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Usinor-Dunkerque

réintégration de Flatischler
Le jeudi 23 septembre 1982.

C’était la fin des années 70, le recentrage s’amorçait à la CFDT et les gêneurs de tous poils étaient soit mis au pas, soit exclus tout simplement de la confédération ex-catholique.

La section CFDT d’Usinor-Dunkerque était de ceux-là, solidement implantée dans l’usine (surtout dans l’aciérie) ; elle basait son intervention et sa propagande sur les intérêts seuls des travailleurs. D’où « certains heurts » avec les instances de la métallurgie CFDT qui s’accommodait assez bien des plans de restructuration patronaux de la sidérurgie française. Après une campagne calomnieuse visant à discréditer entre autres le trésorier de la section syndicale, la quasi-totalité des militants CFDT d’Usinor-Dunker que fut exclue de la CFDT.

Après un bref passage à la CGT, la section de la centrale de Henri Krazucki ne réussissant pas à digérer ces insubordonnés chroniques fit tout pour qu’ils s’en aillent. Et cela fait maintenant un peu plus de deux ans qu’existe le Syndicat de lutte des travailleurs, une organisation qui ne considère pas que la voie vers le socialisme passe par le Parlement !

Les conditions d’hygiène et de sécurité ne sont pas réunies à Usinor-Dunkerque, et le représentant du SLT au CHS-Acier, Frantz Flatischler ne s’est jamais privé de le dire. Et c’est le 4 juin dernier qu’arrive l’accident : une projection d’acier en fusion d’environ une tonne…, et deux ouvriers trouvent la mort et quatre sont grièvement blessés. Le SLT se constitue partie civile (F. Flatischler a été témoin de l’accident) et attaque nommément les directeurs de l’usine et de l’aciérie. Il avait d’ailleurs déjà dénoncé dès août 81 les modifications apportées aux podiums de coulées continues de l’aciérie où s’est produit l’accident.

Le SLT, participant aux travaux de l’enquête menée par le juge d’instruction, constituant un dossier sur l’affaire, devient plus que gênant pour la direction. C’est pourquoi le 15 juin au matin, après une distribution de tracts, l’accès de l’usine est interdit à Flatischler. Une procédure de licenciement est ouverte contre lui. Après une grève de la faim qui dura quatorze jours, l’inspection du travail refuse le licenciement. La direction engage immédiatement un recours contre la décision de l’inspecteur du travail et, tout en payant F. Flatischler, continue à lui interdire l’accès de l’usine. La représentation syndicale du SLT au Comité d’hygiène et de sécurité est contestée au tribunal de grande instance.

Dans l’entreprise, la CGT et la CFDT semblent, par leur quasi-mutisme, se réjouir de l’affaire ; la centrale de la rue Montholon aurait même fait savoir qu’ « elle appuye la demande de la direction ».

Mardi 14 septembre, le siège d’Usinor à la Défense a été occupé par le Comité de soutien de Paris à Frantz Flatischler, d’autres actions sont envisagées… Le combat est d’importance : c’est l’existence juridique de structures syndicales qui s’opposent à l’intégration du syndicalisme à l’État qui est en jeu. Demain dira si à Usinor-Dunkerque il n’y a de la place que pour une CGT gouvernementale et une CFDT recentrée, courbées devant un patronat nationalisé. De toute façon, l’espoir est ailleurs !

Fernand Bernard





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