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L’Église ou la Peste émotionnelle

Le jeudi 18 octobre 1979.

L’Église a désormais un chef, un vrai ; Karol Wojtila, alias Jean-Paul II, est vraiment un pape « puncher », un peu comme ces managers américains — paradoxe, pour un pape venu de l’Est. C’est une bête de scène aussi — ou de cène ? L’avez-vous vu dans de triomphales messes, rassembler ces centaines de milliers de fidèles, et des millions de brebis — polonaises, irlandaises, américaines — sur les routes de son « world tour » éblouissant ? Pape de choc, sportif, dynamique, mâchoire carrée et œil d’acier, polyglotte et humoristique à l’occasion, le nouveau maître du Vatican est aussi un gestionnaire implacable des biens de l’Église, et un symbole de stature internationale capable de damer le pion à un Carter ou à un Brejnev. Il apparaît bien comme le sauveur… de l’appareil de l’Église et de l’idéologie catholique.

Le mouvement libertaire, de l’individualiste aux communautés plus ou moins structurées jusqu’aux groupes anarchistes… a profondément marqué la jeunesse notamment depuis la « fleur de mai ». Cela a sans doute contribué à accroître les contradictions internes de l’Église catholiques.

Les bourlingues pontificales, ce one-show et l’appareil répressif et policier qui l’entoure, ces discours démagogiquement humanitaires et ces interdits lancés, par le numéro un du Vatican à l’encontre des acquis et des aspirations des femmes comme des hommes, tout ce langage autoritariste et castrateur de Wojtila et tous ces moyens puissants — utilisation massive de l’audiovisuel, des mass-média, de l’avion, de l’hélico, commercialisation des écrits [1] et de la voix du pape — mis à sa disposition semblent bien exprimer et concrétiser le désir de l’état-major religieux de reconquérir les masses et surtout les jeunes et de mettre un holà à l’émancipation sociale, politique et sexuelle de toute une frange de la société.

À cette occasion, il serait judicieux de développer par tous les moyens l’audience des œuvres de Wilhelm Reich, et redécouvrir les vertus de l’anti-cléricarisme ! Le pouvoir incantatoire de la pompe catholique et de l’irrationnel sur des gens privés du savoir par le système capitaliste et les mass-média bourgeoises, et plongés dans le désarroi par la crise économique n’est pas à sous-estimer. Il nous faut non seulement dénoncer la religion / instrument de misère et d’oppression, mais encore démonter, démystifier l’appareil ecclésiastique et son imagerie surrannée. L’Église avec ses pièces fortement articulées et solidaires : espaces sacrés, prêtres, rituels, dogmes, mythes, éthique castatrice, institutions réactionnaires… toutes dressées contre la sexualité naturelle ; l’Église en totale contradiction avec l’existence de Jésus-Christ, bannit l’amour physique et sa fonction d’équilibre psychique Elle exhorte à la résignation, à la chasteté, à la soumission, au sacrifice… et ces appels contre-nature elle les appuie sur des pratiques répressives permanentes allant de nos jours de la violence physique à la persuasion sournoise. Aujourd’hui, et ce voyage papal montre la voie, tout l’appareil religieux va se repeindre au niveau phénoménal, une façade plus attrayante pour les jeunes. En Italie, les disc-jokeys passent « Wojtila Disco Jet », on écoute à la radio française le pape fredonner « Babylone » de Boney M., aux États-Unis il émerveille les foules en coiffant un feutre texan ou en chaussant des baskets, ou encore en chantant du Blues avec des Noirs — il est vrai venus peu nombreux — de Harlem… Mais pour ce qui est de l’essentiel, la religion honnit toujours l’homosexualité, fulmine l’emploi de contraceptifs et l’avortement, nie toute aspiration des femmes à l’égalité sociale ; elle sera surtout, un puissant instrument pour la réaction, lors de la révolution.

La morale religieuse n’a pas changé depuis Pie XI, plus libérale en apparence, elle reste ce virus de la « peste émotionnelle » (W. Reich).

Elle souille l’expression joyeuse d’une sexualité ou génitalité accomplie. Ainsi, la vie sexuelle bloquée (stase), en régression (fixations pré-génitales, fantasmes) et en quête de compensation (formations réactionnelles) mène aux névroses.

L’apport théorique et pratique de Reich ne doit pas rester plus longtemps méconnu du public, ce père de la psychologie de masse, ce militant de l’amour et de la connaissance pour tous, était libertaire dans sa démarche comme dans son but et cela jusqu’à son meurtre dans les geôles fédérales américaines. Au moment où les tentatives plus ou moins radicales (de Monseigneur Lefebvre à Karol Wojtila super-star) de rétablir l’ordre social autoritaire et patriarcal, par l’éthique religieuse — l’activité débordante du pape en est un symptôme — se combinent à la montée de la répression spécifique aux États policiers et à un recul momentané des luttes sociales.

L’anti-cléricalisme doit redevenir pour nous actualité !

Jean-Claude BORDICHINI
Groupe de LILLE


[1Tous les grands textes du pape, édition Centurion.


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