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éditorial du n° 1795

mai 2018.

On dit Mai 68 comme on dit la Guerre de 14.

Mai 2018, en revanche, n’est pas… ou pas encore ?… une date emblématique. Mais est-ce pour autant pour nous, anarchistes, une simple date-anniversaire ?

Non, car le Cinquantenaire fait l’objet d’une campagne nationale de la Fédération Anarchiste. Pourquoi ? Et pour quoi faire ?

Parce que Mai 68 a été animé par un esprit libertaire, son mode de fonctionnement en usine, dans les universités, ses aspirations, relevaient de l’anarchisme, ses slogans nous invitent toujours à être libres de tout pouvoir, hiérarchie, schéma, programme, diktat, conditionnement.

Un mouvement de révolte contre les deux puissances impérialistes, États-Unis et URSS, a agité le monde : de multiples grèves contre la Guerre du Vietnam dès février 1968, les événements du Printemps de Prague contre la dictature en République Socialiste tchécoslovaque qui éclate en mars et est écrasé par l’intervention militaire des forces du pacte de Varsovie commandées par l’URSS en août 1968. Cette révolution a été la nôtre, affichant clairement son refus de leaders, de guide de la révolution, sa volonté autogestionnaire et ouvrant des voies fécondes de libération. Mai 68 a été anti-autoritaire et donc anti-stalinien, c’est bien la raison pour laquelle la CGT n’a adhéré, en lançant une grève générale, que tardivement (le 13 mai). N’oublions pas que le secrétaire général de la CGT était encore à l’époque obligatoirement membre du bureau politique du Parti Communiste Français et que les consignes venaient de Moscou.

Anarchistes, Mai 68 nous émeut encore et toujours, Mai 68 a fait revivre les barricades de la Commune de Paris, révolution libertaire réprimée dans le sang en mai 1871, elles sont sa spécificité française sur le plan des images qui perdurent dans nos souvenirs mais aussi des fantasmes qui peuplent nos rêves, et on y a vu flotter le drapeau noir de Louise Michel. Pour la dernière fois ou presque. À quand les prochaines barricades ?

Le slogan “Mars 2018, une lutte à prolonger” reprenant celui de “Mai 68 Une lutte prolongée” est bien plus qu’un souvenir et va au-delà de l’espérance, c’est un appel pour que le 22 mars soit à nouveau la date-clé initiatrice d’une révolution sociale et libertaire. “Ne désespérez pas, faites infuser davantage” étaient les mots du poète Henri Michaux sur les murs de la Sorbonne.

Le printemps 2018 est chaud. Simple convergence des luttes ? Tout ce qui importe c’est que les camarades aujourd’hui en lutte, ouvrier.e.s, étudiant.e.s, agricult.eur.rice.s qui, comme en 68, se sont engagé.e.s dans une grève dure à la SNCF, occupent les universités, résistent à l’expulsion de leur ZAD et ce, contre un bras armé de l’État encore plus violent qu’en 1968, ont besoin de notre soutien pour tenir.

De notre soutien et également de notre adhésion à ce mouvement de refus du capitalisme poussé à l’extrême avec son corollaire : la dictature fasciste du libéralisme, pour qui la liberté n’est autre que l’absence de limites au pouvoir de classer, discriminer, exploiter et réprimer autrui. Comme en 68 “Céder un peu c’est capituler beaucoup”. Non, l’heure n’est pas à la désillusion ou au pessimisme auxquels voudraient nous condamner les capitalistes (fin de l’histoire et de la politique au profit de la gestion de leur système économique imposé comme vérité et fatalité, plus de révolte possible contre leurs lois). Au contraire, la révolution sociale et libertaire est en marche partout, se construit sous des formes et à travers des expériences différentes (Indignados du 15M en Espagne, zapatistes au Chiapas contre le NAFTA, Exárcheia en Grèce, DAF au Kurdistan, etc).

N’oublions pas, avant de porter un docte jugement de valeur empli de réserves et dépourvu de confiance, que le cinquantenaire de Mai 68 nous rappelle entre autres beaux slogans : ici on spontane. La révolution sociale et libertaire peut aussi éclater comme un immense éclat de rire à tout moment : “L’imagination détruira le pouvoir et un immense éclat de rire vous enterrera” [1] ; en italien “Una risata vi seppelirà”, le slogan anarchiste outre-alpin le plus populaire. Le pouvoir le sait, c’est pourquoi si on voit beaucoup de publications sur Mai 68 (si ça peut se vendre, les capitalos accourent), ce cinquantenaire est peu présent en revanche dans les discours des politiques et leurs médias, ils croisent même les doigts sous la table.

par Monica pour le CRML


[1Popularisé lors de la révolte étudiante de 1977 en Italie, il a été attribué à Bakounine.


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