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Dominique Lestrat, cela recommence

Le jeudi 20 juin 1985.

Il y a tout juste un an, le 22 mai 1984, Dominique Lestrat commençait une grève de la faim, qui devait durer 43 jours. Licencié sous des prétextes fallacieux pour avoir défendu des options thérapeutiques mises en place depuis 16 ans dans le service de psychiatrie infanto-juvénile du CHS de Prémontré ; son action avait trouvé un large écho dans la presse locale et nationale et sur les ondes des radios locales ou régionales (se reporter aux numéros des Monde libertaire du mois de juin 1984).

Soutenu par de nombreuses organisations politiques et syndicales, par des associations de parents d’enfants, Dominique Lestrat, militant de la Fédération anarchiste, avait obtenu de l’État d’être payé jusqu’à ce que le tribunal administratif statue sur le fond de cette affaire. Un document signé par le préfet de l’Aisne l’atteste formellement et sans aucune ambiguité.

Moins d’un an après, à la demande du directeur — celui là-même qui avait licencié Dominique —, le conseil d’administration de l’hôpital psychiatrique de Prémontré décide d’arrêter tout paiement, et ce en dépit des engagements signés au nom du gouvernement par la préfecture.

De plus, aucun courrier ne lui a été envoyé, Dominique a appris l’arrêt de son traitement par sa banque, lui annonçant un découvert. Il ne recevait, malgré des demandes réitérées de son avocat, ni bulletin de salaire ni aucun autre justificatif financier.

Apparemment la casse du service de psychiatrie infanto-juvénile orchestrée par le nouveau directeur, Georges Imbert, ancien lieutenant-colonel, nommé par le gouvernement socialiste de François Mitterrand, ne suffit pas. Il lui faut encore s’acharner sur Dominique.

Quel que soit l’usage du pouvoir abusif ou totalitaire, l’histoire montre qu’il y a toujours des êtres humains pour assumer une révolte et défendre la liberté et les valeurs humaines.

Quand un ancien militaire devenant directeur d’un hôpital psychiatrique transforme ce lieu de soins en goulag, créant la peur comme sous l’occupation, venant contrecarrer et annuler tout le travail médical et psychologique de ces dernières années, qui avait fait que ce lieu était devenu autre chose qu’un asile, celà est intolérable et… révoltant.

Cette révolte, pour l’avoir menée, Dominique Lestrat a été licencié. La surdité, voire la complicité des autorités de tutelle (DASS, préfecture de l’Aisne), ne lui a laissé comme seul recours qu’une longue grève de la faim.

Des jeux de pouvoir abjects ont empêché le ministère d’assumer ses responsabilités. En sera-t-il encore de même ? La grève de la faim avait pris fin le 3 juillet 1984 sur un engagement écrit de l’État de payer Dominique Lestrat jusqu’au procès du tribunal administratif (dont la date n’est pas encore fixée). Appartient-il à un directeur d’hôpital psychiatrique, fût-il Georges Imbert, de revenir sur un engagement signé par le préfet précédemment en poste ? M. lmbert profite-t-il de l’arrivée d’un nouveau préfet pour continuer à régler des comptes personnels ?

D’ores et déjà un comité de soutien s’est reconstitué. Les murs de la région commencent à voir refleurir les « bombages » de soutien, alors que ceux de l’an passé n’avaient pas encore tous disparus. L’humour n’y manque pas. Ainsi on peut lire sur les murs de l’hôpital de Prémontré « Un verre, ça va ; Imbert, c’est trop ! » et autres « Imbert, personne n’en veut… jetez-le » à côté de « Nous exigeons une paie pour Dominique Lestrat ! » et « Nous exigeons le respect des engagements de l’État ! ».

Dominique est bien déterminé à obtenir le respect des enga-gements pris. Ce n’est pas le nouveau directeur de cabinet du préfet qui le fera changer d’avis (n’a-t-il pas, pour répondre aux interrogations de Dominique, menacé de lui faire rembourser les salaires versés depuis un an !). Il ne fait pas bon sous-estimer un anarchiste. Dominique est d’ailleurs prêt à recommencer une grève de la faim si la situation n’évolue pas rapidement dans le bon sens. À suivre donc…

Gr. d’Anizy-le-Château


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