : une question de dosage

Aujourd’hui, la Belgique revient brièvement dans l’actualité française. Le gouvernement contrôle ses frontières contre l’étranger, même (un peu) contre la France ! Que se passe-t-il ? 15 000, c’est l’objectif officiel et annuel des expulsions souhaitées. Le scénario est classique : un organisme administratif « neutre » mais sous influence, des centres de rétention, une force de l’ordre, un service privatisé de transport. Ici, l’Office des étrangers, six « centres fermés » (avec, parfois, double rangée de barbelés, chemin de ronde, cachots d’isolement pour 24 heures, renouvelables, possibilité d’entraves et camisole…), la gendarmerie (dont on garantit ne pas laisser l’entier monopole de l’aéroport à ses éléments d’extrême-droite !), la Sabena.

La France n’est donc pas une exception… culturelle. C’est l’impasse, depuis juillet, le parti écolo est au pouvoir et la base râle contre les expulsions, notamment une rafle de tsiganes en octobre. Les employeurs ont besoin de main-d’œuvre docile. L’Église s’interroge… Bref, le contrôle social demande un réajustement, la loi de 1980 (voir une certaine ordonnance de 1945) sur l’« accès au territoire, le séjour, l’établissement et l’éloignement des étrangers » doit être modifiée une nouvelle fois (la douzième ?).

Répression et régularisation font bon ménage

Après quelques tribulations, le parlement tranche le 22 décembre. Depuis le 10 janvier et pour trois semaines, les clandestins capables de ne pas porter atteinte à l’ordre public ou à la dignité de l’État et présents sur le territoire depuis 4 à 5 ans, pour les déboutés, ou 5 à 6 ans, pour les sans-papiers, peuvent régulariser leur situation. 20 000 à 25 000 personnes sur 75 000, selon les estimations. Le Soir du lundi 10 prévient, rassuré, qu’il s’agit d’une « monnaie d’échange [pour] une politique d’expulsion plus musclée ».

Certains soutiens des sans-papiers déconseillent d’ailleurs aux « illégaux » ne respectant pas les critères de remplir un questionnaire qui faciliterait leur fichage et leur expulsion. Évidemment, des fonctionnaires communaux font du zèle, se créent leur propre liste de critères pour fournir le formulaire qu’ils sont simplement chargés de distribuer et seraient dignes de postuler dans les préfectures de Chevènement.

L’instruction du dossier Semira Adamu vient de se terminer, début 2000. Mais, comme déjà la régularisation partielle en cours, elle repasse au second plan de l’actualité. Le spectacle continue.

Claude Delattre


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